Monsieur le président, monsieur le Premier ministre, chers collègues, après la crise financière, après la crise des réfugiés, après le terrorisme, voici le choc du brexit, qui peut s'avérer fatal si nous n'agissons pas avec un sens aigu de l'intérêt général européen.

Il serait dangereux, et médiocre, de voir dans le vote britannique la simple rançon d'un populisme insulaire.

En 2005, le peuple français lui-même n'avait pas hésité à dire non au traité établissant une constitution pour l'Europe. Le mal est profond : on ne le guérira pas à coups d'incantations ni à coups d'intimidations.

À l'occasion de la ratification du traité de Maastricht, plusieurs d'entre nous – dont je fus – pressentaient les failles d'une construction européenne plus mécanique que politique.

Cet avertissement ne fut pas entendu et progressivement les peuples se sont détachés d'un projet européen qui, à leurs yeux, ne leur garantissait ni la prospérité ni la sécurité des frontières. À tort ou à raison, un sentiment de déracinement est venu étreindre nos sociétés et le réflexe du repli vient maintenant percuter nos démocraties.

De tout cela, on peut accuser les institutions communautaires et leur caractère technocratique. Je ne crains pas de le faire mais il serait juste d'en accuser aussi tous ceux, Gouvernement compris, qui, de façon cynique, n'eurent de cesse d'accuser Bruxelles de tous les maux pour ne pas avoir à les régler eux-mêmes.

C'est sur fond de scepticisme et de démagogie électorale que s'est déroulé le référendum britannique. Je regrette ce vote mais nous devons le méditer parce que ce qui s'est passé au Royaume-Uni aurait pu se passer ailleurs.

L'urgence est à présent de régler le cas britannique : le divorce doit être serein mais il doit être rapide. Les Vingt-Sept doivent faire pression sur les Anglais et se mettre d'accord sur un délai qui ne doit pas aller au-delà de la fin du mois de septembre. En attendant, les membres britanniques du Parlement de Strasbourg ne devraient plus participer aux votes et leurs fonctionnaires à Bruxelles à la prise de décision.

Je veux à ce propos rendre hommage au commissaire britannique, qui a, en toute cohérence, tiré les conséquences de ce vote en démissionnant de ses fonctions.

Les objectifs à atteindre sont clairs : les Anglais sortent mais ils ne deviennent pas pour autant des adversaires.

Ni hostilité, ni complaisance ! On ne peut pas avoir quitté la maison commune, n'en plus payer les charges et continuer à bénéficier du toit, des chambres et du couvert. En revanche, on peut négocier un bon accord de voisinage.

Si les Britanniques sont demandeurs – ce que je souhaite –, il faudra, monsieur le Premier ministre, maintenir et approfondir les accords de défense avec la Grande-Bretagne. Mais il n'y a aucune raison de leur laisser le passeport financier européen et la zone euro doit récupérer le clearing de sa monnaie. Dans la foulée, nous devrons tendre la main aux Français installés au Royaume-Uni et à ceux qui pensent devoir être localisés au sein de l'Union européenne.

En cela, monsieur le Premier ministre, la réforme de notre fiscalité et le renforcement de notre compétitivité deviennent une nécessité vitale.

La seconde étape devra être de recentrer l'Europe sur des priorités stratégiques. À force de vouloir s'occuper de tout, l'Union européenne passe à côté de l'essentiel.

Nous ne serons jamais un État fédéral.

Nous sommes trop différents pour y parvenir. Ce serait, au demeurant, un contresens historique car plus les nations sont bridées, plus les nationalismes sont agressifs.

Arrêtons donc de vouloir passer tout le monde sous la toise et recentrons l'Union européenne.

La première des priorités, c'est l'indépendance économique de l'Europe dans la mondialisation. Assez d'angélisme ! Nous n'avons l'obligation ni de signer un traité transatlantique déséquilibré ni de subir la domination économique de l'Asie.

Mais pour protéger nos économies du dumping chinois, nous avons besoin d'une Europe forte et lucide. Or notre indépendance est mise à mal aussi par la tutelle qu'imposent les États-Unis aux entreprises européennes soumises à la législation intérieure américaine, soit au prétexte qu'elles utilisent le dollar, soit au motif de la lutte contre la corruption. La seule façon de résister à cette emprise, c'est d'avoir une monnaie qui assure notre indépendance. L'euro doit donc devenir une monnaie de réserve et de règlement. À cette fin, la zone euro doit se doter d'un gouvernement économique piloté par les chefs d'État et de gouvernement, contrôlé par les parlements nationaux, ainsi que d'un calendrier d'harmonisation de la fiscalité des entreprises.

Deuxième priorité, la sécurité européenne. L'Europe des marchands, des touristes et de la monnaie unique ne suffit pas : elle est menacée de disparaître si elle n'est pas en même temps l'Europe de la sécurité, si elle n'est pas l'Europe qui maîtrise l'immigration, si, dans ce domaine comme dans le domaine économique, elle n'est pas l'Europe qui protège. Nous avons besoin d'un nouveau Schengen, avec un vrai corps de garde-frontières et de garde-côtes pour venir en aide aux pays dont les frontières maritimes sont prises d'assaut mais nous avons besoin aussi d'un recours systématique aux moyens modernes de contrôle, informatiques et biométriques et d'une coopération sans faille entre les services de sécurité.

Notre sécurité passe aussi par une défense militaire. Depuis la fin de la guerre froide, l'Europe n'a rien fait pour prendre son destin en main.

Elle continue de s'en remettre aux États-Unis pour la protéger. Or cette protection est devenue aléatoire, notamment face à la menace durable que fait peser sur notre continent le totalitarisme pseudo-islamique qui déstabilise une grande partie du monde, du Pakistan jusqu'au Nigeria.

Dans le respect de la souveraineté des nations, nous devons constituer une alliance de défense européenne qui permette un juste partage des charges.

Troisième priorité : l'éducation, la culture, la recherche et l'innovation. On a bien sûr mis en place Erasmus, harmonisé les diplômes, relié les laboratoires mais a-t-on assez fait pour développer notre conscience d'appartenir à une civilisation singulière et brillante ? À force d'être mondialistes, certains ont non seulement contesté les nations mais aussi enterré la civilisation européenne. À force de ne plus voir l'Europe que comme un marché, on continue de négocier l'adhésion de la Turquie. Non ! Il y a des frontières et il y a un patrimoine qui est le nôtre. La philosophie antique, les valeurs chrétiennes, l'État de droit, la solidarité, le goût des arts et des sciences, la liberté de parler, de penser et de voter : c'est tout cela qui forge l'âme européenne. Si ce patrimoine ne vibre pas en nous, si notre jeunesse ne se sent pas chez elle à Rome, à Berlin, à Athènes ou à Prague, si nous ne sommes pas capables de conjuguer nos identités, pourquoi donc sommes-nous ensemble ? L'âme de l'Europe au XXIe siècle : voilà le défi de notre époque pour notre jeunesse !

