A Nice, jeudi dernier, la France a été une nouvelle fois lâchement attaquée. C'est un 14 juillet, ce jour sacré où la France se rassemble, qu'un barbare a choisi pour anéantir les vies si précieuses d'innocents.

Nous avons vu monter le débat de savoir si cet assassin était un illuminé. Ce débat, au-delà de son indécence quand on songe aux vies enlevées, n'a aucun sens à nos yeux. Il n'a aucun sens car cet homme est un terroriste. Il a préparé méticuleusement ce carnage. Il a clairement répondu à un appel au crime selon un mode opératoire préconisé et recommandé par l'Etat islamique. Les Français ne comprennent pas ce débat. Ce qu'ils constatent, avec colère et écœurement, c'est qu'un homme, au pédigrée inquiétant qui aurait justifié qu'il soit expulsé de France, a pu commettre l'irréparable.

Cette rage, dont vous avez mesuré la force à Nice, monte partout dans le Pays. Notre devoir, aujourd'hui, collectivement, c'est de répondre aux attentes de nos compatriotes.

Quels crimes avaient donc commis tous ces innocents ? Celui d'être Français, celui d'être en France, celui d'être fidèle aux valeurs de la République, celui de vouloir tout simplement partager le bonheur de vivre un moment de communion nationale.

La France vient de vivre l'un des 14 juillet les plus sombres de son histoire.

Cette tuerie de masse, parce qu'il faut bien dire les mots, perpétré le Jour de la Nation prend une résonance d'une densité et d'une profondeur inouies.

Car le 14 juillet, à Nice, comme dans toutes les communes de France, les Français célèbrent le souvenir de celles et ceux qui ont choisi de devenir libres. Ils célèbrent ensemble les valeurs qu'ils ont choisies pour leur pays et qu'ils ont offertes au monde. Ils célèbrent la Liberté, l'Egalité, la Fraternité. Ils revendiquent leur mode de vie que cet ennemi exècre. Ils proclament enfin leur attachement à la Nation qui nous rassemble par-dessus-tout et qui s'est construite, en France, par le rejet absolu du communautarisme, ce poison qui divise, qui fracture, qui exclut, qui repli sur soi.

Comment accepter que, justement, ce soit ce jour de fête sacré de la Patrie où tout a basculé. Où des vies d'hommes, de femmes, d'enfants, de très jeunes enfants ont été fauchées au nom d'une folie religieuse, au nom de l'islamisme radical qui n'est rien d'autre qu'une sauvagerie, qu'une bestialité et, disons-le, qu'une inhumanité.

Cette idéologie de mort qui a fait de la France son ennemi, est contraire à tout ce que nous sommes, à tout ce qu'est la France, contraire aux valeurs que nous tenons de notre triple héritage : l'héritage gréco-romain, l'héritage judéo-chrétien et la philosophie des Lumières qui a posé les fondements de notre République.

Ce soir, nous pensons évidemment aux Niçois. Nous pensons aussi avec tristesse à toutes les victimes des attentats qui sont tombées le 7 janvier 2015, puis le 13 novembre 2015. Nous pensons à ce chef d'entreprise décapité le 26 juin 2015. Nous pensons aux fonctionnaires de police qui ont été sauvagement assassinés le 13 juin dernier devant leur enfant. Nous pensons à tous les blessés, les mutilés qui souffrent et qui ne se relèveront peut-être jamais de ce traumatisme.

La mort gratuite qui frappe au hasard est une terrible injustice. Jeudi soir, les hommes et les femmes qui ont été assassinés –ne vous y trompez pas chers collègues- l'ont été parce qu'ils sont Français, par ce qu'ils sont la France. Comprenons bien qu'hier, c'était eux et que demain, si nous ne réagissons pas, d'autres tomberont encore.

Parce que le moment est douloureux pour tant de nos compatriotes, parce que la période est tragique pour la France toute entière, notre pays doit accepter le défi historique qui lui est lancé.

Accepter ce défi, c'est combattre sans pitié. Combattre à l'extérieur. Combattre à l'intérieur avec la même détermination car c'est une même et unique guerre que nous devrons livrer.

Nos soldats sont déjà engagés sur plusieurs théâtres d'opérations extérieures. Ils sont les sentinelles de notre Liberté et toute la Représentation nationale mesure le poids de leur responsabilité dans la lutte contre le djihdaïsme. Ils sont parfois bien seuls, comme au Mali et l'Union européenne devra un jour prendre conscience que nos soldats protègent la liberté de tous les européens.

