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Les questions orales sont posées par un député à un ministre lors des séances publiques régulièrement programmées le mardi matin et le jeudi matin lors de la semaine de contrôle qui intervient toutes les quatre semaines.

Ces questions, dont la durée est de 7 minutes réponse comprise, concernent principalement les sujets locaux. Elles sont réparties sur le même principe que les questions au gouvernement, alternant les interventions de l'opposition et de la majorité.

ANTHOINE Emmanuelle

QUESTIONS ORALES SANS DÉBAT - MARDI 05 JUIN 2018

Recours aux commissaires aux comptes

Question de Mme Emmanuelle Anthoine à Mme Delphine Gény-Stephann, secrétaire d’État auprès du ministre de l’économie et des finances


Mme Emmanuelle Anthoine. Madame la secrétaire d’État auprès du ministre de l’économie et des finances, l’une des mesures du projet de loi PACTE – Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises – vise à supprimer, pour certaines entreprises, l’obligation de faire appel à un commissaire aux comptes pour certifier leurs comptes annuels. Contrairement aux arguments mis en avant par le Gouvernement, cette mesure va, d’une part, pénaliser les petites et moyennes entreprises, qui représentent près de 60 % de la valeur ajoutée produite en France, et, d’autre part, nuire à l’emploi et à la vitalité des territoires. Le rapport de l’inspection générale des finances qui recommande le relèvement du seuil rendant obligatoire l’appel à un commissaire aux comptes note tout de même que cette mesure entraînera mécaniquement la concentration du marché de l’audit au profit des sept plus grands cabinets mondiaux, la plupart étrangers, implantés à Paris et dans les grandes métropoles, et ce au détriment de l’économie locale. Globalement, ce sont 153 000 mandats sur 190 000, soit 80 %, qui disparaîtraient, ce qui entraînerait l’arrêt d’activité de 50 % des commissaires aux comptes. Dans le ressort de la chambre régionale des commissaires aux comptes de Grenoble, près de 120 cabinets devraient fermer, entraînant une perte de plus de 220 emplois et de 17,5 millions d’euros de chiffre d’affaires si jamais cette mesure entrait en vigueur.

Or vous n’êtes pas sans savoir que le commissaire aux comptes est la clé de voûte de la confiance, grâce à son rôle majeur d’alerte et de prévention des défaillances dans les entreprises. Selon différentes études récentes, les entreprises recourant aux services d’un commissaire aux comptes présenteraient un taux de défaillance de 10,9 %, contre 18,4 % pour celles qui s’en passent. J’ajoute que l’inefficience de la mesure que le ministre de l’économie et des finances envisage a été prouvée à plusieurs reprises dans des pays comme la Suède, le Danemark ou l’Italie, qui font aujourd’hui machine arrière.

Ainsi, madame la secrétaire d’État, pourquoi ne pas reconsidérer en l’état la question des seuils obligatoires de contrôle légal des entreprises, et envisager de manière mieux concertée avec la profession des aménagements qui soient acceptables et profitables au regard des ambitions du projet de loi PACTE ?

M. le président. La parole est à Mme la secrétaire d’État auprès du ministre de l’économie et des finances.

Mme Delphine Gény-Stephann, secrétaire d’État auprès du ministre de l’économie et des finances. Madame la députée, dans le projet de loi PACTE, le Gouvernement souhaite alléger les obligations pesant sur les petites entreprises afin de faciliter leur développement. Dans ce cadre, il est en effet envisagé de relever les seuils de certification légale des comptes par un commissaire aux comptes au niveau prévu par le droit européen, c’est-à-dire 8 millions d’euros de chiffres d’affaires, 4 millions d’euros de bilan et cinquante salariés. Une analyse conduite par l’inspection générale des finances a conclu que la pertinence de seuils d’audit légal plus faibles que ceux fixés par le droit européen n’était pas établie. Notre démarche est conforme à l’objectif du Gouvernement d’éliminer les surtranspositions du droit européen dans notre droit national ; elle est également pleinement cohérente avec les orientations gouvernementales visant à établir un nouveau contrat avec les entreprises, contrat fondé sur la restauration de liens de confiance mutuelle entre l’État et les acteurs économiques.

Je reconnais toutefois que le relèvement des seuils d’audit constitue un défi pour la profession de commissaire aux comptes, impliquant une évolution en profondeur de son activité. Afin d’étudier de manière précise les conséquences de cette réforme et d’envisager les mesures d’accompagnement nécessaires, Bruno Le Maire a sollicité, conjointement avec sa collègue Nicole Belloubet, ministre de la justice, garde des Sceaux, l’appui d’une mission présidée par Patrick de Cambourg, président de l’Autorité des normes comptables, sur l’avenir de la profession. Les conclusions de cette mission permettront au Gouvernement d’adopter, d’ici à l’été 2018, un plan d’action visant à accompagner la mise en œuvre du relèvement des seuils d’audit.

M. le président. La parole est à Mme Emmanuelle Anthoine.

Mme Emmanuelle Anthoine. Si nous sommes tous favorables à la simplification des mesures relatives aux entreprises, ce que vous envisagez ne va pas dans le bon sens, madame la secrétaire d’État.

En effet, vos mesures vont occasionner de terribles dégâts. Or vous le savez bien, l’intervention des commissaires aux comptes permet la certification des comptes des entreprises et favorise donc – il ne faut pas l’oublier – leur transparence.

En outre, ces mesures feront des dégâts majeurs, tant sur le plan social que sur le plan humain, dégâts qu’il faudra bien prendre en considération.

Conférence de Christian Jacob, président du Groupe LR - Mardi 26 mars 2019
Conférence de Christian Jacob, président du Groupe LR - Mardi 26 mars 2019

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