Cinq mois après le début d’une crise sans précédent, l’Assemblée nationale se réunit pour débattre sans voter alors que l’urgence n’est plus de débattre, mais de prendre des décisions.

Ce débat, voulu en réalité par le Président de la République, est une curiosité. Une sorte d’ovni politique d’autant moins identifié qu’il intervient moins de 2 ans après l’élection présidentielle qui est le moment, dans la vie politique française, où les Français fixent le cap.

Finalement, le moment que nous vivons avec ce Débat ne démontre-t-il pas que le Président de la République a eu raison de théoriser les conditions de son élection : « une effraction ». Ce n’est pas moi qui le dis. C’est lui.

La vérité, c’est même que sa politique d’aujourd’hui est le fruit d’une double effraction : son élection et celle de sa majorité parlementaire dont on mesure chaque mois qui passe davantage la faiblesse, son incapacité à prendre le pouls du pays, en un mot une forme de déconnexion.

L’histoire retiendra qu’un jeune Président a été élu en 2017. Plus jeune que le Président Giscard, plus jeune que tous les autres qui n’auraient été que les représentants éteints, éreintés et fatigués d’un ancien monde.

Le nouveau monde arrivait donc avec ses certitudes, avec une suffisance et une arrogance qu’il a fallu, je le concède, un peu de temps aux Français pour découvrir.

Des Français avaient voulu y croire, pour la France, pour eux-mêmes aussi, avec l’espoir que la promesse allait advenir.

Je ne dois pas vous cacher que nous, nous ne sommes pas déçus car nous n’y avons jamais cru. Jamais cru parce que le « en même temps » raisonne comme une forme d’embrouillamini, un « attrape-tout » et en définitive un immobilisme.


Il fallait de la constance, des convictions et une colonne vertébrale pour résister à l’unanimisme auquel les commentateurs nous incitaient dans les premiers temps.
MACRON allait, non pas réformer, mais transformer la France. Rendez-vous compte : transformer la France.

Et pas seulement la France. C’est l’Europe elle-même qu’il allait rebâtir. A renfort de grands discours, notamment celui de la Sorbonne, il nous le promettait.

Avec le recul, il est permis d’en sourire et nous aurions dû être enseignés par l’accueil, extrêmement froid que ses propositions ont reçu partout en Europe. Mais, à ce moment, il fallait circuler et s’incliner devant les promesses du nouveau Prince de l’Europe.

Aujourd’hui, on a compris qu’il ne sauverait pas l’Europe, ni même la France.

La question, au moment où l’on parle, est de savoir s’il parviendra à se sauver lui-même.

Celui qui aspirait à transformer le pays, a réussi l’impensable : mettre le pays dans un état pré-insurrectionnel. Voilà la réalité. 18 mois après son élection, Monsieur MACRON a perdu la confiance, et plus grave encore, le respect des Français. C’est un des enseignements de la crise qui a éclaté en novembre dernier.

On ne s’est pas suffisamment arrêté au projet macroniste de « transformation ». On a sous-estimé la charge symbolique extrêmement violente de cette idée de transformation. Car dans transformer, il y a l’idée de modifier la forme, de chambouler, de déformer. Nos concitoyens –et c’est aussi ce que la crise des gilets jaunes nous enseigne- n’aspirent pas à tout déformer pour le plaisir de tout déformer.

Ils y aspirent d’autant moins qu’ils ne comprennent pas le sens de cette transformation et qu’ils ne voient pas où le Président de la République veut les amener avec ce projet de société.

Ajoutez-y les excès verbaux du Président de la République qui a rarement su trouver les mots pour montrer aux Français qu’il les respecte, vous comprenez le rejet qu’il suscite.

Une grande majorité de nos concitoyens ont été blessés par des attaques à répétition. Je n’y reviendrai pas car au fond, je suis sûr, Monsieur le Premier Ministre, que vous êtes d’accord avec nous.

Je suis sûr que vous condamnez avec nous les fautes de goût incompréhensibles pour un Président de la République : une pose photographique avec un délinquant torse-nu aux Antilles, une pose photo à l’Elysée avec un groupe de musique en bas résille. Nous ne pensions pas, en toute franchise, parce que nous sommes parfaitement attachés au prestige de la Présidence de la République, tomber si bas.

Les Français ont également tous bien compris qu’un très proche collaborateur de Monsieur MACRON a bénéficié de cette proximité pour s’arroger des droits exorbitants dans l’organisation de la sécurité de la Présidence. Et peut-être davantage si l’on en croit les liens que Monsieur BENALLA a pu avoir avec des oligarques russes.

Au regard de la gravité de cette affaire, nous avons tous été abasourdis de la violence de vos attaques contre le Sénat. Contre le Sénat qui n’a eu qu’un tort : transmettre à la justice les dossiers des proches du Président qui se sont rendus coupables de parjure pour protéger Monsieur BENALLA.

C’est l’honneur d’une assemblée parlementaire, dans une grande démocratie comme la France, de jouer son rôle institutionnel de contrôle de l’exécutif. L’Assemblée nationale se serait grandie à remplir cette mission au lieu d’apparaître comme une assemblée inféodée et caporalisée à un pouvoir qui a manifestement fauté.

Cela aurait été votre honneur, Monsieur le Premier-Ministre, de jouer pleinement votre rôle institutionnel de Chef de gouvernement. Vous n’êtes pas un collaborateur du Président de la République. Vous avez une responsabilité, celle de défendre le Sénat quand il exerce sa mission avec rigueur. Celle aussi, par exemple, de condamner la Présidence de la République lorsqu’elle se livre à des sombres montages et trucages d’images.

Ces comportements délétères pèsent très lourds dans la défiance qui frappe Monsieur MACRON. On nous a survendu un « nouveau monde » qui est en fait pire que l’ancien, car il est blessant, hautain et condescendant.
Ce pouvoir paye également très durement sa verticalité, sans aucune fondation solide. Il paye sa volonté d’exclure tous les corps intermédiaires et les élus.

Il y a urgence à écouter les élus de France.

Les élus nationaux d’abord, les parlementaires qui sont devenus, avec cette présidence, des élus de seconde zone. Ils seraient trop nombreux, trop payés, incompétents. Pour toutes celles et ceux qui aiment l’Assemblée nationale, qui pensent qu’elle joue un rôle majeur dans l’équilibre des pouvoirs, qui pensent que l’antiparlementarisme est un fléau et que le Président de la République devrait être à nos côtés pour défendre cette Institution. Pour tout cela, il est temps de relever la tête.

A ce stade, permettez-moi de vous dire solennellement que, si vous décidiez que la sortie du Grand Débat passe par une réforme du mode de scrutin, vous prendriez un risque insensé. Un risque qui nous ferait changer de régime et qui affaiblirait la Vème République.

La proportionnelle n’est pas ce dont la France a besoin. Elle a besoin de députés enracinés réellement au contact des citoyens, dans des Circonscriptions à taille humaine.