Enfin, nous devons engager une refonte des institutions européennes. Ma conviction, c'est que l'Europe à Vingt-huit a rendu caduc l'objectif d'une Europe fédérale – à laquelle je n'ai d'ailleurs jamais cru – et déréglé le fonctionnement de l'Europe communautaire des années quatre-vingt. La nouvelle Europe, recentrée sur les coopérations essentielles, doit rendre à la compétence des États membres tout ce qui ne s'y rapporte pas.

La Commission et le Parlement européens n'ont jamais réussi à acquérir une véritable légitimité démocratique.

Il faut donc redonner au Conseil européen et au contrôle des parlements nationaux leur prééminence. La subsidiarité et la géométrie variable doivent s'imposer en lieu et place de l'uniformité actuelle. La zone euro doit être plus efficace et le reste de l'Europe moins normé.

Mes chers collègues, l'Union européenne existera-t-elle encore dans dix ans ? L'Asie devient l'épicentre économique du monde et l'ancienne domination occidentale est chaque jour contestée par des milliards d'habitants, qui se lèvent chaque matin en se disant que le progrès est à portée de leur main. Nous, nous ne savons même plus ce que le mot « progrès » signifie ; pire, il nous angoisse quand, de l'autre côté de la Méditerranée, des millions de déshérités sont prêts à tout tenter pour rejoindre nos côtes. Et voilà que nous sommes menacés sur notre propre sol par le fanatisme islamique : il ne pose pas seulement des bombes, ne mitraille pas seulement des innocents ; il rêve aussi de ronger l'esprit humaniste de l'Europe.

Face à tous ces défis, nous devons être sûrs de ce que nous sommes. Je suis fier d'être Français et je me sens européen. Pour moi, la nation française a été et restera d'actualité mais soyons clairs : on ne fera pas l'histoire en défaisant l'Europe. Dans un monde de sept milliards d'habitants, les Européens ont un choix à faire : ou bien ils se battent chacun dans son coin, ou bien ils se battent ensemble ! Sauf à vouloir saborder l'intérêt national, nous avons le devoir d'être européens, mais pas à n'importe quelle condition, pas par défaut, pas par résignation. Ce que nous devons défendre, c'est la civilisation européenne et la place que doit y tenir la France, mais il ne suffit pas de dire « vive l'Europe ! » pour que celle-ci vive réellement.

Monsieur le Premier ministre, l'Europe, vous le savez, est un lieu de pouvoir où les nations fortes imposent leur rythme aux autres. Lorsque la France est faible, elle subit l'Europe ; lorsqu'elle est puissante, elle la conduit. Le Général de Gaulle disait que l'essentiel, pour jouer un rôle au-delà de ses frontières, « [...] c'est d'exister par soi-même, en soi-même, chez soi. » Eh bien, pour le groupe Les Républicains, il est temps de redonner à la France le pouvoir d'être forte chez elle afin qu'elle soit grande en Europe.

Monsieur le Premier-Ministre,

Le Président de la République, dans une sorte de thérapie personnelle tente depuis plusieurs jours d'expliquer l'inexplicable, de justifier l'injustifiable, de maquiller un bilan politique et économique qui est indéfendable.

« La France va mieux » nous dit-il. En d'autres temps, nos compatriotes auraient pu sourire, voire rire au bon mot d'un Président complétement en apesanteur. Mais ils n'ont plus envie de rire. Ils n'ont plus envie de rire au spectacle pathétique d'un pouvoir exécutif en perdition.

Je sais qu'au fond de vous-même, vous en avez conscience. C'est d'ailleurs –je l'admets- à votre honneur de rester loyal à un Président si impopulaire, au moment où un de ses Ministres, et non des moindres, rompt avec tous usages de la solidarité gouvernementale et de la droiture en politique.

Le Président de la République vient pour la quatrième fois en un an de faire le choix d'utiliser l'article 49.3 de notre Constitution, donc de violenter sa propre majorité ou ce qu'il en reste, plus grave encore d'abaisser le Parlement, et surtout de discréditer votre Gouvernement.

François HOLLANDE par ce choix autoritaire, a fait la démonstration éclatante que décidemment cela ne va pas mieux en France. Il a fait la démonstration qu'en vérité –et c'est ce que les Français éprouvent- cela va de mal en pis. A moins d'un an du terme de son quinquennat, il vient lui-même d'en acter la fin, la fin d'un quinquennat pour le pire, d'un quinquennat d'immobilisme, d'un quinquennat perdu et définitivement irrécupérable.

Que révèle ce soir l'utilisation de l'arme constitutionnelle des pouvoirs faibles ? Elle révèle la décrépitude de votre majorité. Elle révèle aussi et surtout le vide de votre bilan de gouvernement.

Monsieur VALLS, vous souvenez-vous de votre nomination à Matignon ? Ce jour où la gauche dite moderne devait s'assumer pour réformer le pays et ainsi effacer les échecs de Jean-Marc AYRAULT. Vous arrive-t-il de regarder lucidement dans le rétroviseur. Si vous le faisiez, vous reconnaitriez que finalement Jean-Marc AYRAULT n'a pas démérité au regard de votre propre bilan.

Lui n'a jamais eu recours à l'article 49.3. Lui n'a jamais vu, comme vous, son autorité bafoué à ce point par un de ses ministres qui se promène en France pour préparer son plan de carrière, qui créé un parti politique en dehors de la majorité et qui, semble-t-il à votre insu, lève des fonds à l'étranger pour financer son activité politique.

Jean-Marc AYRAULT, a maintenu la cohésion de sa majorité car, sous la Vème République, c'est ce qu'on demande d'abord à un Premier ministre.

La réalité politique de la France, Monsieur le Premier ministre, c'est que vous ne tenez plus rien.

Je vous rappelle qu'à peine devenu chef du Gouvernement, après la défaite historique des socialistes aux élections municipales, vous avez creusé un fossé entre vous et votre majorité parlementaire ; ce fossé ne se comblera plus.

Chers collègues députés de gauche, vous êtes arrivés ici 340 en juin 2012 après la victoire électorale de François HOLLANDE qui sonne chaque jour davantage comme un malentendu.

Aujourd'hui, combien êtes-vous encore ? Dans quel état se trouve le Groupe Socialiste qui aurait dû être la colonne vertébrale de la majorité ; il en est devenu le fossoyeur. L'arithmétique est brutale : près de 100 députés de gauche ne soutiennent plus le Gouvernement.