Ailleurs, comme en Syrie et en Irak, la question de leur participation à une grande coalition mondiale, avec tous nos alliés, avec les russes aussi, doit être posée de manière pragmatique et avec un seul souci : celui de l'efficacité et de la priorité de nos intérêts stratégiques.

Nous continuons de penser que François HOLLANDE doit réorienter la diplomatie française et que la Russie, dans la lutte contre l'islamisme, est incontournable.

Combattre, c'est aussi prendre conscience qu'une guerre commande un effort de guerre décuplé. Au moment où nos forces de sécurité et nos militaires de l'opération sentinelle sont sur-employés, cela doit être notre priorité politique, opérationnelle et budgétaire.

Les mots ont un sens : la guerre, c'est l'anéantissement, c'est l'éradication. Ils ont manifestement un sens pour notre ennemi. Ils doivent avoir un sens pour la France, pour son Gouvernement, pour son Parlement.

Allons-nous mener cette guerre ? Avons-nous pris la mesure du défi ? La France a-t-elle compris que cette guerre est une guerre à mort qui nécessite de prendre enfin des mesures radicales et non de baisser la garde.

Oui, nous approuvons la prorogation d'un état d'urgence qui protège vraiment.

Au regard de l'intensité de la menace et des informations dont le Gouvernement n'a pas pu ne pas être destinataire, on ne comprend d'ailleurs pas que le Président de la République ait envisagé jeudi en début de journée de suspendre l'état d'urgence.

Peut-être s'expliquera-t-il sur les raisons qui l'ont poussé à prendre cette décision ? A défaut, c'est à vous, chef du Gouvernement, de nous donner des explications.

Nous approuvons la poursuite d'un état d'urgence renforcé car nous pensons que parfois les circonstances imposent de restreindre certaines libertés pour le temps qu'il faut, et aussi longtemps que la sécurité des Français l'oblige.

Cela signifie que nous demandons la possibilité de perquisitions administratives avec des saisies informatiques, des contrôles d'identité, des fouilles de véhicules et de bagages.

Nous demandons l'expulsion de France de tout étranger ayant des connexions avec un groupe terroriste.

Nous demandons solennellement la fin des réductions de peine pour les individus condamnés pour terrorisme.

Nous demandons aussi la fermeture immédiate par les Préfets, des mosquées salafistes dans lesquelles nos valeurs sont piétinées, dans lesquelles les lois religieuses s'imposent aux lois de la République. C'est là que la République doit prouver qu'elle est partout chez elle, qu'elle doit refuser ce qui ne sont même plus des zones de non-droit, mais des zones d'un autre droit. D'un droit que nous ne voulons pas en France.

Nous demandons enfin, l'interdiction des manifestations quand les Préfets considèrent qu'ils n'ont pas les moyens d'en assurer la sécurité.

A ce stade, je constate que votre projet de loi, sorti de commission, est encore insuffisant. Nous souhaitons que le débat dans l'Hémicycle, permette d'aller plus loin.

Monsieur le Premier Ministre, depuis 18 mois, sans relâche, c'est le discours que nous tenons. Depuis 18 mois, nous avons été présents, à vos côtés pour combattre le terrorisme. Toujours présents même quand nous pensions que cela n'allait pas assez loin. Après Charlie Hebdo, après le Bataclan, après Bruxelles, nous avons dit qu'il faut avoir le courage de dire aux Français, même si c'est difficile, que l'éradication des djihadistes commande de prendre des mesures d'exception.

Nous avons été constructifs, notamment au cours de la commission d'enquête présidée par Georges FENECH qui a fait des propositions de bon sens que votre Ministre de l'Intérieur a balayé d'un revers de main.

Nous pensons que c'est une erreur car à circonstances exceptionnelles, après plusieurs centaines de victimes, une législation d'exception s'impose. Elle devrait déjà être mise en application. Elle ne l'est pas et permettez-moi de vous dire que c'est de moins en moins justifiable.

Le 22 juin, dans votre bureau, avec vos ministres de l'Intérieur et de la Justice, j'ai réitéré nos propositions. Je vous les rappelle :

- D'abord la rétention de sureté des individus repérés comme dangereux, dans deux cas de figure bien précis. En premier lieu, à leur sortie de prison car franchement comment imaginer que ce qui est en vigueur et possible pour les délinquants sexuels ne le soit pas pour des individus clairement radicalisés. En second lieu, à leur retour du Djihad quand malheureusement ils reviennent. Le simple contrôle administratif prévu dans votre dernière loi n'est pas suffisant. Nous réclamons une assignation en centre fermé car le séjour intentionnel sur un théâtre étranger d'opérations terroristes est pour nous une preuve suffisante d'extrême dangerosité. Faire le Djihad est un crime, il doit être puni comme tel.

