Monsieur le président, monsieur le Premier ministre, mes chers collègues, voilà presque vingt-cinq ans, Philippe Séguin nous avertissait, ici même, dans un discours historique, de l'engrenage infernal dans lequel s'engageait l'Union européenne. Ses prévisions se sont réalisées une à une.

La construction européenne s'est lancée dans une tragique fuite en avant. Lors des dernières élections européennes, de nombreuses voix se sont élevées, notamment dans notre groupe et malgré les procès en sorcellerie, pour dire que l'Europe s'enfermait dans une impasse. Rien n'y a fait – rien jusqu'à ce vote du Brexit. Soyons lucides : ce n'est pas le Royaume-Uni qui est en cause, mais le rejet de cette Europe. Ce vote n'est pas une affaire exclusivement britannique et rares sont les peuples européens qui, aujourd'hui, répondraient positivement à un référendum sur l'Europe.

Certains nous disent qu'il suffit de ne pas leur demander leur avis. Mais ce n'est pas le peuple qui est aveugle, ce sont les élites européennes qui sont restées sourdes ! Nous sommes dans le déni de la réalité depuis bien trop longtemps.

On ne peut que relever, monsieur le Premier ministre, l'état d'impréparation insensé dans lequel vous nous avez enfermés. Vous étiez, avec les autres dirigeants européens, à ce point dans l'aveuglement que vous n'avez pas préparé le moindre scénario pour faire face à une sortie du Royaume-Uni.

Pire, depuis quatre ans vous n'avez lancé, avec le Président de la République, aucune initiative,, vous n'avez fait preuve d'aucune volonté politique forte pour faire bouger l'Europe et éviter cette catastrophe annoncée. 

Aujourd'hui vous feignez devant nous de découvrir un désastre dans lequel vous portez une lourde responsabilité car vous n'avez rien fait, notamment pour résoudre la crise migratoire.

Alors oui, ce Brexit est une opportunité car dorénavant on ne peut plus faire semblant : l'Europe ne marche plus et il faut aujourd'hui tout changer.

Des propositions telles que celle de punir le Royaume-Uni ou encore, venant de vos rangs, d'aller vers plus de fédéralisme européen sont l'exact inverse de ce qu'attendent les pays d'Europe et ne sont qu'une nouvelle manière d'esquiver le débat.

Nous voulons l'Europe mais nous ne voulons plus de ce que l'Europe est devenue. Tout d'abord, l'Europe à vingt-sept, ça ne marche pas : trop de pays qui ont trop peu d'intérêts communs.

Il faut recréer un noyau dur efficace rassemblant un plus petit nombre d'États membres car on ne fait pas la même chose avec l'Allemagne et l'Italie qu'avec la Roumanie et la Bulgarie.

Nous exigeons de ce point de vue que le Président de la République sorte de l'ambiguïté : nous vous demandons d'arrêter le processus d'élargissement. Toutes les négociations doivent immédiatement cesser et il faut dire clairement que la Turquie n'entrera jamais dans l'Union européenne.

Ensuite, les institutions doivent être totalement réformées, à commencer par la Commission, qui est le symbole des dérives technocratiques : tirons-en les conséquences et arrêtons de nous payer de mots sur le retour de l'Europe politique.

Il faut supprimer la Commission en tant qu'institution dotée d'un pouvoir d'initiative législative. Le politique doit reprendre une parole qu'il a désertée depuis trop longtemps. Dans quelle constitution politique digne de ce nom a-t-on déjà vu une structure administrative non élue avoir un pouvoir d'initiative et dicter une législation à l'ensemble de ses membres, y compris aux parlements nationaux ? 

Enfin, il faut revoir le pacte fondateur. Ils avaient cru que l'Europe pouvait se passer de frontières mais défendre ses frontières n'est pas un gros mot ! Nous ne voulons plus d'une Europe qui assiste passivement à l'entrée irrégulière de 1,5 million d'étrangers, comme nous l'avons vu au cours des derniers mois.

Or vous avez laissé faire cela par vos discours lénifiants, alors que les opinions publiques étaient révoltées par cette passivité. Vous avez agité les bras en évoquant une réforme de Schengen mais rien n'a bougé. Il faut sortir de Schengen, retrouver la maîtrise de notre politique migratoire et laisser les gouvernements et les parlements nationaux libres d'agir dans les domaines régaliens.

Ils avaient cru que la politique de la concurrence pouvait servir d'unique idéologie. Le résultat, c'est qu'on ne fait même plus la différence entre nos entreprises et nos concurrents. Nous avons le droit de défendre nos entreprises, surtout quand des pays comme la Chine sont les premiers à bafouer les règles de la libre concurrence. Nous voulons assumer une vraie stratégie industrielle européenne.

Ils avaient cru enfin que l'Europe pouvait exister sans se référer à son histoire et à sa culture. Mais l'Europe, c'est la tradition gréco-latine, ce sont les racines chrétiennes...

C' est l'Europe des Lumières, et on ne construira plus l'Europe sur la négation des identités nationales.

Une fois arrêtée cette refondation complète, il faudra consulter les Français par référendum parce qu'en démocratie on ne bannit pas le peuple.

Vous êtes face à l'Histoire. François Hollande, tout au long de son mandat, n'a procédé que par compromis, par petits ajustements, par demi-mesures. Le résultat, c'est que la France s'est déclassée en Europe et que l'Europe s'est déclassée dans le monde.

Ne cédez pas à Mme Merkel. Ne laissez pas l'inertie gagner.

Il faut bouger et il faut bouger vite, il faut tout réinventer. Ce défi est celui d'un continent qui ne veut pas mourir. Assumez enfin d'être à la hauteur de ce rendez-vous : si vous voulez l'Europe, alors l'Europe doit changer. Sortez enfin de ces demi-mesures !

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