Monsieur le président
Mesdames et Messieurs les membres du gouvernement,

Je veux saluer le Premier ministre qui a dû quitter notre hémicycle en urgence, suite à l’assassinat ignoble qui a été commis dans une église à Nice.

L’horreur a encore frappé. Et à l’heure où des millions de Français allaient célébrer la Toussaint, la barbarie est entrée dans une église.

Face à cet événement tragique qui frappe notre pays, je tiens ici au nom de tous mes collègues députés les Républicains, mais aussi au nom de la représentation nationale, à adresser mes sincères condoléances aux familles des victimes, ainsi que notre soutien aux policiers qui ont une fois encore agi avec sang-froid et courage.

La Nation est une nouvelle fois en deuil alors soyons tous dignes, responsables et à la hauteur de cet événement tragique.

Monsieur le Président, vous avez raison, la démocratie ne doit pas s’arrêter. Mais je ne suis pas sûr non plus qu’aujourd’hui un vote qui montrerait des fractures dans la représentation nationale soit opportun.

Si vous décidez, et cela est votre droit, de maintenir ce vote, alors en conscience, et en responsabilité, notre groupe les Républicains ne prendra pas part au vote afin de ne pas ajouter des divisions dans notre pays. Nous le devons aux Français, et nous avons une pensée particulière pour notre collègue Eric Ciotti, qui part actuellement pour Nice avec le ministre de l’Intérieur et le Premier ministre.

Alors oui, il faut que ce débat ait lieu, dans des conditions si particulières qui méritent la dignité de tous les bancs.

La vérité, c’est, en effet, que nous ne sommes pas prêts. Et si nous sommes là ce matin, c’est justement parce que nous ne sommes pas prêts à affronter une 2ème vague aujourd’hui et peut-être une 3ème vague demain.

Alors Monsieur le ministre, oui c’est vrai, cette pandémie est mondiale, oui tous les pays européens sont touchés avec plus ou moins d’intensité et oui, il faut le dire, rien n’est simple et tout n’est pas de la faute du Gouvernement.

Nous sommes face à un virus complexe, sournois, qui comporte beaucoup de zones d’ombre. Nous devons donc tous être humbles face à ce virus et faire preuve de modestie quant à notre capacité à l’éradiquer. Comment ne pas penser d’ailleurs à toutes ces familles endeuillées par le Covid ?

Voilà pourquoi, en responsabilité, notre Groupe Les Républicains appelle les français à respecter les mesures annoncées hier soir par le Président de la République.

Même si, comme eux, nous sommes inquiets et parfois en colère, il est de notre devoir à tous de faire de la santé des français notre priorité.
Quand on est un responsable politique, on n’appelle pas à la désobéissance civile.
Surtout lorsque l’on sait qu’un reconfinement, c’est comme la rechute dans une maladie, ce sera forcément beaucoup moins bien accepté par les français que la 1ère fois.

Voilà pourquoi, en responsabilité, et compte tenu de la gravité de la situation sanitaire, nous disons aux français que nous n’avons plus d’autre choix que celui d’un reconfinement.

Mais soyons clairs : c’est bien par manque d’anticipation que nous sommes face à ce choix impossible, celui de choisir entre un tsunami hospitalier ou un effondrement économique et social.
L’histoire de ce reconfinement, c’est l’histoire d’un été pour rien, d’un été d’insouciance, d’un été où aucune leçon n’a malheureusement été tirée. Pourtant, ces retours d’expérience sont essentiels si nous ne voulons pas revivre la même chose que lors de la 1ère vague.
Nous ne voulons plus d’une France où les portes des réanimations se sont trop souvent refermées pour nos aînés de plus de 75 ans.
Nous ne voulons plus d’une France totalement désarmée, sans masque, sans test, sans gant et sans curare.
Nous ne voulons plus d’une France qui déprogramme massivement des opérations pourtant indispensables
Nous ne voulons plus d’une France qui tourne le dos, trop souvent, aux cliniques privées et à la médecine libérale.

Alors anticipons, anticipons vraiment car ce manque d’anticipation a un coût sanitaire, économique et social sans précédent.

Les questions que tous les français se posent aujourd’hui,
c’est pourquoi nous ne sommes pas prêts ?
Pourquoi nous n’avons pas anticipé cette 2ème vague ?

