Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Mes chers collègues,

Antoine de Rivarol, disciple de Voltaire, jugeant l’aveuglément de la haute noblesse de son temps, disait : « ils sont toujours en retard d’une année, d’une armée, d’une idée ».
Monsieur le Premier ministre, vous avez, avec le Président de la République, toujours un temps, une vision et une décision de retard.
Il y a un an, nous étions confinés car il n’y avait pas assez de masques et de tests.
Il y a 4 mois, nous étions confinés car la promesse d’augmenter le nombre de lits de réanimation n’avait pas été tenue.

Aujourd’hui, nous sommes à nouveau confinés car la vaccination est lente et chaotique.
Vous nous aviez promis de vacciner matin, midi et soir. Mais en vérité vous nous confinez printemps, automne et hiver.
Vous nous aviez promis d’endiguer la 1ère vague, mais en réalité, vous n’avez fait que subir la 2ème et encaisser la 3ème.
Vous nous nous aviez promis des doses de vaccin pour tous dès cet été, mais en réalité, vous ne faites que gérer la pénurie de doses disponibles en reculant toujours plus la campagne de vaccination de masse.
Vous nous aviez promis de gagner du temps face au virus, mais en réalité vous avez perdu du temps et du terrain dans la bataille contre l’épidémie.
Vous nous aviez promis de la clarté, de la cohérence et de la constance, mais en réalité, vous n’avez fait que naviguer à vue, entre arrogance, confusion et revirements.
Vous nous aviez promis la stratégie de la tortue française dépassant le lièvre américain, britannique ou israélien parti trop vite selon vous, mais en réalité vous vous êtes enfermés dans la stratégie de l’escargot se classant péniblement à la 50ème place du classement mondial pour la vaccination.
Vous nous aviez promis la confiance dans les vaccins, mais en réalité, vous avez installé la défiance, le doute et la suspicion sur le vaccin AstraZeneca.
Vous nous aviez promis un plan de réouverture pour les cafés, hôtels, restaurants et lieux de culture, mais en réalité, vous êtes contraints de barricader et fermer à double tour.
Vous nous aviez promis un retour à la vie normale à l’été 2021, mais en réalité, vous nous faites un retour à la case départ.

Ce nouveau confinement dont vous préférez taire le nom, c’est un ter repetita, symbole de l’arrogance aveugle au sein de laquelle votre Gouvernement et le Président de la République se sont enfermés, comme si vous aviez si peu appris de vos erreurs passées.
N’oublions pas que si vous avez reconfiné en octobre, c’est parce que ce vous avez été incapables de tenir votre promesse d’augmenter le nombre de lits de réanimation.
Le Ministre de la Santé promettait pourtant 14 000 lits de réanimation en mars dernier. Hier, le Président de la République nous explique que l’ambition est désormais d’atteindre 7 000 lits. En un an l’objectif a été divisé par deux ! Quel aveu d’échec et quel constat d’impuissance de votre Gouvernement et quelle souffrance pour nos patients et nos soignants.

Monsieur le Ministre de la Santé, où sont les lits promis ? Dites la vérité aux Français !

La vérité c’est qu’il n’y a pas de lits supplémentaires et dans certains territoires, le nombre de lits a même baissé.

La vérité, c’est que notre système de santé n’a tenu qu’au prix de déprogrammations massives d’opérations, dont nous risquons hélas de payer un lourd tribut.
On estime par exemple qu’il y aurait 13 000 morts du cancer de plus à cause de ces déprogrammations.

La vérité, c’est que vous avez été débordés par l’épidémie.

Pourtant cette épidémie n’est pas éternelle et nous ne voulons pas être condamnés à revivre en permanence ce stop and go délétère.
Les Français n’en peuvent plus de ce sempiternel « Je confine, je déconfine, je reconfine ».

Ce qu’ils veulent c’est en finir avec cette crise sanitaire. Malheureusement, nous avons compris que la sortie de cette crise ne sera pas possible avant la fin de l’été.
Alors c’est vrai, il faut le reconnaître, le Président de la République manie l’art du « en même temps » comme personne.
Il parvient même à nous annoncer hier une sortie de crise sans calendrier de sortie de crise, un reconfinement sans confinement, des écoles fermées sans fermetures des écoles, et une vaccination sans vaccin. J’avoue qu’il y a de quoi en perdre son latin.

Pourtant, souvenez-vous, le 1er mars dernier, le Président de la République demandait aux Français de tenir, je cite, « encore 4 à 6 semaines ».
4 semaines plus tard, il vient au contraire d’annoncer de nouvelles restrictions sanitaires, et un 3eme confinement.

Désormais, pour sortir enfin de cette crise sanitaire, il va falloir assumer vos échecs, combler le fossé abyssal entre vos promesses et la réalité, et arrêter de vous défausser de vos propres responsabilités. Refuser d’endosser la responsabilité de ses propres échecs, tout en imposant toujours plus de sacrifices aux Français, ce n’est plus acceptable.
Parce que ce n’est pas la faute des soignants mais de celle du Gouvernement si nous n’avons pas été capables d’augmenter nos lits de réanimation.
Et ce n’est pas la faute des Français mais votre propre responsabilité si nous sommes incapables de réaliser une vaccination de masse dès à présent.