Oui, Monsieur le Premier ministre, votre bilan c'est d'abord le dépôt de bilan du Groupe socialiste. Ce sera votre marque dans l'histoire politique.

Si encore cette opposition frontale avec les vôtres avait été mise au service d'une grande réforme du pays, nous aurions pu vous accorder des circonstances atténuantes.

Avec cette loi Travail, nous revivons l'exacte réplique de la loi dite « Macron ». Des mots, des mots, toujours des mots. Et pour résultat un texte creux, vide et même dangereux qui ne sera adopté que par un consternant et piteux recours à l'article 49.3.

Ce recours à l'article 49.3, ce n'est pas seulement un affligeant mépris pour les organisations syndicales que vous n'avez jamais associées à vos travaux. Ce n'est pas seulement un affront à vos électeurs de 2012 que vous trahissez. Ce n'est pas seulement un odieux camouflet pour votre majorité.

C'est maintenant un coup de force contre l'Assemblée nationale toute entière car vous avez confisqué le débat parlementaire sans même qu'il y ait eu d'obstructions.

Depuis plusieurs semaines, vous laissez prospérer des mouvements anarchistes, violents, qui ont occupés l'espace public et vous refusez aux députés de la Nation, élus du peuple, le vote et plus incompréhensible encore la discussion.

Au fond, ce que l'on ne vous pardonne pas, c'est de tolérer la chienlit Place de la République et d'interdire le débat ici à l'Assemblée nationale.

On vous le pardonne d'autant moins que ce projet de loi ne répondra à aucun des défis auxquels la France est confrontée. De reculades en reculades, de renoncements en renoncements, que reste-t-il dans ce texte ? Rien !

Et c'est bien là que réside le problème majeur. Nous aurions pu comprendre que vous utilisiez le 49.3 pour imposer la grande réforme du code du travail qu'attendent nos entreprises, nos artisans, nos commerçants, nos agriculteurs et les salariés de notre pays. Ils l'attendent tous car votre politique conduit la France à la ruine, à la dégradation, au déclassement.

Nous vous aurions suivi dans une belle ambition, suivi sur la liberté de conclure des accords dans les entreprises, suivi sur la fin des 35 heures. Suivi sur l'abandon du compte pénibilité. Suivi aussi sur une profonde réforme de l'apprentissage. Suivi sur un nouveau barème prudhommal. Suivi enfin sur la définition du licenciement économique pour renforcer l'attractivité de la France pour les investisseurs étrangers.

Nous ne devons avoir qu'une obsession : donner de l'oxygène à nos entreprises. Eh bien, il n'y aura rien de tout cela. Le texte que vous imposez aux forceps est au mieux un statu quo, mais plus vraisemblablement une régression.

Vous parlez d'un texte de compromis. C'est faux. C'est un texte de petites compromissions. Demain si ce texte venait à être adopté, ce sont de nouveaux freins, de nouveaux blocages à l'emploi dont vous porterez la responsabilité.

Avec votre texte, notre pays fera un pas de plus vers une société de défiance. C'est ce qui nous sépare par-dessus-tout. Nous faisons confiance aux chefs d'entreprises. Vous, vous voulez les infantiliser et les surveiller en imposant notamment le mandatement syndical pour nos petites entreprises. C'est dire le mépris dans lequel vous les tenez comme s'ils n'étaient pas capables de négocier directement avec leurs salariés qu'ils connaissent mieux que personne.

Monsieur le Premier Ministre, quand allez-vous ouvrir les yeux sur l'état du Pays qui perd des places dans la compétitivité mondiale ?

Lorsque François HOLLANDE a été élu, notre pays était la 5ème puissance du monde. Il le rendra à quelle place, 7ème, 8ème, 9ème ?

Dans un monde en pleine mutation, les 4 années qui viennent de s'écouler ne sont malheureusement même plus des années d'immobilisme, elles sont des années de recul de repli et de déclin.

Il est grand temps dans l'intérêt supérieur de la France que cette mascarade se termine. Le bilan de François HOLLANDE est accablant. La France est à la traîne sur tous les indicateurs. Elle est la très mauvaise élève de l'Europe.

- Dans la France de François HOLLANDE, les impôts ont flambé dans des proportions jamais atteintes et se sont concentrés sur les classes moyennes. Vous vous préparez même à mettre en place le prélèvement à la source qui n'est rien d'autre que le faux nez de la fusion CSG/IR et la mise à mort des quotients conjugaux et familiaux. Sachez que nous nous y opposerons.

- Dans la France de François HOLLANDE, la dette a explosé et atteint 2100 Mds d'euros, près de 100% de notre richesse.

- Dans la France de François HOLLANDE, le déficit, toujours bien au-delà de 3%, reste votre marque de fabrique et François Hollande distribue depuis quelques semaines des milliards qu'il n'a pas.

- Dans la France de François HOLLANDE, la croissance reste atone et inférieure à la croissance de la zone Euro.

- Dans la France de François HOLLANDE, le chômage a galopé. Il touche 700 000 français de plus qu'en 2012. Il frappe près d'un jeune français sur 4 de moins de 25 ans. Ces jeunes sont les premières victimes de votre obstination idéologique à casser l'apprentissage.

- Et enfin, le fiasco le plus insupportable de votre action, c'est votre incapacité à rompre avec la logique de l'assistanat. Nous pensons qu'il faut d'abord aider celles et ceux qui travaillent dur, se lèvent tous les matins pour nourrir leurs enfants, les éduquer aussi bien qu'ils le peuvent.

A toutes ces familles de France qui ne sont pas au RSA, à la CMU, à l'AME, quel message avez-vous envoyé ? Un message de stigmatisation, de division, de fracturation des Français entre eux.

Cela faisait pourtant la fierté de notre modèle social : l'égalité de tous les enfants de France, d'où qu'ils viennent, où qu'ils habitent, quelle que soit la situation de leurs parents. Vous avez bafoué le principe sacré de l'universalité des allocations familiales. Je vous dis solennement que nous reviendrons sur cette injustice, car on ne fabrique pas une Nation solide et solidaire en créant deux catégories d'enfants.

Vous dire aussi, que nous nous élevons contre votre folie de créer un RSA jeune pour les moins de 25 ans. Quelle idée du travail allez-vous transmettre à cette jeune génération, si avant même de travailler, de gagner sa vie, elle est assistée. Nous ne partageons pas votre vision idéologique d'une société où ce sont toujours les mêmes qui reçoivent sans jamais rien donner.