Les élus locaux ont aussi été des cibles faciles au début du quinquennat : trop nombreux, trop dépensiers, empêcheurs de tourner en rond pour un Président qui voulait tout régenter. Avant d’assister à une marche- arrière toute qui n’a eu qu’un but : utiliser les maires comme bouclier contre la colère des Français. Personne n’a été dupe de cette grossière manœuvre. La calinothérapie, après le « Balance ton Maire », admettez que cela ne sonnait pas juste.

Cette tactique a été habile, mais absolument pas sincère. Il ne s’agissait que de gagner du temps. Gagner du temps, c’est la marque de fabrique du Grand débat.

Là encore, tout le monde a vu votre jeu.

Qui peut nier que vous avez parié sur le pourrissement du mouvement des Gilets jaunes qui a été encouragé notamment au cours des premières semaines du mouvement et que cela a débouché sur la situation que l’on a connue, le 1er décembre et le 16 mars. Une faillite totale de l’autorité de l’Etat.

Des scènes inimaginables, au cœur de Paris, qui ont abouti au limogeage d’un Préfet de Police qui n’a eu qu’un tort : obéir aux ordres imprécis d’un Ministre qui lui, a sauvé sa tête. Elle est belle la République des fusibles.

C’est une honte, d’autant plus vive que tout le monde sait que le Préfet Delpuech est une victime collatérale de l’affaire Benalla. Après le Général de Villiers, ce Préfet est la seconde victime expiatoire d’un Président gonflé de vanité et de morgue.

Aucun Président avant Monsieur MACRON n’a mis le pays dans une telle situation. Pour tenter de sauver ce qu’il est encore possible de sauver, le Président a souhaité organiser un Grand Débat avec les Français, faisant mine d’oublier que son élection vient d’avoir lieu.

En vérité, le contrat qui le lie aux Français, celui de son élection, est déchiré. Ce n’est plus réellement d’un débat dont le pays aurait besoin, mais d’une nouvelle élection. Pourquoi une élection ? Simplement parce qu’en démocratie, l’élection est le seul juge de paix pour s’assurer de la légitimité d’un gouvernement.

Vous avez choisi une autre voix, habile et sinueuse. La voie de la délibération permanente pour brouiller les pistes, reprendre de l’oxygène, gagner du temps et plus grave, tenter d’enjamber les élections européennes.

Il y a beaucoup à dire sur les conditions d’organisation de ce débat. On se rappelle de la démission fracassante de la Présidente de la Commission nationale du Débat public qui a contesté le rôle joué par le Gouvernement. Elle a dénoncé le manque de neutralité. (Pour une fois qu’elle avait raison). Des garants ont été appelés à la rescousse pour en donner l’illusion.

Que dire aussi de votre décision de réduire le champ du débat en imposant 4 thèmes. 4 thèmes importants mais des sujets majeurs de préoccupation des Français ont été mis sous le tapis.

C’est vrai de la sécurité, alors que la délinquance, petite et grande, pourrit le quotidien des Français et que des quartiers entiers, comme l’a reconnu votre ancien Ministre de l’Intérieur, sont en sécession républicaine. On a finalement bien compris que vous vouliez faire l’impasse sur ce sujet pour une raison simple : vous ne voulez pas assumer la continuité délétère de votre politique judiciaire avec celle de Monsieur Hollande et Madame Taubira.

Rien non plus dans ce débat sur les sujets au cœur du pacte républicain. La lutte contre le communautarisme qui est un poison pour la République française.

L’ambiguïté du Président de la République, et d’un grand nombre de vos ministres sur la laïcité devient insupportable. Est-ce que nous sommes capables de revenir à l’essence de la loi de 1905 ? Sommes-nous capables, collectivement, d’assurer que, les valeurs de la République, la liberté de conscience, l’égalité entre les hommes et les femmes, l’héritage culturel de la France, soient respectés dans nos écoles, dans nos hôpitaux, dans l’espace public ?

Pensez-vous que les dérives de l’islamisme radical peuvent être contenues ? C’est ce qui nous sépare car nous pensons, nous, qu’il faut les combattre, avec la première force car il sera peut-être bientôt trop tard. Ce débat était une occasion de poser cette question sans tabous. Ce sera une occasion manquée.

C’est le grand paradoxe de ce débat. Il devait être national, ce qui aurait dû autoriser à parler franchement de la Nation, de sa cohésion, de ce qu’il faut respecter pour devenir Français, de l’héritage historique, culturel et républicain de la France.

Nous savons que, pour vous, la maîtrise ferme de l’immigration et le retour aux sources d’une politique républicaine d’intégration qui n’a pas peur de l’assimilation, sont des tabous. Vous avez tort et nous regrettons profondément que ce sujet, majeur pour le pays, ait été exclu du débat parce que votre Gouvernement et votre majorité sont mal à l’aise, divisés et très ambigus sur la question.

Le Débat national est donc marqué par ces vices de conception. C’est déjà beaucoup. Mais rien au regard du fait qu’il a d’abord été un débat de Macron pour Macron lui servant en réalité uniquement à se mettre en scène. Reconnaissez avec nous que vous avez souffert des interminables monologues présidentiels qui ont donné le tournis. C’était l’objectif et de ce point de vue, c’est plutôt réussi.

Vous avez tiré sur la ficelle du grand débat autant que vous avez pu. Mais le sablier s’est vidé et vous êtes aujourd’hui au pied du mur.

Vous êtes au pied du mur car votre bilan économique et social est mauvais, très mauvais.

Beaucoup de commentateurs continuent pourtant de défendre la thèse incongrue d’un gouvernement qui aurait beaucoup réformé et qui aurait fait voter des réformes dont la droite aurait rêvé.

Après presque 2 ans d’exercice du pouvoir, il est temps, grand temps de tordre le cou à ce canard.

Nous n’avons jamais rêvé, nous, de la hausse de la CSG pour les retraités, d’un matraquage fiscal sans précédent, de taxes, toujours de taxes, sur l’essence, sur l’électricité.

Vous venez, peut-être de la droite. Mais vous êtes partis à gauche ; Dans une majorité qui a son centre de gravité au parti socialiste.

La preuve, c’est le temps que vous avez mis à reprendre la loi anticasseurs votée au Sénat, une loi que vous auriez été incapables de faire voter par votre majorité sans notre groupe.

La preuve, c’est aussi qu’il y a eu en 2 ans en tout et pour tout 2 demies- réformes : les ordonnances sur le travail qui n’ont rien apporté sur les questions cruciales du temps de travail et du coût de travail. Et la réforme de la SNCF dont on n’a pas encore vu ce qu’elle change vraiment. Vous réformez beaucoup dans les discours, beaucoup moins dans l’action.

Le pays est à l’arrêt depuis 5 mois. Nous ne voyons rien venir de très clair : ni sur les retraites, ni sur l’assurance-chômage, ni sur les dépenses publiques, ni sur la fiscalité.