Pourquoi nous n’avons pas augmenté nos capacités, en termes de lits et de personnel, dans nos services de réanimation ? Pourquoi nous avons mis tant de temps à généraliser le port du masque ?
Pourquoi, pendant très longtemps, nous avons refusé de dépister massivement les français ?
Pourquoi la stratégie tester, tracer, isoler a échouée ? Pourquoi nous n’arrivons toujours pas à déployer massivement les tests rapides dits antigéniques ?
Pourquoi la coopération entre nos hôpitaux publics et cliniques privées reste aussi difficile ?
Pourquoi nous en sommes arrivés à ce choix impossible ?

Monsieur le ministre, ces questions, tous les français se les posent.
Mettre en doute votre stratégie sanitaire et votre gestion de la crise, ce n’est pas chercher la polémique, c’est trouver des réponses plus efficaces.
Nos critiques se concentreront donc sur la stratégie sanitaire choisie par votre Gouvernement et non sur des divergences politiques qui ne seraient pas à la hauteur de la gravité de la situation.
Mais je vous le dis avec gravité : le déconfinement a été raté. Et c’est parce que le déconfinement a été raté que nous sommes contraints à un reconfinement. Il a été raté parce que vous n’êtes pas parvenus à mettre en place une politique de dépistage par les tests, de traçage et d’isolement efficace.

Monsieur le ministre des relations avec le Parlement, j’ai écrit hier au Président de la République pour lui faire part de toutes les propositions que nous faisons depuis le début de cette crise sanitaire.
Dès le 24 Avril, nous vous avions proposé de mettre en place un déconfinement sous protection avec un port du masque généralisé et obligatoire, un dépistage systématique dans nos EHPAD, des tests réguliers pour nos enseignants ou encore la mise en quarantaine des étrangers arrivant sur le territoire national.

Ainsi, dès le 24 Avril, nous avons demandé le port du masque obligatoire dans les lieux clos et vous avez attendu le 20 Juillet, soit quasiment 3 mois plus tard, pour reprendre notre proposition. 3 mois de perdus qui nous coûtent cher aujourd’hui.

Notre plan de déconfinement, bien plus protecteur que le vôtre, visait justement à éviter un nouveau confinement. Malheureusement certaines de nos propositions sont restées sans lendemain.
Au mois de juin, lors de notre niche parlementaire, nous vous avons proposé de geler les fermetures de lit et surtout de permettre à nos directeurs d’hôpitaux d’en ouvrir de nouveaux pour une période de 24 mois, sans autorisation préalable des ARS.
Là encore, nos propositions ont été balayées d’un revers de main.

Cette semaine encore, je vous ai fait des propositions, également formulées par le professeur Juvin, pour augmenter nos capacités de lits de réanimation en créant des hôpitaux éphémères, en ayant davantage recours aux cliniques privées, en formant de manière accélérée des infirmiers et des internes ou encore en recrutant des médecins réanimateurs à l’étranger.
Le Président de la République a dit hier que ces recrutements étaient impossibles en Europe, mais il n’y a pas que l’Europe, il y a aussi l’Asie, le Moyen-Orient ou encore l’Afrique où ces recrutements peuvent être possibles.

Contre le coronavirus, il n’y aura jamais de solution miracle. Mais il existe une succession de politiques publiques qui peuvent, les unes après les autres, constituer une digue face à ces vagues successives.
Ouverture d’hôpitaux éphémères, formation accélérée de nos professionnels de santé, recrutement d’un corps d’auxiliaire de santé pour décharger des tâches quotidiennes les soignants, recrutement d’infirmiers et de médecins réanimateurs, autorisation des tests antigéniques, plan de relance qui fait de la santé la priorité, mise en quarantaine des étrangers arrivant sur le sol national, vote d’une loi de programmation en santé pour 5 ans, dépistage des enseignants: nombre de ces mesures ont été prises par des gouvernements étrangers.

Force est de constater que nous n’avons pas tout mis en œuvre pour réussir le déconfinement. Ce déconfinement chaotique, nous en faisons les frais aujourd’hui. Et les français en payent déjà l’addition.

Alors aujourd’hui pensons à tous ces français qui vont voir leur avenir s’assombrir, leur liberté se réduire, leur crainte de perdre leur emploi s’amplifier ou encore leur peur du lendemain les envahir.

