Monsieur le président, monsieur le Premier ministre, chers collègues, après la crise financière, après la crise des réfugiés, après le terrorisme, voici le choc du brexit, qui peut s'avérer fatal si nous n'agissons pas avec un sens aigu de l'intérêt général européen.

Il serait dangereux, et médiocre, de voir dans le vote britannique la simple rançon d'un populisme insulaire.

En 2005, le peuple français lui-même n'avait pas hésité à dire non au traité établissant une constitution pour l'Europe. Le mal est profond : on ne le guérira pas à coups d'incantations ni à coups d'intimidations.

À l'occasion de la ratification du traité de Maastricht, plusieurs d'entre nous – dont je fus – pressentaient les failles d'une construction européenne plus mécanique que politique.

Cet avertissement ne fut pas entendu et progressivement les peuples se sont détachés d'un projet européen qui, à leurs yeux, ne leur garantissait ni la prospérité ni la sécurité des frontières. À tort ou à raison, un sentiment de déracinement est venu étreindre nos sociétés et le réflexe du repli vient maintenant percuter nos démocraties.

De tout cela, on peut accuser les institutions communautaires et leur caractère technocratique. Je ne crains pas de le faire mais il serait juste d'en accuser aussi tous ceux, Gouvernement compris, qui, de façon cynique, n'eurent de cesse d'accuser Bruxelles de tous les maux pour ne pas avoir à les régler eux-mêmes.

C'est sur fond de scepticisme et de démagogie électorale que s'est déroulé le référendum britannique. Je regrette ce vote mais nous devons le méditer parce que ce qui s'est passé au Royaume-Uni aurait pu se passer ailleurs.

L'urgence est à présent de régler le cas britannique : le divorce doit être serein mais il doit être rapide. Les Vingt-Sept doivent faire pression sur les Anglais et se mettre d'accord sur un délai qui ne doit pas aller au-delà de la fin du mois de septembre. En attendant, les membres britanniques du Parlement de Strasbourg ne devraient plus participer aux votes et leurs fonctionnaires à Bruxelles à la prise de décision.

Je veux à ce propos rendre hommage au commissaire britannique, qui a, en toute cohérence, tiré les conséquences de ce vote en démissionnant de ses fonctions.

Les objectifs à atteindre sont clairs : les Anglais sortent mais ils ne deviennent pas pour autant des adversaires.

Ni hostilité, ni complaisance ! On ne peut pas avoir quitté la maison commune, n'en plus payer les charges et continuer à bénéficier du toit, des chambres et du couvert. En revanche, on peut négocier un bon accord de voisinage.

Si les Britanniques sont demandeurs – ce que je souhaite –, il faudra, monsieur le Premier ministre, maintenir et approfondir les accords de défense avec la Grande-Bretagne. Mais il n'y a aucune raison de leur laisser le passeport financier européen et la zone euro doit récupérer le clearing de sa monnaie. Dans la foulée, nous devrons tendre la main aux Français installés au Royaume-Uni et à ceux qui pensent devoir être localisés au sein de l'Union européenne.

En cela, monsieur le Premier ministre, la réforme de notre fiscalité et le renforcement de notre compétitivité deviennent une nécessité vitale.

La seconde étape devra être de recentrer l'Europe sur des priorités stratégiques. À force de vouloir s'occuper de tout, l'Union européenne passe à côté de l'essentiel.

Nous ne serons jamais un État fédéral.

Nous sommes trop différents pour y parvenir. Ce serait, au demeurant, un contresens historique car plus les nations sont bridées, plus les nationalismes sont agressifs.

Arrêtons donc de vouloir passer tout le monde sous la toise et recentrons l'Union européenne.

La première des priorités, c'est l'indépendance économique de l'Europe dans la mondialisation. Assez d'angélisme ! Nous n'avons l'obligation ni de signer un traité transatlantique déséquilibré ni de subir la domination économique de l'Asie.

Mais pour protéger nos économies du dumping chinois, nous avons besoin d'une Europe forte et lucide. Or notre indépendance est mise à mal aussi par la tutelle qu'imposent les États-Unis aux entreprises européennes soumises à la législation intérieure américaine, soit au prétexte qu'elles utilisent le dollar, soit au motif de la lutte contre la corruption. La seule façon de résister à cette emprise, c'est d'avoir une monnaie qui assure notre indépendance. L'euro doit donc devenir une monnaie de réserve et de règlement. À cette fin, la zone euro doit se doter d'un gouvernement économique piloté par les chefs d'État et de gouvernement, contrôlé par les parlements nationaux, ainsi que d'un calendrier d'harmonisation de la fiscalité des entreprises.