Un mot sur la réforme des retraites. Pour que les choses soient bien claires, sachez que nous ne serons pas d’une réforme des retraites qui fera baisser le montant des pensions ou qui s’attaquera aux droits familiaux et aux pensions de reversion.

Les retraités et les familles ont payé un tribut très lourd à votre politique fiscale. Vous avez fait suffisamment de dégâts avec la CSG et la désindexation des retraites. N’en rajoutez plus.

5 chiffres illustrent l’échec de votre Gouvernement. Pour celles et ceux qui ont encore un doute ou qui ne veulent pas entendre que Macron, c’est finalement Hollande en pire, ces 5 chiffres vont être un choc :

- Sur la dépense publique, en dépassant la Finlande, la France est devenue championne d’Europe avec 56.5% du PIB soit 10 points de plus que la moyenne européenne. 1330 milliards de dépenses, ce qui représente 57 milliards de plus en 2 ans. Le record de François Hollande (37 milliards) est pulvérisé. Macron, c’est plus de dépenses publiques qu’Hollande. Quand je vous disais qu’il est socialiste.
- Le taux des prélèvements obligatoires a atteint 45.3% du PIB. C’est un point de plus qu’avec Hollande qui était pourtant le champion toutes catégories de l’impôt.
- Dans ce contexte, lorsque les Français vous ont entendu hier décréter l’état d’urgence fiscale, ils peuvent légitimement se demander si c’est un trait d’humour ou si vous vous moquez ouvertement d’eux sachant que ce soir, ici même, votre Ministre de l’Economie et des Finances va proposer d’augmenter de 5 points le taux d’IS sur les grandes entreprises.
- Le déficit public se creuse pour la première fois depuis 10 ans. Pire déficit de la zone euro : 2.8% du PIB en 2018. Et pour 2019, c’est le grand brouillard. Aucun projet de loi de finances rectificatives -encore un grand manque de respect à l’égard du Parlement- n’a été voté après le plan de 10 milliards d’euros du mois de décembre. On nous annonce 3.2% de déficit. Comment vous faire confiance ?
- La dette va atteindre 100% du PIB en 2019. Plus de 2300 milliards de dettes !
- Enfin, le déficit commercial a atteint 60 milliards d’euros en 2018 contre 42 milliards en 2015. Seul le Royaume-Uni fait pire. Pendant ce temps, vous nous expliquez que la France est plus attractive et que nos entreprises retrouvent de la compétitivité.

Ces résultats, qui ne sont pas des indicateurs, mais des preuves, sont le signe du « 0 réforme ». Rien contre le matraquage fiscal, rien pour juguler les dépenses publiques. Rien en vérité non plus pour la compétitivité des entreprises.

Vous pouvez, pour vous disculper, tenter d’expliquer que cet échec est un échec collectif. Nous refusons cette facilité. Est- ce que nous gouvernons avec vous ? Non. C’est vous et vous seul qui êtes aux manettes.

Le Président de la République est entré à l’Elysée en 2012 avec François HOLLANDE. Il est devenu Ministre de l’Economie puis Président de la République. Depuis 7 ans maintenant, il inspire la politique économique et sociale française. Nous pensons que c’est assez pour tirer un premier bilan de son action.

C’est sur ce terrain que nous vous attendons, que les Français vous attendent.

Je vois bien la tentation que vous pourriez avoir de déplacer le débat sur des sujets institutionnels, sur les modes de scrutin, sur des grandes questions qui pourraient être intéressantes mais qui ne sont pas au cœur des préoccupations des Français.

Nous, nous vous attendons sur 2 sujets simples :
- Le pouvoir d’achat des Français
- Et leur vie quotidienne
Parce qu’avec vous depuis 2 ans, la montagne a accouché d’une souris, nous ne vous jugerons pas sur vos discours, ni le vôtre aujourd’hui, ni ceux du Président de la République dont il s’enivre pensant qu’un discours vaut une réforme.

De ce point de vue, les signes ne sont pas encourageants. Jeudi dernier, en plein grand Débat à l’Assemblée, vous avez balayé d’un revers de main, notre proposition de loi sur le pouvoir d’achat. Nous avons proposé l’annulation pour tous les retraités de la hausse de la CSG, la réindexation des pensions et allocations familiales sur l’inflation, la baisse de 10 % sur l’impôt sur le revenu, le retour au niveau de 2012 du quotient familial.

C’est dans cette voie clairement, qu’il faut vous engager pour provoquer un choc de confiance. Les Français, asphyxiés de prélèvements, veulent une rupture avec le tout impôt. Cela impose un courage, celui de baisser la dépense publique.

Si dans vos décisions budgétaires, vous empruntez ce chemin, vous irez dans la bonne direction, celle que les Français réclament, celle où le travail, la liberté d’entreprendre, l’envie de produire de la richesse, sont encouragés.

Reste, pour prendre la mesure de la crise actuelle, à répondre à l’attente de considération et d’équité des Français où qu’ils vivent sur le territoire national.

La France s’est bâtie sur la promesse républicaine d’équilibre, d’aménagement et d’équité territoriale.

Depuis deux ans, vous avez mené une politique dans laquelle la France des territoires ne s’est pas retrouvée. Pire, elle s’est sentie oubliée, voire humiliée.

Tous les Français ne vivent et n’aspirent pas à vivre dans de grandes métropoles.

Ils demandent une chose simple à laquelle ils ont droit, parce qu’ils ne sont pas des Français de seconde zone.

Ils demandent l’égalité de traitement dans l’accès aux services publics. Ce doit être notre grande priorité nationale si nous ne voulons pas que l’harmonie de ce pays, son équilibre, sa cohésion patiemment bâtie par les générations passées, s’évanouissent.

C’est maintenant que cela se joue. Après il sera trop tard.
Cela signifie que d’abord, il faut réinvestir dans des services publics de proximité, un bouclier territorial avec des élus de proximité, auxquels on donne les moyens d’agir. Si vous répondez à la crise actuelle, par moins d’élus, ou pire par des élus sans ancrage territorial, vous amplifierez la défiance.
De grâce, n’opposez pas les Français et leurs élus par pure démagogie. Vous n’y gagnerez rien. Nous avons besoin d’élus municipaux, départementaux, régionaux, pour mailler le territoire, pour faire vivre la démocratie de proximité.

Des élus responsables, avec de vrais budgets, avec de vraies ressources, pour faire vivre la décentralisation au bénéfice de nos habitants.

Les élus de France attendent ce signe d’espoir. Réinventer le pacte territorial républicain, au-delà des grandes déclarations de principe, c’est dire clairement que les hôpitaux de proximité sans maternité et sans chirurgie, ce n’est pas possible.

Dire que les centaines de fermetures de classes en zone rurale ou des lycées privés de certaines spécialités, ce n’est plus tenable. Dire que les fermetures de maternité à grande échelle, c’est un déclassement pour les territoires.

Monsieur le Premier ministre, la France a besoin de respirer. Les Français, ceux qui ont travaillé et qui veulent pouvoir simplement profiter de leur retraite, et aider les leurs, ceux qui travaillent dur pour élever leurs enfants nous ont adressé un message clair.