Nous, la société, nous la voulons fondée sur le mérite, l'effort, le travail, sur la solidarité quand c'est nécessaire, mais jamais sur l'assistanat, car l'assistanat, c'est le germe de l'appauvrissement général.

L'échec de votre politique, Monsieur le Premier-Ministre, est à la mesure du mouvement de défiance qui se manifeste dans les profondeurs du pays contre votre pouvoir.

84 % des français, dont 68 % de ceux qui ont voté pour lui, pensent que le bilan de Français Hollande est mauvais.

Tout est dit. Vous n'avez plus de base politique. Et, le peuple français a zappé François Hollande. En toute franchise, le mieux qui puisse se produire pour la France, c'est de mettre fin, et vite, à votre aventure qui se terminera -je vous le prédis- comme celles des années Mitterand et des années Jospin.

Pour cela, j'appelle vos frondeurs à prendre leurs responsabilités puisqu'ils ont échoué de peu à déposer leur propre motion de censure. Je sais que certains d'entre eux auront le courage de leur conviction profonde. Que celles et ceux qui veulent votre chute et celle de François HOLLANDE passent à l'acte. C'est le moment. S'ils ne le font pas, s'ils vous repêchent par crainte d'être emportés, ils vous permettront de rester en place.

Mais ne vous y trompez pas Monsieur VALLS, vous n'avez plus le pouvoir. Vous n'en possédez plus que l'apparence. Si cette censure échoue, il restera aux Français à compter les jours, à compter fébrilement les jours qui nous séparent de l'alternance.

Aujourd'hui, vous gagnerez un peu de temps pour vous-même, pour vos ministres et les députés socialistes qui redoutent par-dessus-tout d'affronter leurs électeurs.

N'ayez crainte, ce moment-là viendra. Ce sera dans un an. Préparez-vous à la force de la vague qui vous submergera. Elle sera à la mesure de la déception de vos électeurs et de l'écœurement des Français.

Vous ne serez plus qu'une poignée sur ces bancs. Et ce sera justice car François HOLLANDE aura ruiné la France, trahi les siens et profondément divisé les Français.

Ce jour-là, vous vous souviendrez de cette censure qui est un fait politique majeur puisqu'elle est une double censure.

La censure de tous ceux qui ont cessé de croire en vous et au Président de la République. Ils sont dans vos rangs.

Et la censure de ceux qui n'ont jamais cru en vous. Ils sont en face de vous, unis et déterminés à préparer la grande alternance de 2017.

Monsieur le Président, Monsieur le Premier ministre,
Mes chers collègues,

Le vendredi 13 novembre, une certaine idée de la vie française a été massacrée.

Cette vie où l'on déambule dans Paris, où l'on se retrouve au concert, à la table d'un bistrot, entre amis.

Cette vie où le débat et l'humour sont permis.

Cette vie où la beauté des femmes n'est pas recouverte de noir.

Cette vie où l'on peut croire en Dieu où ne pas y croire.

Cette vie où l'on s'exprime par son vote et non par les armes.

Cette vie où les mots de liberté, d'égalité et de fraternité ont encore un sens.

Oui, cette vie-là a été assassinée, et elle le fut par des djihadistes français qui préfèrent mourir pour un califat intégriste que de vivre dans le pays des droits de l'homme.

Pour ceux qui hésiteraient encore à mettre les mots sur les faits, nous sommes en guerre face à une organisation puissante et structurée, un Etat fanatique.

Contre cet ennemi, le groupe des Républicains n'a jamais esquivé ses responsabilités.

Pour l'engagement de nos forces armées en Irak, pour l'extension des opérations au‑dessus de la Syrie, pour la prolongation de l'état d'urgence, nous avons fait notre devoir, et nous le ferons encore aujourd'hui.

Mais depuis plus d'un an aussi, nous avons lancé l'alerte : lorsqu'on fait la guerre, il faut se donner tous les moyens de la gagner !

Nous sommes loin du but.

Après des mois de bombardement, l'adversaire reste redoutable. Il s'attaque plus violemment encore qu'au mois de janvier à nos concitoyens ; il mène des opérations quasi simultanées contre les russes en Egypte, contre la démocratie tunisienne, contre le fragile Liban ; il tient ses positions en Irak ; il est aux portes de Damas.

Nous n'avons jamais cru à une victoire éclair... Mais, monsieur le Premier ministre, il y a eu des erreurs, des retards, et votre stratégie est dans l'impasse.

Il y a un an, vous affirmiez que l'intervention de forces aériennes ne pouvait concerner que l'Irak et non la Syrie.

Pour le gouvernement, il fallait éviter à tout prix d'aider le régime de Bachar Al-Assad alors qu'en réalité il fallait à tout prix détruire l'Etat islamique.

En septembre 2014, je vous avais pourtant alerté, avec d'autres, sur le fait que « le combat contre l'Etat islamique ne pouvait être victorieux que s'il était livré sur tous les fronts ».

Nous avons perdu du temps et l'ennemi a utilisé le sien en alignant les conquêtes et les massacres.

Les minorités chrétiennes ou yézidies ont été décimées et chassées de leur pays. Palmyre n'est plus. Quant à Damas, sa chute n'a pu être évitée que par l'intervention des Russes.

Cette impasse est le résultat d'une vision diplomatique erronée.

Le leitmotiv du « ni Assad ni Daech » fut une erreur.

Nous n'avons aucune complaisance concernant Bachar el Assad, mais lorsqu'on fait la guerre et que l'on doit protéger les Français des représailles, on ne multiplie pas ses adversaires, et au surplus, on ne méprise pas ses éventuels alliés. Et parmi eux, la Russie.

Je n'ai pas attendu le 13 novembre pour dire que Moscou devait être intégré à une coalition internationale.

Au lieu de cela, nous avons préféré engager un bras de fer avec la Russie, lui imposer des sanctions, l'écarter du G8, lui refuser la vente de nos Mistral...

Bien sûr, la crise ukrainienne était là, mais à force de ne voir qu'elle, nous avons perdu de vue la menace principale !

Par manque de clairvoyance, la France s'est privée de marges de manœuvre et fut doublée par les évènements.

C'est sans nous que les Américains et les Russes ont engagé des discussions directes cet été. Et c'est sans nous qu'ils ont pris l'initiative de relancer le mois dernier à Vienne le processus diplomatique, auquel notre pays s'est raccroché.

Le président de la République semble décidé à changer de stratégie.

Après y avoir été hostile, il ordonne de frapper l'Etat islamique sur le territoire syrien, se rend au Kremlin, milite pour une vraie coalition internationale, renonce à faire du départ d'Assad le préalable du préalable... Ce qui était impossible ou inadmissible l'année dernière est devenu nécessaire aujourd'hui.

