Monsieur le président, monsieur le Premier ministre, chers collègues, la vieille Europe est morte jeudi dernier à Londres. Une nouvelle Europe peut naître : cela ne dépend que de nous, de nous tous ici et de la France.

Nous sommes, nous Français, face à une responsabilité historique. Nous avons d'abord à régler rapidement les problèmes qui se posent avec la Grande-Bretagne, ainsi que François Fillon l'a très bien dit tout à l'heure. Il faut régler les problèmes financiers : il n'est pas question que Londres dispose demain d'un passeport financier pour implanter ses institutions financières en Europe.

Il faut régler les problèmes économiques pour que nos exportations puissent se poursuivre vers la Grande-Bretagne.

Il faut régler le problème des migrants : cela suppose, comme l'a très bien dit Xavier Bertrand, de revoir les accords du Touquet et de déplacer la frontière de Calais à Douvres.

 Il faut ensuite ouvrir rapidement une négociation pour signer un nouveau traité qui permette de réinventer le projet européen conformément à nos intérêts à nous, Français, et conformément à l'idée que nous nous sommes toujours faite de la construction européenne.

Cette négociation doit évidemment commencer avec Berlin car rien de grand ne se fait en Europe sans un accord entre la France et l'Allemagne. C'est parce que nos deux pays sont si différents qu'un accord entre eux permet de trouver un compromis entre les vingt-huit États membres de l'Union européenne.

Cette négociation doit également être ouverte aux six États fondateurs de l'Union européenne, parce que c'est leur responsabilité : on ne peut pas avoir construit l'Europe en 1957 et se détourner devant le risque de la voir disparaître en 2016.

Bien entendu, tous les États membres qui souhaiteraient s'associer à cette négociation, autour de l'Allemagne, autour des six États fondateurs, sont les bienvenus.

Quels sujets devrions-nous traiter dans le cadre de cette négociation ? D'abord la question des institutions européennes, devenues illisibles à force de bureaucratie. Nous ne pouvons pas demander des efforts ici et réduire les effectifs dans la fonction publique française tout en laissant Bruxelles recruter toujours plus de fonctionnaires européens. 

Il faudra ensuite s'attaquer à la question des frontières : il est temps de clarifier notre projet européen et de dire une bonne fois pour toutes qu'il n'y a pas de grand projet politique sans frontières. Mieux vaut dire immédiatement à ce grand État, cette grande nation qu'est la Turquie que sa place n'est pas dans l'Union européenne. Nous devons dès maintenant conclure un accord de coopération avec la Turquie plutôt que de lui faire miroiter une adhésion qui n'aura jamais lieu ! 

 Le troisième sujet devra être l'économie : il faut en finir avec le dogme de la concurrence libre et absolue comme seule boussole de la construction économique européenne ! Apprenons à défendre nos intérêts industriels, nos intérêts agricoles face à la Chine et face aux États-Unis ! Nous ne devons pas être dépourvus de moyens de réaction, de puissance, d'organisation économique dans la mondialisation telle qu'elle se construit.

Le dernier sujet c'est la sécurité. Face aux menaces, face à la déstabilisation du Moyen-Orient, face aux risques de terrorisme, face à l'afflux de réfugiés, il est temps que l'Europe prenne conscience de la nécessité d'avoir les moyens de protection nécessaires. La France seule ne peut pas assumer le fardeau : tous les États européens doivent augmenter leur budget de défense pour participer à la sécurité du continent européen. 

Une fois que ce traité aura été négocié – soyons clairs, ce ne sera pas une affaire de mois mais d'années si nous voulons reconstruire sur des bases solides, il faudra le soumettre au vote des Français par la voie du référendum.

L'Europe de 1957 s'est faite sans les peuples. C'était la méthode de Monnet et de Schuman : on négocie dans les couloirs et on ne consulte pas les peuples. Puis l'Europe s'est faite contre les peuples : en 2005, lorsque le peuple français a voté non, au lieu d'écouter ses inquiétudes, on l'a méprisé et on a continué d'avancer dans la construction européenne.

L'Europe de demain devra se faire avec l'assentiment des peuples. N'ayons pas peur des peuples pour construire l'Europe ou les peuples se vengeront de la construction européenne.

À ceux de mes amis gaullistes qui douteraient de l'intérêt du référendum, je veux dire que c'est le général de Gaulle qui a inscrit cette possibilité dans la Constitution ; à tous mes amis socialistes qui seraient dans le même cas, je rappelle la phrase prononcée par Mitterrand à l'occasion du référendum de 1992 : l'Europe n'est pas ma propriété, elle est celle des Français.

C'est bien parce que l'Europe n'est pas notre propriété mais celle du peuple français que, le moment venu, quand un traité permettant d'impulser une nouvelle orientation à l'Europe aura été négocié, il faudra donner la parole aux Françaises et aux Français.

 

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