Nous l’avons tous reçu cinq sur cinq. Nous pensons qu’en définitive, leurs attentes sont au cœur des valeurs que nous portons et du projet politique qui est celui de notre Mouvement et de notre Groupe parlementaire.

Vous êtes aujourd’hui, aux responsabilités et c’est à vous de répondre au défi qu’ils ont lancé à leurs dirigeants.

Ce défi, c’est celui d’un modèle social et économique plus libre, avec moins, beaucoup moins d’impôts et des pouvoirs locaux plus forts.

C’est autour de ce trépied que les solutions d’avenir doivent être construites.

Si ce débat débouche sur ces solutions, il aura servi à quelque chose. Il aura servi à fortifier la France, car, lorsque l’on fait abstraction du reste, c’est ce qui nous anime par-dessus tout.

Sinon, le pire est devant vous et cela risque de très mal se terminer.

1ère séance publique du Mercredi 5 décembre 2018
DÉCLARATION SUR LA FISCALITÉ ÉCOLOGIQUE
ET SES CONSÉQUENCES SUR LE POUVOIR D'ACHAT

En mai 2017, les Français ont élu un jeune Président. Ce Président devait moderniser le pays à marche forcée. Il nous disait qu’il avait compris ce qui était bon pour les Français.

18 mois plus tard, le voilà pétrifié, dos au mur, confronté à une immense colère du peuple de France.

Vous avez, Monsieur le Premier Ministre, avec votre Gouvernement, une part de responsabilité. Mais le vrai responsable, il est à l’Elysée. C’est lui qui, le moment venu, devra rendre des comptes aux Français.

Ce Président, soi-disant vertical, toujours prompt à parler et à nous donner des leçons, a saisi que sa légitimité démocratique est gravement entachée ; il vous envoie donc au front pour vous faire jouer le rôle de fusible institutionnel.

Vous voilà donc contraint, à la tête d’un Gouvernement en perdition, d’une majorité KO debout, obligé d’accepter un débat à l’Assemblée nationale. Comme cela a dû vous être pénible !

Ce débat a un mérite, celui de vous rappeler qu’il existe une Représentation nationale dans notre pays. Eh oui, il existe une Assemblée nationale, avec des députés en charge chacun d’une part de la souveraineté nationale. Une Assemblée nationale que vous et votre Président ont cherché, méthodiquement, à marginaliser depuis 18 mois.

Songez, chers collègues, que ce Président, qui court le monde, n’a jamais pris une minute de son temps pour recevoir les Présidents de groupe de l’Assemblée et du Sénat. Il n’a sans doute pas de temps à perdre avec des élus du peuple qu’il juge médiocres et inutiles. Avec une Assemblée qui ne travaille pas assez vite et dont il veut réduire le nombre de membres. Pas plus qu’il n’avait de temps pour assister au congrès des Maires de France ou hier encore pour recevoir les présidents des grandes associations d’élus territoriaux. Il nous veut tous à sa botte, inféodés, le doigt sur la couture du pantalon.

Puisse cette crise lui ouvrir les yeux, vous ouvrir les yeux sur le danger majeur d’une révision de la Constitution qui renforcerait les pouvoirs personnels d’un Président dont nous jugeons - et les Français avec nous -, la politique et le comportement dangereux.

C’est justement de cette mauvaise politique dont nous allons parler au cours de ce débat. Une politique en définitive à l’image de Monsieur MACRON et du macronisme.

Le macronisme est une jactance. On parle beaucoup pour ne rien dire. Personne ne comprend jamais rien. Et c’est d’ailleurs bien souvent le but recherché.

Vous conviendrez que cela donne des motifs légitimes de colère, des motifs d’explosion sociale.

Oui, Monsieur le Premier Ministre, derrière une communication qui a pu faire illusion, vous n’avez engagé aucune vraie réforme.

Vous avez laissé filer les déficits et la dette. Vous avez renoncé à vous attaquer à la dépense publique.

Tout l’effort repose donc sur les Français, sur les Français modestes, sur les classes moyennes qui n’en peuvent plus, et qui endurent votre stratégie du matraquage fiscal.

Matraquage fiscal des retraités qui ont subi le choc de la CSG et qui vont subir le choc de la non indexation des pensions à laquelle nous vous demandons de renoncer.

Matraquage des classes moyennes et des familles qui constatent au quotidien que tout augmente. Ils ont subi vos coups de rabot sur les allocations familiales et sur les APL. Beaucoup n’ont pas vu la couleur de la baisse de la taxe d’habitation qui est une bombe à retardement pour le fonctionnement de nos communes.

Parmi vos souffre-douleurs, il y a aussi les communes de France qui doivent se serrer la ceinture face à un Etat qui a renoncé à toute politique d’aménagement du territoire. L’urgence est aujourd’hui de suspendre toutes fermetures de services publics dans nos territoires et plus particulièrement en zone rurale. C’est ce qu’attendent les Maires de Frances plutôt que le comportement d’un de vos ministres toujours bien inspiré, qui a encouragé sinon initié une campagne indigne de rejet des Maires de France qu’il incitait à « balancer ».

Aujourd’hui, de plus en plus de Français estiment que vous mériteriez la même campagne de dénigrement. Vous avez sous-estimé la portée de ces propos qui, ajoutés à tant d’autres, éclairent votre marque de fabrique : le mépris. Ce mépris, les Français ne vous le pardonnent pas.

Vous avez perdu la considération des retraités, des familles, des classes moyennes, de celles et ceux qui travaillent dur pour vivre.

Comme si cela ne suffisait pas, votre Gouvernement s’est alors attaqué, toujours avec la même arrogance, aux Français qui ont le malheur de rouler en voiture. Cela a commencé par une mesure venue d’en haut, hors sol, un caprice personnel, celui d’imposer le 80 Km/h sur nos routes départementales.

Vous avez ensuite durci le contrôle technique et mis en place une politique de taxation complétement délirante. Une politique profondément injuste, incompréhensible, adossée à une trajectoire de taxation du carbone qui va conduire à prélever 45 Mds Euros de plus d’ici à 2022.

Si votre objectif était réellement de diminuer les émissions de carbone plutôt que de faire exploser le montant des impôts et taxes, vous n’auriez pas décidé de fermer Fessenheim puis d’autres réacteurs et vous auriez mis en place un grand plan de développement des énergies d’origine agricole.

Ouvrez les yeux : un litre de gazole qui arriverait à 2 euros, c’est une folie douce. Aucune des mesures que vous avez annoncées ne fera passer cette pilule. Un simple report de taxes n’est évidemment pas la solution. C’est presque une provocation. La solution, c’est la suppression pure et simple de toutes les taxes à venir sur les carburants.

Ce que vous n’avez pas compris, c’est que cette colère profonde est le symptôme d’un ras-le-bol fiscal généralisé, mais qu’elle est aussi le cri de Français qui défendent leur mode de vie.