Nous soutenons ce revirement, mais au fond de nous, il y a de la colère devant le temps perdu.

C'est pourquoi, Monsieur le Premier ministre, nous vous disons - avec la franchise qu'autorise notre démocratie - que notre soutien ne sera pas sans critiques pour le passé, ni exigences pour l'avenir.

Nous attendons du président de la République qu'il ne ménage aucun effort pour constituer la coalition la plus large possible contre l'Etat islamique. Qu'est ce que cela signifie ?

D'abord, fédérer dans un même cadre opérationnel tous ceux qui sont présents sur le terrain pour lutter contre l'Etat islamique. Comment croire, alors qu'un avion d'un pays de l'OTAN a abattu hier un appareil russe, qu'une simple coordination des efforts internationaux contre l'Etat islamique pourrait suffire ?

Ce dont nous avons besoin, c'est d'une coalition, d'une coalition unique, d'une bannière unique contre le drapeau noir, avec des objectifs militaires et politiques partagés.

Ne soyons pas naïfs. Nous ne vaincrons pas l'Etat islamique sans cela.

Churchill, de Gaulle, Roosevelt, Staline, qui avaient bien peu de choses en commun, n'en ont pas fait l'économie pour en finir avec le nazisme.

Il faut donc que nous fassions tout pour que soit organisée une conférence au sommet associant Obama, Poutine et les Etats de la région - Turquie, Iran et les pays du Golfe, compris.

Mais cela n'est pas tout.

Peut-on combattre côte à côte avec les Russes, alors que nous leur imposons dans le même temps des sanctions européennes ? La réponse est non !

La France doit prendre ses responsabilités et obtenir, lors du prochain conseil européen, qu'un terme soit mis à ces sanctions.

L'enjeu n'est pas de savoir si le Président Russe joue une partie d'échec diplomatique, parmi bien d'autres acteurs orientaux ou occidentaux. L'enjeu est de mettre tout le monde en ordre de bataille !

L'accord sur le nucléaire permet aussi d'envisager la réintégration de l'Iran dans les discussions.

Son influence sur le terrain et la présence de ses forces spéciales en font, qu'on le veuille ou non, un élément-clé de la victoire au sol.

Pour vaincre les terroristes, nous ne pourrons pas nous passer d'une liaison avec les autorités syriennes.

Comment abattre l'Etat islamique, dont les sanctuaires et les centres de décision sont en Syrie, comment bâtir une solution politique, sans a minima des échanges de renseignements avec le régime en place ?

Nous demandons l'ouverture d'un poste diplomatique à Damas et l'envoi dans un premier temps d'un chargé d'affaires pour ouvrir ce canal d'échange d'informations. J'ajoute que ce serait un réconfort bienvenu pour la communauté française en Syrie qui se sent abandonnée.

Sur le terrain, il faut intensifier les bombardements des centres névralgiques de l'ennemi.

L'arrivée du porte-avions Charles-de-Gaulle permet de tripler notre capacité de frappe. Nous ne devons pas nous cantonner de cibler Raqqa mais étendre nos frappes aux zones qui permettent à l'Etat islamique de répandre sa gangrène jusqu'à l'Europe, et notamment à la frontière entre la Syrie et la Turquie.

C'est indispensable pour mettre un terme à la porosité de la frontière, par laquelle transitent les combattants étrangers.

C'est indispensable aussi pour aider les Kurdes, dont la bravoure ne se dément pas.

Toujours sur le plan militaire, nous devons aussi avoir le courage d'anticiper l'étape d'après et les actions au sol. L'Etat islamique sera affaibli depuis les airs mais il sera vaincu au sol.

Ne répétons pas les erreurs de l'Irak ou d'Afghanistan en laissant planer l'hypothèse d'une opération occidentale, qui provoquerait une réaction de rejet sur laquelle misent tant nos ennemis.

En revanche, il faut penser les actions au sol avec ceux qui combattent effectivement l'Etat Islamique en Syrie et en Irak et avec les Etats de la région, qui sont les plus directement menacés.

C'est à eux qu'il revient d'éradiquer le mal qui menace désormais une immense région qui va du Pakistan au Nigéria et dont le Yémen et la Lybie constituent les cibles les plus fragiles.

Nos efforts doivent être autant militaires que diplomatiques.

Les réunions qui se sont tenues à Vienne ont conduit à l'adoption d'une feuille de route et d'un calendrier, qui ont été endossés par la Russie et l'Iran.

Ne multiplions pas les points de blocage quant au départ préalable du président syrien et sachons rester ouverts aux schémas qui permettraient de concrétiser l'horizon d'une transition politique.

Notre action devra s'inscrire dans le cadre du droit international.

Pour l'instant, la résolution 2249, votée à notre demande, n'est qu'un texte déclaratoire et symbolique. C'est un premier pas, utile mais insuffisant.

Nous devons obtenir du Conseil de sécurité l'adoption d'une résolution placée sous le chapitre VII de la charte des Nations Unies, le seul qui prévoie l'autorisation de l'usage de la force, le seul qui permettrait de mettre nos adversaires au ban de la communauté internationale.

Nous devrons aussi exiger de certains de nos alliés la clarification de leur engagement.

L'Arabie saoudite et certains Etats du Golfe restent flous à l'égard du financement des djihadistes. Le gouvernement nous dit qu'il ne dispose d'aucun élément de preuve de l'existence de tels financements, mais les mosquées de Molenbeek ont bien été financées par l'Arabie Saoudite. «Dons privés», nous dit-on, dons privés... Cessons de fermer les yeux !

Et que dire de la Turquie ?

C'est par elle que transitent les plus grands flux de combattants européens vers la Syrie.

C'est par elle que sort l'essentiel du pétrole produit dans les zones contrôlées par les terroristes.

C'est son armée qui vient d'abattre un avion allié et qui bombarde les kurdes.

Notre pays et ses alliés doivent exiger le maximum de solidarité du président Erdogan, qui ne saurait utiliser la question des réfugiés pour éluder ses responsabilités à l'égard de l'Alliance atlantique dont son Etat est membre.

Le gouvernement français ne doit pas accepter qu'un accord entre l'Union Européenne et la Turquie puisse être conclu sans une clarification de la politique d'Ankara à l'égard de la Syrie.

Monsieur le Premier Ministre, vous pouvez vous convaincre que votre revirement ne serait que la conséquence d'un changement de stratégie russe que vous êtes bien le seul à percevoir, vous pouvez une nouvelle fois ignorer nos avertissements...

Mais vous prendrez alors seul la responsabilité d'un enlisement qui aura de graves conséquences pour la sécurité des français.