Pensons à notre jeunesse privée de liberté et inquiète pour ses études ou pour ses débuts dans la vie active
Pensons à nos aînés inquiets pour leur santé et isolés de leurs proches
Pensons à nos soignants débordés par cette seconde vague et épuisés par leur travail et rendons leur ici hommage pour leur dévouement et leur engagement au service des autres.
Pensons aussi à nos commerçants, nos artisans, nos indépendants, nos restaurateurs, nos hôteliers, nos cafetiers dépités, voir anéantis par ces nouvelles fermetures et angoissés pour leur avenir
Ces commerçants, qui subissent une année 2020 apocalyptique et qui voient dans le même temps des plateformes de e-commerce réaliser des ventes records.

Les PME et les commerçants sont aujourd’hui l’angle mort de votre politique.

Tous ces acteurs économiques, ces petits chefs d’entreprises ne viennent pas gonfler les chiffres de contamination ou d’hospitalisation de l’ARS mais, eux aussi sont en grande souffrance.
Pensons à tous ces acteurs du monde de l’évènementiel, de la culture et du sport totalement asphyxiés par cette crise sanitaire et dévastés à l’idée de ne pouvoir exercer leur passion ?

Pensons simplement à tous ces français, des villes comme des campagnes, du Nord comme du Sud, qui doivent réduire leur vie à « un métro, boulot, dodo » si peu épanouissant.

N’oublions jamais que derrière le confinement, il y a des vies humaines, des vies comme arrêtées par l’angoisse et la peur du lendemain.
Derrière le confinement, il y a aussi le chômage de masse, l’isolement social et la peur du déclassement.
Alors entendez ce cri des français qui vous disent aujourd’hui, ne mettez pas le pays à terre !! Ne nous abandonnez pas !!

Dans ce confinement, il va falloir faire bloc.
Faire bloc pour ne pas brader notre éthique sous couvert de la crise sanitaire. Oui nous devons pouvoir accompagner dignement un proche en fin de vie, honorer la mémoire de nos morts et rendre visite à nos parents en EHPAD.
Je vous ai entendu sur ces sujets.
Mais combien d’ARS sur-interprètent vos directives pour mieux couvrir son risque ?
Combien d’EHPAD ferment trop souvent et trop rapidement leurs portes par peur ou par excès de formalisme ?
Vous devez veiller quotidiennement à la bonne application de ces principes éthiques sur le terrain.
Faire bloc pour maintenir nos écoles, collèges et lycées ouverts et lutter activement contre les décrochages scolaires chaque jour plus nombreux.
Faire bloc en annulant l’ensemble des charges sociales, fiscales et des loyers qui pèsent sur les petites et moyennes entreprises et en transformant le PGE en quasi fonds propre car les entreprises ne pourront le rembourser.
Faire bloc en lançant un Plan Marshall pour les indépendants et commerçants qui sont aujourd’hui durement touchés par les mesures annoncées par le Président de la République.
Sauvons la France des commerçants plutôt que de dérouler un tapis rouge à la France d’Amazon.
Faire bloc en ne laissant personne sur le bord de la route grâce aux dispositifs de chômage partiel et d’aides sectorielles.

Parce que nous sommes enracinés, notre Groupe sera « la hotline des territoires » et fera remonter à la représentation nationale toutes les incohérences que nous constaterons dans l’application des décisions prises sur le terrain.

Faire bloc oui, mais aussi anticiper l’avenir.
Anticiper, ce mot qui fait cruellement défaut au Gouvernement depuis le début de cette crise sanitaire.

Un déconfinement ça se prépare dès aujourd’hui si vous voulez éviter un 3ème reconfinement après les fêtes de Noël, il faut agir vite et fort.