Des millions et des millions de Français ont choisi, pour eux et leurs enfants, comme leurs parents avant eux, de vivre dans des petites communes rurales, des bourgs centre, des petites villes de province. Ils aiment la France, ils sont attachés à leur terroir, ils n’aspirent pas forcement au grand large d’une mondialisation débridée. Ils contribuent, par leur travail, à la prospérité du pays. Ils ne demandent qu’une chose, simple mais restée étrangère à M. MACRON : le respect de ce qu’ils sont au plus profond d’eux-mêmes.

La faute de ce Président, la vôtre aussi, c’est d’abord ce manque de respect.

Oui, les « illettrées de Gad, les « Gaulois réfractaires », « ceux qui ne sont rien », « ceux qui roulent au diesel et fument des clopes » et tant d’autres, ont décidé de relever la tête.

Des millions d’autres ont été offensés quand ils ont entendu votre Gouvernement sous-entendre que les rassemblements de gilets jaunes étaient des rassemblements de quelques illuminés qui n’avaient que des défauts à vos yeux. Un de vos ministres, toujours le même, a osé dire que « ce n’est pas parce que vous mettez un gilet jaune qu’il n’y a pas une chemise brune en-dessous ».

En pariant sur la stigmatisation et d’une certaine manière sur le pourrissement, en étant incapable de répondre au bon moment aux cris de détresse, venus de tous les milieux, de toutes les classes sociales et de tous les territoires, vous avez semé la discorde et la violence.

Il ne suffit plus de dire stop à la violence. Il faut commencer par ne pas l’attiser en trouvant les mots et en prenant les décisions qui s’imposent.

Elles sont urgentes. Elles auraient déjà dû être prises car un nouveau samedi de désolation serait impardonnable. Impardonnable de la part d’un pouvoir et d’un Ministre l’Intérieur qui ont été complètement dépassés par les évènements. Nous avons assisté à une faillite sécuritaire samedi à Paris.

Pour l’avenir, votre responsabilité, si vous ne parvenez pas à éviter une nouvelle manifestation, est de donner des consignes claires à nos policiers, à nos CRS, à nos gendarmes, à nos sapeurs-pompiers qui n’ont pas vocation à être des cibles pour des casseurs et des pilleurs. Les témoignages que nous recevons d’eux sont glaçants. Derrière ces hommes et ces femmes qui ont enduré l’insupportable samedi dans Paris et dans de nombreuses villes de France, il y a des familles. Ne l’oubliez pas.

Votre rôle, c’est de les protéger et de leur permettre de se protéger lorsqu’ils maintiennent l’ordre républicain.

Le Président de la République qui a rarement hésité à se mettre en scène comme chef des Armées, qui a humilié publiquement un grand chef militaire le 14 juillet 2017, a été incapable d’empêcher des scènes de guérilla urbaine sous l’Arc de Triomphe, des scènes de pillage en plein Paris.

Honteux, révoltant, inqualifiable. Cela restera une tâche de ce quinquennat.

Ce qui se joue, au cœur des prochaines heures, c’est la capacité de M. MACRON à endosser le rôle d’arbitre que lui confère la Constitution. C’est à lui et lui seul qu’incombe la responsabilité de la crise C’est donc lui et lui seul qui doit proposer une sortie de crise. Il est dos au mur face à un peuple profondément en colère. Sa responsabilité est historique pour le fonctionnement démocratique, pour la cohésion sociale et républicaine. En a t-il seulement conscience ?

Son orgueil pourtant, ne devrait pas peser bien lourd face à ces enjeux essentiels pour la France.

Paris et la France sont à feux et à sang. Votre Gouvernement, jusqu’ici pétri de certitudes et enfermé dans sa tour d’ivoire, a les clefs du dialogue. Vous devez reculer même si cela vous est insupportable. Aucune autre option ne s’ouvre à vous.

Nous sommes prêts à ce dialogue, prêts à un grand débat national. Il ne pourra commencer qu’après l’abrogation définitive des taxes sur les carburants. Il impose aussi que vous disiez, avec modestie -et cela vous fera du bien, Monsieur le Premier Ministre-, que votre politique budgétaire et fiscale n’est pas la bonne car elle a fait baisser le pouvoir d’achat de la grande majorité des Français.

Le Parlement pourra alors jouer son rôle : voter un nouveau budget, baisser les taxes et impôts qui asphyxient nos compatriotes. Nous réclamons une fiscalité juste pour que le travail paye.

Viendra ensuite inévitablement le temps de la démocratie, le temps où la parole est donnée au peuple. Nous pensons sincèrement qu’il faudra, d’une manière ou d’une autre, donner la parole aux Français, pour une raison simple : qu’ils puissent dire souverainement ce qu’ils pensent du Président de la République, de votre gouvernement et de votre politique.

A vous de trouver les mots et les décisions pour éviter le pire.

Vous pensiez, Monsieur le Premier Ministre, continuer sans rien changer. Vous pensiez faire sans nous. Sans les syndicats, sans aucun corps intermédiaire. Sans personne.

Mais vous êtes maintenant tout seul. Ce n’est plus seulement un profond changement de cap qui est nécessaire. C’est un changement de votre façon de gouverner.

Votre Gouvernement doit cesser de rejeter, par principe, ce qui vient de l’Opposition. Depuis 18 mois, les Républicains ont été force de propositions sur tous les sujets : le budget, les impôts, la dépense publique, la sécurité, la lutte contre le terrorisme, la santé et tout récemment sur un sujet qui aurait dû nous rassembler, le handicap.

Vous n’acceptez jamais rien, vous refusez toujours tout. Comment expliquez-vous cette rigidité ?

Est-elle la marque d’un pouvoir qui pense avoir raison contre tous ? Est-elle le prix à payer de votre trahison politique du printemps 2017 ?

Qu’est ce qui explique un tel dogmatisme et un tel aveuglement ?

Mais Monsieur le Premier Ministre, parce que les circonstances l’exigent, nous sommes prêts, très clairement, au groupe les Républicains, à vous tendre la main.

Plus que tout, nous souhaitons un retour au calme, nous souhaitons de l’apaisement. La colère est légitime mais la violence est inacceptable. Aucune cause, si noble soit elle, ne peut la justifier.

A vous maintenant de prendre cette main qui vous est tendue, à vous de répondre à nos propositions.

Ces propositions, nous les avons faites, refaites sans cesse depuis octobre 2017. Elles sont constantes :

- l’abrogation des taxes sur le carburant, celles du 1er janvier et celles des années suivantes

- l’abandon de la désindexation des retraites et des allocations familiales

- l’annulation de la hausse de la CSG sur les retraités

- la défiscalisation complète des heures supplémentaires pour redonner du pouvoir d’achat aux salariés et de la compétitivité aux entreprises

Monsieur le Premier Ministre,

Vous ne pouvez pas traiter une fois de plus les propositions qui vous sont faites par le mépris en restant camper sur vos positions.