Mes chers collègues,

Partout ces jours ci, la Marseillaise est chantée et je vois des drapeaux tricolores. Ce drapeau rassemble tous ceux, qui au-delà de leurs origines et de leurs religions, aiment la France.

Parmi nous, j'invite nos concitoyens musulmans à se dresser contre ceux qui instrumentalisent leur foi.

Dans aucune parcelle de notre territoire, les fanatiques ne doivent trouver le moindre repos.

Partout, sur le plan sécuritaire, culturel, spirituel, les fondamentalistes doivent se heurter à un mur.

Les terroristes pensaient que nous étions incapables de réagir.

J'ai lu le récit de ces Français, qui, sur les lieux des attentats, ont été braves. Au Bataclan, certains couvraient de leurs corps leurs voisins, d'autres protégeaient ou secouraient les victimes. Et puis, nous avons vu de quoi sont capables nos policiers, nos pompiers, nos médecins, nos soldats.

Nous sommes les héritiers d'un grand peuple qui est monté sur les barricades pour sa liberté, qui est sorti des tranchées pour sa souveraineté. Nous ne sommes pas des anonymes : nous sommes la France ! Pour elle, nous allons résister, nous allons nous battre, et nous devons vaincre.

Monsieur le Président,
Monsieur le Premier ministre,
Madame et Messieurs les Ministres,
Monsieur le Président de la commission des Lois,
Mes chers collègues,

Oui, il y a urgence.

Parce que nous aimons la France, et parce que nous avons l'honneur de représenter ici notre Nation, nous avons le devoir impérieux de protéger les Français.

C'est la mission première de l'Etat - celle du pouvoir exécutif comme celle du pouvoir législatif.

C'est à nous qu'il revient d'assurer la paix civile, en garantissant à chacun des Français le droit de ne pas craindre pour sa vie, le droit de ne pas avoir peur, le droit de vivre en sécurité, le droit de vivre en liberté.

De tout cela, des ennemis mortels veulent nous priver.

Ce sont des islamistes, armés de haine et de folie, qui veulent détruire, par la terreur la plus barbare, ce que nous avons de plus cher au monde, un art de vivre, une certaine idée de la civilisation.

Ces ennemis nous ont défiés depuis longtemps déjà.

Ils se sont armés.
Ils se sont préparés.
Ils se sont organisés.
Ils ont recruté.
Ils ont frappé.
Ils ont semé la mort, le deuil, la peine et la souffrance.
Ils nous menacent, à tout moment, de nouveaux attentats.

Mais nos ennemis ne nous priveront pas de notre dignité, parce que les Français savent résister et riposter, et parce que nos policiers, nos militaires, nos gendarmes font preuve d'immenses qualités humaines et professionnelles.

Nos ennemis seront vaincus, parce que la France toujours se relève.

Jacques Bainville, dans sa magistrale Histoire de France, nous en a avertis : si la France, au fil des siècles, est « souvent menacée dans son être », « elle ne tarde pas à renaître à l'ordre et à l'autorité dont elle a le goût naturel et l'instinct... ».

Restaurer l'ordre public.
Réaffirmer l'autorité de l'Etat.
Voilà le cap qu'il faut enfin réussir à tenir.

Trop de faiblesse, au sommet, a fragilisé le pays, à sa base.

Le temps est désormais à l'action.

C'est pourquoi, Madame et Messieurs les Ministres, l'opposition républicaine approuve le revirement de la politique de sécurité de votre Gouvernement, ainsi que de sa politique étrangère en Syrie, car c'est bien une nouvelle stratégie, intérieure et extérieure, qui est nécessaire, aujourd'hui et dans la durée, pour gagner la guerre contre le pseudo-Etat islamique.

Cette nouvelle stratégie passe d'abord, sur le territoire national, par une action opérationnelle puissante, autorisée par l'état d'urgence.

Nous approuvons que l'état d'urgence ait été déclaré pour faire face au péril imminent qui menace la Nation.

Nous voterons sa prorogation et son adaptation, justifiées par les nécessités de l'heure.

J'ajoute que nous n'avons pas à nous excuser d'utiliser le régime de l'état d'urgence.

Ceux qui, comme le Syndicat de la magistrature, déclarent que l'état d'urgence est « la suspension, même temporaire, de l'Etat de droit » et vont jusqu'à prétendre que « les mesures prises ne feront qu'ajouter le mal au mal », ceux-là commettent une faute politique et un contre-sens juridique. J'invite les membres de ce syndicat à se souvenir qu'ils sont les serviteurs de la Constitution et de la loi.

Le régime de l'état d'urgence est, par son objet et ses effets, pleinement conforme aux principes de notre République.

La loi du 3 avril 1955 a été présentée dans cet Hémicycle par des hommes responsables, ayant le sens de l'Etat et de l'intérêt national, le président du Conseil Edgar Faure, le ministre de l'intérieur Maurice Bourgès-Maunoury et le Garde des Sceaux Robert Schuman.

Et plus tard, c'est sous la présidence éminente d'un militant inlassable des droits de l'homme, Daniel Mayer, que le Conseil constitutionnel a jugé, dans sa décision du 25 janvier 1985, que la Constitution de 1958, celle du Général de Gaulle et de Michel Debré, n'a en rien abrogé la loi de 1955.

Je cite cette décision, car elle d'une grande clarté : « il appartient au législateur d'opérer la conciliation nécessaire entre le respect des libertés et la sauvegarde de l'ordre public sans lequel l'exercice des libertés ne saurait être assuré » ; « si la Constitution, dans son article 36, vise expressément l'état de siège, elle n'a pas pour autant exclu la possibilité pour le législateur de prévoir un régime d'état d'urgence pour concilier, comme il vient d'être dit, les exigences de la liberté et la sauvegarde de l'ordre public ».

Conforme à la Constitution, le régime de l'état d'urgence est également compatible avec la Convention européenne des droits de l'homme, comme l'a expressément jugé, sous la présidence de Renaud Denoix de Saint-Marc, un arrêt d'assemblée du Conseil d'Etat, Rolin et Boisvert, le 24 mars 2006.

Loin d'affaiblir l'Etat de droit en approuvant et en adaptant l'état d'urgence, nous le renforçons.

Car l'Etat de droit doit être fort.

S'il est faible, il n'est plus l'Etat et il n'y a plus de droit.

Nous voulons donc que l'état d'urgence donne aux préfets et aux forces de sécurité intérieure, dans les heures, les jours et les mois qui viennent, des pouvoirs de police administrative plus performants, indispensables pour obtenir une efficacité opérationnelle nouvelle.

Nous autorisons, avec l'état d'urgence, des perquisitions administratives, rapides et massives, de jour comme de nuit, pour qu'il y ait, très vite, moins d'armes dans les mains des terroristes.