Deuxième priorité, la sécurité européenne. L'Europe des marchands, des touristes et de la monnaie unique ne suffit pas : elle est menacée de disparaître si elle n'est pas en même temps l'Europe de la sécurité, si elle n'est pas l'Europe qui maîtrise l'immigration, si, dans ce domaine comme dans le domaine économique, elle n'est pas l'Europe qui protège. Nous avons besoin d'un nouveau Schengen, avec un vrai corps de garde-frontières et de garde-côtes pour venir en aide aux pays dont les frontières maritimes sont prises d'assaut mais nous avons besoin aussi d'un recours systématique aux moyens modernes de contrôle, informatiques et biométriques et d'une coopération sans faille entre les services de sécurité.

Notre sécurité passe aussi par une défense militaire. Depuis la fin de la guerre froide, l'Europe n'a rien fait pour prendre son destin en main.

Elle continue de s'en remettre aux États-Unis pour la protéger. Or cette protection est devenue aléatoire, notamment face à la menace durable que fait peser sur notre continent le totalitarisme pseudo-islamique qui déstabilise une grande partie du monde, du Pakistan jusqu'au Nigeria.

Dans le respect de la souveraineté des nations, nous devons constituer une alliance de défense européenne qui permette un juste partage des charges.

Troisième priorité : l'éducation, la culture, la recherche et l'innovation. On a bien sûr mis en place Erasmus, harmonisé les diplômes, relié les laboratoires mais a-t-on assez fait pour développer notre conscience d'appartenir à une civilisation singulière et brillante ? À force d'être mondialistes, certains ont non seulement contesté les nations mais aussi enterré la civilisation européenne. À force de ne plus voir l'Europe que comme un marché, on continue de négocier l'adhésion de la Turquie. Non ! Il y a des frontières et il y a un patrimoine qui est le nôtre. La philosophie antique, les valeurs chrétiennes, l'État de droit, la solidarité, le goût des arts et des sciences, la liberté de parler, de penser et de voter : c'est tout cela qui forge l'âme européenne. Si ce patrimoine ne vibre pas en nous, si notre jeunesse ne se sent pas chez elle à Rome, à Berlin, à Athènes ou à Prague, si nous ne sommes pas capables de conjuguer nos identités, pourquoi donc sommes-nous ensemble ? L'âme de l'Europe au XXIe siècle : voilà le défi de notre époque pour notre jeunesse !

Enfin, nous devons engager une refonte des institutions européennes. Ma conviction, c'est que l'Europe à Vingt-huit a rendu caduc l'objectif d'une Europe fédérale – à laquelle je n'ai d'ailleurs jamais cru – et déréglé le fonctionnement de l'Europe communautaire des années quatre-vingt. La nouvelle Europe, recentrée sur les coopérations essentielles, doit rendre à la compétence des États membres tout ce qui ne s'y rapporte pas.

La Commission et le Parlement européens n'ont jamais réussi à acquérir une véritable légitimité démocratique.

Il faut donc redonner au Conseil européen et au contrôle des parlements nationaux leur prééminence. La subsidiarité et la géométrie variable doivent s'imposer en lieu et place de l'uniformité actuelle. La zone euro doit être plus efficace et le reste de l'Europe moins normé.

Mes chers collègues, l'Union européenne existera-t-elle encore dans dix ans ? L'Asie devient l'épicentre économique du monde et l'ancienne domination occidentale est chaque jour contestée par des milliards d'habitants, qui se lèvent chaque matin en se disant que le progrès est à portée de leur main. Nous, nous ne savons même plus ce que le mot « progrès » signifie ; pire, il nous angoisse quand, de l'autre côté de la Méditerranée, des millions de déshérités sont prêts à tout tenter pour rejoindre nos côtes. Et voilà que nous sommes menacés sur notre propre sol par le fanatisme islamique : il ne pose pas seulement des bombes, ne mitraille pas seulement des innocents ; il rêve aussi de ronger l'esprit humaniste de l'Europe.

Face à tous ces défis, nous devons être sûrs de ce que nous sommes. Je suis fier d'être Français et je me sens européen. Pour moi, la nation française a été et restera d'actualité mais soyons clairs : on ne fera pas l'histoire en défaisant l'Europe. Dans un monde de sept milliards d'habitants, les Européens ont un choix à faire : ou bien ils se battent chacun dans son coin, ou bien ils se battent ensemble ! Sauf à vouloir saborder l'intérêt national, nous avons le devoir d'être européens, mais pas à n'importe quelle condition, pas par défaut, pas par résignation. Ce que nous devons défendre, c'est la civilisation européenne et la place que doit y tenir la France, mais il ne suffit pas de dire « vive l'Europe ! » pour que celle-ci vive réellement.

Monsieur le Premier ministre, l'Europe, vous le savez, est un lieu de pouvoir où les nations fortes imposent leur rythme aux autres. Lorsque la France est faible, elle subit l'Europe ; lorsqu'elle est puissante, elle la conduit. Le Général de Gaulle disait que l'essentiel, pour jouer un rôle au-delà de ses frontières, « [...] c'est d'exister par soi-même, en soi-même, chez soi. » Eh bien, pour le groupe Les Républicains, il est temps de redonner à la France le pouvoir d'être forte chez elle afin qu'elle soit grande en Europe.

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