Sinon bien sûr la question de votre maintien à Matignon va très vite se poser mais l’essentiel n’est pas là ; l’essentiel, c’est que le feu continuera à couver et que la crise ne s’arrêtera pas.

Vous l’avez compris Monsieur le Premier Ministre, pour nous le compte n’y est pas, nous voterons donc contre vos propositions dont l’insuffisance à ce stade démontre que vous n’avez pas pris la mesure de l’exaspération et de la colère des Français.

MOTION de CENSURE
(déposée en application de l’article 49, alinéa 2, de la Constitution)

En mai 2017, Emmanuel Macron devenait Président de la République. Tout comme lui, sa majorité à l’Assemblée nationale a été élue sur les bases d’une promesse de renouvellement des élus, de l’exemplarité des responsables publics, de leur probité et d’une totale transparence du fonctionnement de nos institutions.

Parmi les premiers textes adoptés par le Parlement dès août 2017 figurent les lois portant sur la confiance dans la vie politique (Loi organique 2017-1338 du 15 septembre 2017 pour la confiance dans la vie politique-Loi 2017-1339 du 15 septembre pour la confiance dans la vie politique).

Un an plus tard, force est de constater que ces engagements, largement soutenus par nos concitoyens, ont été très largement bafoués et remis en cause par une affaire révélée plus de deux mois après la commission des faits.

Cette affaire, dite « affaire Benalla », a été révélée par le journal le Monde dans la soirée du mercredi 18 juillet. A l’origine, cette enquête du quotidien national se borne à révéler qu’un collaborateur du Président de la République a été filmé lors de la manifestation du 1er mai 2018 à Paris en train de frapper des manifestants. Il était alors équipé d’un casque et d’un brassard de police.

Dès le lendemain, différents organes de presse égrènent de nouvelles révélations. Il lui est notamment reproché, outre d’avoir porté des coups à deux manifestants le 1er mai 2018, Place de la Contrescarpe à Paris :

- d’avoir participé aux opérations de maintien de l’ordre boulevard de l’hôpital à Paris, non en tant qu’observateur, mais agissant manifestement dans l’organisation. Il était d’ailleurs équipé d’un poste de communication police.
- d’avoir obtenu de la part de trois hauts gradés de la police nationale les vidéos de surveillance prise lors des évènements de la place de la Contrescarpe le 18 juillet 2018 peu après les révélations du Monde.

Les Français, et la Représentation nationale, ont alors appris quelles avaient été les conséquences, ou plutôt l’absence de conséquences, des faits incriminés.

Tout d’abord, il faut rappeler que ce collaborateur bénéficiait de l’extrême confiance du Président de la République puisqu’il a, par exemple, été en charge de diriger la sécurité personnelle du Président lors de ses déplacements privés, ayant préalablement choisi de son propre chef les agents qui devaient l’entourer durant ce séjour.

A la suite des faits précédemment énoncés, Monsieur Benalla n’a fait l'objet que d'une simple mise à pied conservatoire, et il n’a jamais été question de licenciement pour faute grave.

Alors que les faits incriminés étaient de nature pénale et auraient dû être transmis au procureur de la République, respectant en cela l’article 40 du code de Procédure Pénale, aucune transmission n’est intervenue début mai.

Contrairement à ce que le porte-parole de l’Elysée a indiqué le 19 juillet dernier, il n’a pas été affecté à un poste administratif, suite à sa mise à pied conservatoire de 15 jours, puisqu’il a continué à effectuer des missions relatives à la sécurité du Président, et sur des évènements autres que ceux organisés à l’Elysée :

- Hommage à Madame Simone Veil le 1er juillet,
- Visite privée du Président de la République le 13 juillet à Giverny.
- Défilé du 14 juillet,
- Prise en charge, contre la volonté du commandant de gendarmerie présent sur les lieux, des opérations relatives à la sécurité des Bleus sur le tarmac de l’aéroport de Roissy
- Descente des Champs Elysées des Bleus le 16 juillet 2018.

Enfin, il est nécessaire de s’interroger sur les différents avantages dont disposait Monsieur Benalla, au regard des protections dont il a bénéficié :

- Un traitement inhabituel vu son âge, 26 ans
- Une voiture de fonction avec gyrophare sans que ses fonctions ne le justifient
- Un port d’arme délivré par la Préfecture de Police après avis défavorable du ministère de l’intérieur
- Un badge « H » de l’Assemblée nationale, lui offrant un accès permanent à l’hémicycle, alors que le suivi du travail parlementaire ne fait manifestement pas partie de sa mission et qu’il n’a pas fait l’objet d’une nomination au Journal Officiel
- L’obtention du grade de Lieutenant-Colonel de réserve dans la Gendarmerie à 26 ans.
- La mise à disposition d’un appartement de fonction Quai Branly, habituellement réservé aux hauts fonctionnaires de l’Elysée, et ce depuis le 9 juillet 2018
- La proposition de son nom pour une liste de nominations au poste de sous-préfet

Dimanche 22 juillet 2017, Monsieur Alexandre Benalla est mis en examen pour « violences en réunion n'ayant pas entraîné d'incapacité totale de travail », « immixtion dans l'exercice d'une fonction publique en accomplissant des actes réservés à l'autorité publique », « port et complicité de port prohibé et sans droit d'insignes réglementés par l'autorité publique », « recel de détournement d'images issues de la vidéoprotection » et « recel de violation du secret professionnel ». Il est placé sous contrôle judiciaire et il lui est interdit d'exercer une fonction publique ou une mission de service public.

Monsieur Vincent Crase, gendarme réserviste, salarié de La République en Marche présent à ses côtés le 1er mai, est mis en examen pour « violences en réunion », « immixtion dans l'exercice d'une fonction publique » et « port prohibé d'arme ».

Trois policiers, déjà suspendus pour avoir transmis des images de vidéo-surveillance à Alexandre Benalla, ont également été mis en examen, pour « détournement d’images issues d’un système de vidéoprotection » et « violation du secret professionnel ».

Parallèlement à ces développements médiatico-judiciaires, l’affaire dite « Benalla », s’est immiscée dès jeudi matin dans les débats au Parlement où l’Assemblée nationale discute d’un projet de réforme constitutionnelle (Projet de loi constitutionnelle pour une démocratie plus représentative).

Les différents groupes d’opposition de l’Assemblée nationale ont alors souhaité avoir des informations de la part du gouvernement, regrettant que leurs différentes demandes de création de commission d’enquête sur les évènements du 1er mai, aient été rejetées à l’époque des faits. C’est donc bien légitimement qu’ils ont réitérés leur demande de création d’une commission d’enquête.

Arguant du caractère extraordinaire de la session et de la maitrise de l’ordre du jour par le Gouvernement, la majorité parlementaire a tout d’abord refusé cette création avant de s’y rallier 24 heures plus tard, sous la pression de l’opposition, en utilisant une faculté prévue par le règlement. C’est ainsi que la Commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République de l’Assemblée nationale s’est dotée des pouvoirs d’une Commission d’enquête le samedi 21 juillet 2018.