Nous appelons le gouvernement – avec l'amendement présenté par le groupe Les Républicains, adopté hier par la commission des
lois -, à accélérer les procédures de dissolution des mosquées salafistes et de toutes les structures qui participent à des actes portant gravement atteinte à l'ordre public, les facilitent ou y incitent.

Et nous voulons, tout autant, que le gouvernement mette hors d'état de nuire les individus les plus dangereux. Leur place est en prison ou en résidence surveillée.

Certains doivent être arrêtés afin d'être incarcérés, sous un régime général relevant de l'autorité judiciaire, selon une logique répressive, distincte des procédures permises par l'état d'urgence.

Et d'autres individus, notamment signalés par les services de renseignement, doivent faire l'objet d'une assignation à résidence, sous un régime spécial relevant de l'autorité administrative, selon une logique préventive, inhérente aux procédures permises par l'état d'urgence.

C'est pourquoi nous vous appelons à resserrer le régime de l'assignation à résidence, en l'assortissant de contraintes nouvelles.

L'assignation à résidence doit pouvoir être effectuée dans tout lieu décidé par le ministre de l'intérieur – un lieu qui peut donc être, le cas échéant, distinct du domicile de l'individu.

Il nous paraît indispensable, de même, que le gouvernement reprenne notre proposition d'assignation à résidence, avec port d'un bracelet électronique, des individus à risque signalés par les services de renseignement.

Nous présentons, à cette fin, un amendement très important, guidé par une seule préoccupation, l'efficacité opérationnelle au service de la sécurité des Français.

C'est cette même exigence, Monsieur le Ministre, qui nous conduit aussi à vous demander de revoir les conditions juridiques et pratiques dans lesquelles les forces de l'ordre peuvent faire usage de leurs armes.

A plusieurs reprises, depuis trois ans, nous avons présenté des propositions de loi pour créer un régime de présomption de légitime défense pour les policiers faisant usage de leurs armes.

Compte tenu de l'évolution de la menace, nous vous appelons également à renforcer l'armement des policiers du quotidien, qui sont en première ligne.

Enfin, nous vous demandons d'autoriser les fonctionnaires de la police nationale, comme les militaires de la gendarmerie nationale, à pouvoir porter leurs armes en dehors des heures de service.

Les amendements que nous présentons aujourd'hui sont ceux qui nous semblent devoir et pouvoir être immédiatement adoptés, dans le cadre du projet de loi sur l'état d'urgence.

D'autres mesures juridiques, que nous avons présentées à plusieurs reprises depuis plusieurs années, nous paraissent indispensables, comme la déchéance de la nationalité pour tous les terroristes binationaux, la pénalisation de la consultation des sites internet djihadistes, l'accélération des expulsions d'étrangers troublant l'ordre public, la fin de toutes les réductions de peines automatiques et l'extension de la rétention de sûreté aux terroristes à l'issue de leur peine de prison.

Nous vous appelons à les inscrire, au plus vite, dans d'autres projets de lois, pour qu'elles soient enfin appliquées, rapidement, efficacement, concrètement. Et s'il est démontré qu'une évolution constitutionnelle est nécessaire pour adopter nos propositions, nous soutiendrons une telle révision, car la sécurité des Français doit l'emporter.

Monsieur le Président,
Madame et Messieurs les Ministres,
Mes chers collègues,

Partout en France, dans chacune de nos villes et dans chacun de nos villages, dans l'Hexagone comme dans les Outre-mer, les Français veulent que le pouvoir exerce le pouvoir.

Soyons, ensemble, à la hauteur de cette exigence.

C'est dans cet esprit que le groupe Les Républicains assume pleinement ses responsabilités, en approuvant la prorogation de l'état d'urgence et en renouvelant des propositions utiles à la France et aux Français.

JACOB ChristianLa France, meurtrie et endeuillée, pleure, par dizaines, des hommes et des femmes, qui vendredi soir, ont croisé le chemin de fanatiques qui les ont massacrés. Ces barbares n'ont qu'un but : terroriser notre pays et le menacer dans ce qu'il est au plus profond de lui.

La France n'est pas un pays comme les autres. Elle a offert au monde des valeurs universelles qui sont le creuset du pacte républicain qui nous unit.

Aujourd'hui, tous les patriotes, rassemblés, doivent se lever pour défendre ces valeurs, la liberté de pensée, la liberté de conscience, l'égalité, le respect absolu de la personne humaine.

Ceux qui ont commis l'irréparable doivent savoir que nous ne plierons pas, nous ne transigerons jamais avec la défense de notre identité profonde. Ces valeurs, ce sont les valeurs de la France. Ce sont les valeurs de l'Occident. Ce sont les valeurs d'une civilisation dont, plus que jamais, nous pensons qu'elle a vocation à l'universalité.

Depuis des mois et des mois, nos soldats, nos pilotes sont les sentinelles de ce combat. Au Mali, en Irak, en Syrie maintenant, ils agissent pour nous protéger. Notre reconnaissance, pour leur engagement et leur sens du devoir et du sacrifice, est infinie.

Demain, plus encore, nous allons avoir besoin d'eux. Nous allons avoir besoin de nos gendarmes, de nos policiers, de nos pompiers, de toutes les forces de sécurité publique et de secours pour nous protéger.

Mais c'est aussi en nous-même que nous devons puiser le courage de nous opposer. C'est un combat de tous les citoyens qui refusent de poser un genou à terre devant l'islamisme radical.

Aujourd'hui, il faut le dire, si l'ennemi est à l'extérieur, il est aussi à l'intérieur, sur le territoire national.

Des fils de France, nés ici pour certains, n'hésitent plus à devenir des bombes humaines pour semer la terreur, pour tuer froidement et gratuitement au nom d'une idéologie qui n'aura jamais sa place en France.

Ayons le courage et la tristesse aussi de dire que d'une certaine manière, ces évènements à la suite d'autres depuis 1 an, signent l'échec de l'intégration républicaine. Il s'agit d'une rupture qui va peser lourd au cours des prochaines années. Nous devrons collectivement, en tirer les conséquences en étant, demain plus encore, inflexibles sur l'affirmation de notre identité, de notre mode de vie, de la laïcité. Ils sont nos biens communs les plus précieux.

Vendredi, c'est cet idéal républicain que cet ennemi a voulu atteindre dans un déchainement de haine qui mérite une riposte implacable.

Le Président de la République a eu raison de décréter l'état d'urgence qui donnera à nos forces des moyens exceptionnels pour mettre hors d'état de nuire, celles et ceux qui s'apprêteraient à commettre des nouvelles actions terroristes.