Le Procureur Molins a certes lui-même reconnu que depuis le départ de Madame Taubira, la politique pénale a évolué et s'est durcie s'agissant du Djihad franco-syrien. Nous nous en félicitons mais il faut aller plus loin en mettant en place une mesure de rétention dès le retour de djihad.

- Notre deuxième série de propositions concerne le suivi et le contrôle des fichés S. Votre majorité, depuis des mois, se retranche derrière des arguments juridiques sans réels fondements. Que les fichés S en matière de terrorisme ou les individus identifiés comme constituant une menace pour la sûreté de l'Etat ne puissent être privés de liberté est incompréhensible pour les Français. Vous pouvez évoquer les jurisprudences ou les avis du Conseil d'Etat aussi longtemps que vous le voulez, cela ne les convaincra pas.

Il faut d'urgence bâtir un arsenal juridique de mesures coercitives sur la base d'un fichier S vraiment opérant et centré sur les islamistes radicaux.

La France doit pouvoir, pour protéger les siens, enfermer les plus dangereux, les surveiller par bracelet électronique et assigner à résidence, en état d'urgence et hors de l'état d'urgence, tous ceux sur lesquels un doute sérieux existe.

Nous vous avons également proposé des mesures pour nos prisons qui sont devenues des pépinières djihadistes. Vous avez fait un pas avec l'intégration du renseignement pénitentiaire dans les services de renseignements. Mais il est temps, au-delà de la création d'unité ad hoc pour les détenus radicalisés, de légiférer sur la mise à l'isolement systématique des islamistes avec isolement électronique.

Un mot également, à l'heure où nos policiers et gendarmes sont au front pour nous, sur le régime de légitime défense des policiers. Vous avez autorisé le port d'arme hors service. C'était nécessaire. Désormais, le régime de la légitime défense doit être assoupli. Face à un individu qui va commettre un meurtre de masse, il ne faut pas attendre qu'il ait tiré. Si le danger imminent est réel, il faut pouvoir tirer. Les policiers de France, qui sont nos premiers protecteurs, attendent cette décision. Il faut la prendre.

Les Français comprennent que le risque zéro n'existe pas. Mais ils ne vous pardonneront pas d'avoir tergiversé, d'avoir hésité, d'avoir tremblé.

Toutes ces mesures sont de nature à leur prouver notre détermination sans faille.

Monsieur le Premier Ministre, dans une grande démocratie comme la France, notre divergence d'analyses n'est pas une entorse à l'unité nationale.

Pour que les choses soient bien claires, l'unité nationale n'est pas finie. Ce qui est fini, c'est la gestion exclusivement compassionnelle des évènements. Ce qui est fini, c'est le temps des mots qui ne suffisent plus à soulager la douleur des victimes et à pleurer les morts.

L'opposition s'exprime. C'est notre devoir car nous ne sommes pas d'accord sur tout avec vous.

Monsieur le Premier Ministre, lorsque quelqu'un exprime un point de vue différent du vôtre ou des réserves sur la politique que vous menez, ne pensez pas, de manière un peu caricaturale, qu'il n'est pas à la hauteur des circonstances.

Etre à la hauteur de la situation, c'est d'abord prendre toutes les décisions, mettre en œuvre tous les moyens que la sécurité de nos compatriotes exige.

Pour une raison simple qui résonne comme une évidence après 18 mois d'horreur : les Français ne supporteront plus longtemps que des innocents soient enlevés à leur famille comme si c'était une fatalité. Il n'y a pas de fatalité !

Non, Monsieur le Premier Ministre, contre le terrorisme, on n'a pas le droit de dire qu'on a tout essayé.

Vous avez raison de dire que ce combat sera long. Mais parce qu'il sera long et difficile, et si nous voulons être dignes de la mémoire de celles et ceux qui sont partis trop vite et sans raison, il faut engager ce combat de manière implacable, impitoyable et sans état d'âme.

La Lettre Républicaine

Déconfinement

Stratégie de déconfinement - Contribution des Députés les Républicains

200115 Damien Abad

Réforme des Retraites

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Discours à la tribune de Damien Abad, Président du groupe : présentation de la motion de censure des députés Les Républicains.

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200115 Damien Abad

Lettre de Damien Abad, Président du Groupe les Républicains de l'Assemblée nationale à Edouard Philippe, Premier Ministre.

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