Au cours du week-end, dans l’hémicycle, se sont succédées les prises de parole de l’opposition pour obtenir l’indispensable publicité des débats. Après avoir défendu le contraire, la majorité a finalement accepté que les débats soient publics.

A ce jour, la liste des personnes devant être auditionnées par la Commission des lois n’a toujours pas fait l’objet d’un accord formel, la liste des personnes auditionnées étant arrêtée au jour le jour, accréditant l’idée que la majorité ne souhaite pas faire toute la transparence sur cette affaire et la relègue à une simple « affaire personnelle ».

Comme d’autres présidents de groupe, le président du groupe LR a, en outre, écrit au Premier ministre pour lui demander de venir faire une déclaration au titre de l’article 50-1 de notre Constitution devant notre Assemblée. Celui-ci lui a fait part de sa réponse négative le mardi 24 juillet.

Au-delà des travaux de la Commission d’enquête et alors que des manquements graves dans le fonctionnement de nos institutions ont été constatés aux niveaux les plus élevés de l’Etat, il est indispensable que le Gouvernement, qui, en application de l’article 20 de notre Constitution, détermine et conduit la politique de la nation et dispose de l’administration et de la force armée, réponde devant la représentation nationale, de la réalité des faits, de l’étendue des responsabilités et de la chaine des protections dont a bénéficié Monsieur Benalla.

Cette affaire, qui a mis en lumière une confusion des pouvoirs à la tête de l’exécutif, une forme de subordination du Gouvernement face à la Présidence de la République, et une incapacité de ce même Gouvernement à exercer ses responsabilités et pouvoirs institutionnels, justifie le dépôt de la présente motion de censure.

ASSEMBLÉE NATIONALE 
CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958 
QUATORZIÈME LÉGISLATURE 
PROPOSITION DE RÉSOLUTION

tendant à la création d’une commission d’enquête sur la protection dont a bénéficié un membre du cabinet du Président de la République ayant participé au-delà de ses compétences, à une opération de maintien de l’ordre, avec actes de violence, en marge d’une manifestation

Présentée par
M. Christian JACOB et les membres du Groupe Les Républicains

Député
EXPOSÉ DES MOTIFS


Mesdames, Messieurs,

Selon un quotidien du soir, un proche collaborateur du président de la République, M. Alexandre Benalla, a été identifié dans une vidéo tournée lors d’une manifestation à Paris le 1er mai 2018 participant, sous un équipement policier d’emprunt, à des opérations de Police et faisant acte de violences.

Ce collaborateur exerce les fonctions d’adjoint au chef de cabinet du Président de la République, fonction dont chacun comprendra qu’elle est considérable. Il semblerait en outre que l’individu mis en cause n’ait pas agi seul mais en relation avec un collaborateur du parti majoritaire La République en Marche.

Selon la présidence de la République, le collaborateur mis en cause avait « demandé l’autorisation d’observer les opérations de maintien de l’ordre pour le 1er Mai ». Cette autorisation lui avait été donnée par la Présidence de la République.

Plusieurs clichés et vidéos ont mis en évidence que ce collaborateur avait outrepassé cette habilitation, portant un casque à visière et un brassard d’officier de police judiciaire en s’en prenant avec violence à un manifestant.

Ce collaborateur du Président de la République a fait l’objet d’une simple suspension alors que les faits commis relèvent clairement du champ délictuel.

Plusieurs parlementaires avaient déjà réclamé la création d’une commission d’enquête pour faire la lumière sur les débordements qui ont émaillé cette manifestation du 1er mai.

Au-delà des actes de ce collaborateur, l’absence de sanctions réelles et de saisine des autorités judiciaires de la part de son autorité hiérarchique constituent une méconnaissance des dispositions de l’article 40 du code de procédure pénale qui dispose que « toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l'exercice de ses fonctions, acquiert à la connaissance d'un crime ou d'un délit est tenu d'en donner avis sans délai au procureur de la République ».

Quelles sont les fonctions précises de M. Benalla et en quoi justifiaient-elles qu’il se fasse passer, au mépris de l’article 433-14 du code pénal relatif au port illégal d’uniforme, pour un représentant des forces de l’ordre ?

Sa hiérarchie a-t-elle délibérément demandé à M. Benalla d’aller discréditer ces manifestants en faisant usage de violence ?

Qui, dans sa hiérarchie, s’est abstenu de dénoncer ces faits graves à la justice au mépris des dispositions de l’article 40 du code de procédure pénale ?

Pour toutes ces raisons, nous vous demandons, Mesdames et Messieurs, d’adopter la présente proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête sur la protection dont a bénéficié un membre du cabinet du Président de la République ayant participé au-delà de ses compétences, à une opération de maintien de l’ordre, avec actes de violence, en marge d’une manifestation

Cette commission s’attachera à proposer des mesures visant à ce que de tels faits ne se renouvellent pas.

 

PROPOSITION DE RESOLUTION

En application des articles 137 et suivants du Règlement, il est créé une commission d’enquête de 30 membres sur les conditions de la participation le 1er mai 2018 d’un collaborateur de la Présidence de la République d’opération de maintien de l’ordre, les actes de violence commis à cette occasion et sur le traitement de cette participation par son autorité hiérarchique.

Dans la conception républicaine que nous nous faisons de nos institutions, la séparation des pouvoirs et la responsabilité du Gouvernement devant le Parlement ne sont pas négociables.

Cela signifie simplement que nous ne sommes pas un pouvoir subordonné à l'exécutif. Cela signifie que nous n'avons de compte à rendre qu'à la Nation et aux Français dont nous tirons notre légitimité.

Voilà pourquoi, nous avons hésité à venir à Versailles pour écouter un Président de la République qui n'a pas vraiment compris que le Parlement n'est pas sa chose, son jouet ou une sorte de marchepied sur lequel il aurait le droit de s'élever pour renforcer son propre pouvoir.

Le Président de la République a choisi de parler beaucoup. Beaucoup de lui, beaucoup à votre place Monsieur le Premier-Ministre, puisque c'est vous qui êtes normalement responsable devant le Parlement.

Il a également choisi de parler très peu de la Constitution alors que c'est lui et lui seul qui a décidé de mobiliser le Parlement pendant de très longues semaines sur ce sujet.

La pratique qu'il instaure de l'article 18 de notre Constitution est contestable car cette prise de parole n'a jamais été conçue comme un discours de politique générale.

Il est temps, mes chers Collègues, de lever la tête. Et lever la tête, c'est commencer par dire que la révision constitutionnelle que nous propose le Chef de l'Etat, est dangereuse.

Allons-nous donner un chèque en blanc à Monsieur Macron pour réduire le pouvoir du Parlement ?

Depuis 1974, tous les Présidents de la République, et particulièrement Nicolas Sarkozy grâce à la révision de 2008, ont compris et accepté que la France a besoin d'un équilibre des pouvoirs entre son Parlement et son Gouvernement.