Le temps est à l'émotion, à la compassion, au recueillement. Il est aussi au sursaut. Sursaut de citoyens qui veulent vivre ici, en France, à Paris et partout à travers le pays, comme nos grands-pères, comme nos pères ont voulu que nous vivions : libres.

Monsieur le Premier Ministre, trop de temps a été perdu depuis janvier pour préparer ce sursaut.

Le 13 janvier, à l'Assemblée nationale vous aviez parlé de failles. 10 mois plus tard, ces failles n'ont pas disparu.

Ce jour-là, je vous ai dit qu'à circonstance exceptionnelle, il fallait une loi d'exception. Je vous avais dit que nous devions, sans trembler, restreindre les libertés publiques et la liberté individuelle de quelques-uns pour protéger nos concitoyens.

Nos attentes, Monsieur le Premier Ministre, sont toujours les mêmes. Elles n'ont pas variées. Vous les connaissez ; nous les avons défendues sans relâche à l'Assemblée. Je les ai évoquées hier avec le Président de la République.

Le Président de la République a fait des annonces qui semblent aller dans ce sens. Nous prenons acte qu'il a changé d'avis mais nous resterons extrêmement vigilants.

Quant à la révision de la Constitution, rien à ce stade ne le justifie. Notre Constitution offre tous les outils juridiques pour répondre à toutes les situations.

Nous vous demandons de condamner durement la consultation habituelle des sites faisant l'apologie du terrorisme.

Nous vous demandons la fin des aménagements de peine pour les islamistes radicalisés, l'isolement en prison des détenus les plus radicaux et que les prisons françaises ne soient plus un trou noir pour nos services de renseignement.

Nous vous demandons d'autoriser nos services à arrêter des terroristes en puissance dès lors qu'ils sont soupçonnés de préparer le pire. Nous vous demandons de fermer les mosquées où l'idéologie salafiste à pignon sur rue.

Nous vous demandons de neutraliser les milliers de français partis faire le djihad. Les neutraliser, cela veut dire leur interdire le retour. Cela veut dire aussi que si par malheur pour le pays ils reviennent, il faut les placer en centre spéciaux de détention ou en prison ; il faut les enfermer car enfermer un fou dangereux, c'est le moins que l'on doit à la sécurité des français.

Il faut aussi se donner les moyens, tous les moyens, d'une surveillance généralisée des individus fichés « S », par leur placement en résidence surveillée dans les plus brefs délais.

Reste enfin la question d'ordre moral de la déchéance automatique de nationalité des binationaux. On ne peut plus accepter qu'un Français porte les armes contre son pays, contre nos soldats, contre nos policiers, contre nos gendarmes. 3 fois, vous vous êtes opposés à nos propositions de loi. Vous devez bouger sur ce point et vite.

Monsieur le Premier Ministre, si vous pensez que l'unité nationale est un moyen à elle seule de lutter contre le terrorisme, vous vous trompez. Elle n'est pas un moyen. Elle est un préalable, une condition. Et pour remplir cette condition, nous devons nous retrouver sur l'essentiel.

L'opposition parlementaire a pris ses responsabilités à plusieurs reprises, en votant tous les textes sur le renseignement que vous nous avez proposés, même quand nous pensions qu'ils n'allaient pas assez loin. A vous maintenant, dans ce moment historique, de prendre vos responsabilités.

Il est temps aussi que l'Europe prenne les siennes. La France est à la pointe du combat contre le djihadisme. Nos Armées défendent les libertés de tous les européens. La solidarité européenne doit prendre un contour plus réel. Cela signifie que le fardeau budgétaire de nos engagements extérieurs doit être partagé. Les Européens doivent admettre que si la France prend ses responsabilités, elle le fait pour toute l'Europe, elle le fait pour un combat qui la dépasse, qui la transcende.

L'Europe doit également comprendre, -et c'est le devoir du Président de la République et de votre gouvernement de porter ce débat- qu'une révision totale des accords de Schengen est devenue la priorité des priorités.

Notre devoir de Français, c'est de combattre la passivité, la résignation et le fatalisme d'une Europe passoire qui n'aurait pas le droit de maitriser les flux migratoires, qui n'aurait pas le droit d'empêcher l'entrée de terroristes qui viendraient depuis l'extérieur grossir les rangs des ennemis de l'intérieur.

Vous ne pourrez pas, l'Europe ne pourra pas disjoindre le défi de la crise migratoire et le défi de la lutte contre le terrorisme. Les Français ne nous pardonneraient pas de laisser faire. La France a des frontières. Il faut les surveiller.

Enfin, cette grande loi de mobilisation générale contre le terrorisme appelle un effort budgétaire. Elle appelle des moyens extraordinaires pour nos services de sécurité et de renseignement car la menace a changé de nature et de dimension. Elle appelle également une révision de la loi de programmation militaire car nos soldats, très vite, ne pourront plus faire face aux engagements opérationnels que le Pays leur demande.

Monsieur le Premier Ministre, il n'y aura pas de guerre victorieuse sans un effort de guerre à la hauteur de la menace qui pèse sur la France. Nous vous demandons solennellement de proposer, en seconde lecture de la loi de finance, cet effort.

Parce que notre groupe parlementaire puise une partie de ses racines dans la tradition gaulliste, nous pensons qu'il revient au Président de la République de fixer le cap de la politique étrangère de la France. Mais la franchise nous oblige à vous dire, ici devant le Congrès de la République, que François Hollande faut fausse route sur la politique syrienne de la France.

Il veut être impitoyable avec notre ennemi, l'Etat islamique. Il a raison. Cela commence par une lutte totale, sans merci, en Irak et en Syrie. Et la France, si c'est vraiment son but de guerre, doit accepter de reconsidérer ses alliances, parler avec la Russie, avec tous les grands pays de la région. Et participer à une grande coalition internationale.

Car l'objectif n°1, c'est d'éradiquer l'Etat islamique. Après les attentats de vendredi, cette question, tant c'est une évidence, ne devrait plus faire débat et nous réunir.

Monsieur le Premier Ministre, parce que vous êtes au pouvoir, c'est vous qui avez les clefs d'une union nationale forte et durable. D'une union nationale qui ne soit pas un slogan, des mots, de belles paroles. Les Français attendent en effet des actes, des actes qui prouveront que, vraiment, nous serons impitoyables avec nos ennemis.

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Christian Jacob et plusieurs députés UMP, recevaient mercredi 4 mars, lors d'une réunion de travail, Pascal Montredon, Président de la Confédération des Buralistes.

 

 

 

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Réunion de travail avec Pascal Montredon, Président de la Confédération des Buralistes
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