Vous ne pouvez pas préparer ce 2ème déconfinement de manière aussi chaotique que le 1er.
En clair, le prochain déconfinement ne doit pas être une nouvelle déconfiture.
Ne cédez pas à la fatalité ou à l’impuissance !
Dès à présent, il nous faut des tests antigéniques, rapides aux résultats quasi instantanés, partout sur le territoire.
Dès à présent, il faut tracer avec efficacité et rapidité tous les cas contacts.
Et dès à présent, il faut bâtir une politique d’isolement des cas positifs. Tester, tracer, isoler ou tester, alerter protéger, ça doit être prêt et opérationnel tout de suite.
Pas dans 15 jours, encore moins dans un mois.
Dès à présent, il nous faut créer, comme en Allemagne des lits d’urgence, déployer des hôpitaux éphémères comme en Israël et former comme en Italie, des infirmières.
Dès à présent, il nous faut une administration sanitaire de guerre et permettre de nombreuses ouvertures de lits de réanimation. M. le ministre de la Santé nous en avait annoncé le 28 mars, 14000 lits, le président de la République a dit hier 6000 : l’Allemagne c’est 25 000 lits, et 3 fois moins de morts.

Et monsieur le ministre, pour agir vite et bien, il faut protéger vos soldats sanitaires.
Protégez-les en rendant, dès aujourd’hui, obligatoire le vaccin de lutte contre la grippe pour les personnels soignants des hôpitaux comme des EHPAD.
Comment est-il possible que seulement 23% des aides-soignants en EHPAD et 60% des personnels hospitaliers soient vaccinés ?
Il n’est pas possible, en pleine pandémie de coronavirus, d’avoir des stocks insuffisants de vaccins contre la grippe. Personne ne peut comprendre et accepter une telle pénurie.

Faire reposer toute votre stratégie sanitaire uniquement sur les épaules des français est une erreur.
Mettre vos propres échecs sur le dos des français est une faute.
La défiance ne cesse de grandir.

Désormais, il y a urgence.
Il y a urgence à sortir de cet amateurisme ambiant qui sape le moral des français.
Il y a urgence à sortir de ces politiques de Stop and Go où je confine, je déconfine, je reconfine, je déconfine à nouveau sans tirer les leçons du passé.
Il y a urgence à mettre sur pied un plan pour un déconfinement sous protection, clair et cohérent.
Il y a urgence à anticiper la mise sur le marché d’un vaccin. Charles Michel, président du Conseil européen assure que 3 ou 4 vaccins seront progressivement disponibles à partir de la fin de l'année ! La France a-t-elle fait le nécessaire pour négocier des stocks le moment venu ?

Mes chers collègues, Mesdames et Messieurs les membres du gouvernement, vous le voyez, nous n’avons de cesse de vous faire des propositions. Ces propositions elles sont responsables, elles sont pragmatiques, elles sont crédibles.
Nous pensons que nos propositions devraient être entendues, écoutées et reprises.

À force d’incohérences et de volte-faces, vous avez perdu notre confiance.
Oui nous n’avons plus confiance dans un Gouvernement qui devait être celui du déconfinement et qui nous a emmené droit au reconfinement.
Oui nous n’avons plus confiance dans un Gouvernement à la stratégie fluctuante, aux tâtonnements permanents et aux résultats insuffisants, y compris en comparaison d’autres pays européens tels l’Allemagne.

Voilà pourquoi personne ici ne peut vous donner blanc-seing.
Personne ne peut ici avoir une approbation béate ou un aveuglement sur les mesures décidées. Nous serons comme toujours une opposition en responsabilité, de vigilance, qui ne vous donnera pas un blanc-seing.

Nous ne croyons ni à la résignation ni à la fatalité.
Enfermer les gens chez eux pour les protéger ne peut être une solution durable ou renouvelable ad vitam eternam.

Nous attendons de vous des actes forts et des résultats tangibles pour sortir notre pays d’une triple crise sanitaire, économique et sociale.

Mesdames et Messieurs les membres du gouvernement, comme nous le disait avec justesse André Malraux « un monde sans espoir est irrespirable. »
La France doit très vite retrouver le chemin de l’espérance, de la liberté, de la croissance et de la cohésion sociale.

Il nous faut tourner le dos à ces confinements successifs et battre une fois pour toute cette maladie qui nous asphyxie collectivement.

Cette promesse de jours meilleurs vous ne la tiendrez pas seuls.
Si par manque d’humilité, votre gouvernement continue à rejeter les propositions de son opposition, vous vous éloignerez de la réussite.

Depuis des mois, la Droite vous formule des propositions.
Il serait grand temps de l’écouter pour qu’ensemble nous puissions redonner un avenir à la France et aux Français. Je vous remercie.

 

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