Alors que c'est une évidence qu'un grand pays démocratique mérite un Parlement respecté, cette majorité s'apprête à affaiblir l'Assemblée nationale et le Sénat de la République.

Les affaiblir en corsetant la procédure parlementaire et en s'attaquant au bicamérisme.

Les affaiblir en réduisant le temps démocratique de la discussion budgétaire.

Les affaiblir en augmentant la mainmise du Gouvernement sur l'ordre du jour.

Les affaiblir en consacrant une Chambre de la Société civile, ce CESE du nouveau monde qui deviendrait une déconsidération pour la Représentation nationale. Quelle est la légitimité démocratique de représentants associatifs, syndicaux et patronaux pour faire la leçon aux élus de la Nation qui tirent eux leur légitimité du suffrage universel ?

Depuis plusieurs mois, une intense campagne de déstabilisation vise le pouvoir parlementaire.

Nous serions tour à tour incompétents, inefficaces, trop payés et corrompus. Les propositions du Président de la République attisent et participent de ce mouvement irresponsable.

Accréditer l'idée que les parlementaires seraient trop nombreux et qu'ils sont d'abord préoccupés par la défense de petits intérêts électoraux fait courir de grands dangers pour l'ensemble de notre système démocratique et la solidité de nos institutions.

Celles et ceux qui défendent à la fois de plus grandes circonscriptions et le scrutin proportionnel ne connaissent pas la France et la subtilité de sa construction historique et géographique.

Votre décision de créer des circonscriptions à taille inhumaine, deux fois plus grandes qu'aujourd'hui, va rétrécir le lien de la Nation avec ses élus. De tout temps, en France, les députés et les sénateurs, élus de proximité ont joué un rôle majeur pour assurer une représentation équilibrée du pays et adoucir la tendance jacobine et centralisatrice.

Avec cette réforme, vous faites prendre au pays le chemin d'un pouvoir technocratique, éloigné du terrain et coupé des réalités.

C'est le penchant naturel de l'Etat-Macron.

L'actuel Président de la République n'est pourtant qu'un maillon de la longue histoire de France. Même s'il en doute, il est bon de lui rappeler que des Français de qualité, compétents et patriotes ont gouverné notre pays avant lui. Des Français de qualité, compétents et patriotes le gouverneront après lui.

Voilà pourquoi nous lui demandons solennellement de ne pas prendre le risque d'évolutions institutionnelles hasardeuses.

Voilà pourquoi, nous lui demandons de renoncer à la réforme du mode de scrutin des élections législatives. Les Pères fondateurs de la Vème République ont beaucoup hésité à constitutionnaliser le mode de scrutin uninominal majoritaire. Il s'en est fallu de peu.

Le moment est sans doute venu de constitutionnaliser le scrutin majoritaire car ce mode de scrutin garantit la stabilité gouvernementale. Il est en vérité la seconde clé de voute des institutions de la Vème République.

En élisant des députés à la proportionnelle, vous mettez le ver dans le fruit institutionnel. Vous prendriez une décision insensée au moment même où le scrutin proportionnel produit des situations politiques d'une grande confusion en Italie et en Allemagne.

En conscience, et parce que la Constitution nous transcende, nous devons partager une idée simple : les réformes proposées par-dessus les Français sans les consulter, feront glisser le régime sur une mauvaise pente.

C'est la même entreprise de déconstruction qui est à l'oeuvre dans votre politique à l'égard des collectivités locales.

Une politique contraire à une tendance historique puissante depuis 1982.

Une politique qui asphyxie les libertés locales.
Une politique finalement aveugle qui pense que des cerveaux soi-disant bien faits, bien formés et habitant à Paris ou dans des grandes métropoles peuvent imposer leur vision du monde à tout un pays.

S'il ne fallait prendre qu'un exemple pour caractériser cet aveuglement, ce serait votre décision d'imposer aux Français, arbitrairement, de rouler à 80kms/heure sur les routes départementales.
Ce qui choque, c'est votre refus d'écoute, et souvent votre mépris à l'égard des acteurs de terrain.

Ce que vous voulez considérer comme du courage n'est en réalité qu'une arrogance.

Oui, chers Collègues, le macronisme est d'abord une jactance.
Nous avons été nombreux à juger sévèrement le Président Hollande sur l'exercice de sa fonction.

Passé le moment où nous aurions pu croire que Monsieur Macron incarnerait la fonction en donnant une bonne image de la France sur la scène internationale, le temps est venu de dire que le Président de la République inquiète de plus en plus de nos concitoyens.

A quel autre Président aurait-on pardonné des propos honteux, mis en scène, sur le pognon de dingue que coûte notre système de protection sociale ?

A quel autre Président aurait-on pardonné de considérer que certains de nos concitoyens ne sont rien ?

A quel autre Président aurait-on pardonné le limogeage d'un grand chef militaire ?

A quel autre Président pardonnerait-on d'augmenter de 25% la CSG à nos retraités, de surtaxer l'essence, de sacrifier fiscalement les classes moyennes tout en supprimant l'exit tax ?

Pour quel autre Président aurait-on fait preuve d'une telle indulgence face à une politique aussi dangereuse, aussi naïve en matière de politique migratoire, de sécurité et de protection des Français contre le terrorisme.

Une grande partie de nos partenaires européens ont déjà renoncé à toute indulgence à l'égard d'un Président qui finalement est plus soucieux de se mettre lui-même en scène que de défendre la place de la France sur la scène internationale.

Tous les Français qui n'ont jamais cédé de terrain aux sirènes macronistes, tous ceux qui en reviennent, comprennent que le « en même temps » est un leurre qui ne marche pas. Ils comprennent que notre Pays, ce grand pays démocratique a besoin d'une gauche, a besoin d'une droite qui s'assume, d'une droite consciente qu'elle a pu décevoir mais fière des valeurs qui la fonde, pas depuis hier, pas depuis un an, mais depuis des décennies.

Nous sommes cette Opposition, dépositaire notamment de l'héritage gaulliste, qui ne courbera pas l'échine face à un pouvoir technocratique.

Nous sommes cette opposition parlementaire qui supporte de moins en moins le caractère et les attitudes d'un homme qui lui-même, dans un éclair de lucidité, a reconnu le 14 février dernier qu'il est le « fruit d'une effraction ».

Parce qu'il est le fruit d'une effraction, il repartira sans doute comme il est arrivé.

En 1958, les Français ont choisi leur Constitution. C'était le monde d'avant. En 2018, nous nous apprêtons dans un entre soi très peu démocratique, à modifier l'équilibre de nos institutions.

Sincèrement, je préfère le monde d'avant. Celui où nos Chef d'Etat ont le courage de consulter les Français. La Constitution est leur Constitution. Elle n'appartient à aucun d'entre nous et pas plus à Monsieur Macron. Son devoir est de soumettre une si profonde évolution porteuse de dangers, au peuple.

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