Au fond, les Français vous demandent une seule chose : vaccinez, vaccinez encore et vaccinez toujours.
Alors c’est vrai, c’est ce que vous dites mais ce n’est pas ce que vous faites. Hier encore, quelques heures avant les annonces présidentielles, le préfet de police de Paris annonçait une baisse de 25% du nombre de vaccins disponibles dans la capitale la semaine prochaine !

Aujourd’hui encore, au moment où vous étiez en train de vous exprimer monsieur le Premier ministre et de vous gargariser de votre stratégie vaccinale, l’OMS dénonce je cite « la lenteur inacceptable de la vaccination » en France et en Europe.

La vérité, c’est que le virus avance beaucoup plus vite que la vaccination. Et sans suffisamment de vaccin, le confinement sera toujours une voie sans issue.

Votre stratégie de vaccination, ce n’est plus un pari perdu, c’est une « berezina sanitaire ». Jusqu’à maintenant, nous connaissions la stratégie du « en même temps », désormais nous découvrons la stratégie du « à contretemps permanent ».

Force est de constater que depuis le début, vous avez constamment un temps de retard. Et cette stratégie du contre-temps permanent, elle a un coût sanitaire, économique, social et humain.

Vous nous vantiez un nouveau monde plus agile et plus disruptif, on vous découvre en réalité prisonnier des lenteurs bureaucratiques et des lourdeurs administratives, tétanisés par les conséquences potentielles de vos décisions.

Le Président de la République nous explique que nous sommes en guerre mais il a laissé les soignants et les Français totalement désarmés.

Manque de masques, manques de tests, manques de gants, manques de blouses et de surblouses, manques de lits de réanimation, manque de kits de séquençage et désormais manque de vaccins.

Alors nous souhaitons que ce nouveau confinement serve au moins à être utile et qu’il permette de vacciner un maximum de Français et notamment les publics prioritaires, soignants, enseignants, et tous ceux en première ligne.
Comme le réclamait le Président Sarkozy, nous devons vacciner matin, midi et soir.
La vaccination est notre seule porte de sortie !

C’est le seul moyen d’en finir avec ce virus qui a endeuillé près de 100 000 familles françaises à qui je pense tout particulièrement aujourd’hui. Depuis la fin du mois de Janvier, c’est 20 000 morts supplémentaires.

C’est aussi le seul moyen de retrouver une vie normale et de tourner la page de cette crise sanitaire qui éreinte les soignants, qui angoisse les familles, qui inquiète les parents pour l’avenir de leurs enfants, qui met à mal notre économie et qui mine le moral des Français.
Sans une vaccination réussie, ce sont les soignants, à qui je veux encore une fois rendre hommage ici, qui encaissent de plein fouet cette reprise de l’épidémie.
Sans une vaccination réussie, c’est l’éducation de nos enfants qui en pâtit durement. Car, ne nous y trompons pas, ce n’est pas seulement 15 jours de fermeture de nos écoles, collèges et lycées, c’est malheureusement bien souvent une année scolaire entière qui s’en trouve fragilisée.

Sans une vaccination réussie, ce sont les restaurants, les bars, les cinémas, les boîtes de nuits, les salles de sports, qui sont condamnés à rester désespérément porte close.

Sans une vaccination réussie, ce sont les festivals qui ne pourront pas se tenir cet été et c’est la vie sportive, culturelle, associative de notre pays qui reste durablement entravée.

Hélas vous êtes en train de rater complètement cette vaccination des Français. C’est une faillite sur les commandes, sur les acquisitions, sur la production, sur l’acheminement, sur la diffusion et l’exécution.

Comme si cela ne suffisait pas, le Président de la République, a décidé le 15 mars dernier de suspendre le vaccin Astrazeneca 24h avant l’avis de l’OMS, et 72h avant celui de l'agence européenne du médicament.
En prenant cette décision totalement prématurée, vous avez redonné du crédit aux anti-vax et rompu la confiance des Français dans ce vaccin.

Chaque jour sur le terrain, nos médecins, nos pharmaciens et nos infirmiers constatent des annulations de rendez-vous vaccinaux un peu partout dès que le nom Astrazeneca est évoqué.

Le Président de la République entretient d’ailleurs un immense flou sur l’avancée de la vaccination. Il a inventé les rendez-vous vaccinaux sans dose.

Dès lors, comment vous croire quand vous n’avez de cesse de nous annoncer une énième accélération de la vaccination ?

Comment vous croire quand vous nous dîtes que nos voisins sont tous aussi mauvais que vous dans la gestion de la crise sanitaire ?

La Grande Bretagne vaccine 4 fois plus vite que nous. 40% de la population anglaise a déjà reçu une première dose de vaccin contre 10% de la population française. Et elle a distribué des autotests à chacun des enseignants et des élèves.
En Israël, c’est 60% de la population qui a déjà reçu sa première injection et un vent de liberté recommence à souffler là-bas alors que tous les commerces, les bars, les restaurants, les salles de sport, ou encore les musées ont rouverts !

L’Allemagne, bien que plus peuplée, pleure 20 000 morts du Covid de moins que nous, pourtant la chancelière a eu le courage de reconnaître ses erreurs et de présenter ses excuses à la population.

Chez nous, aucun mea culpa, aucun doute, aucune excuse. Au contraire, toujours de l’arrogance et de la fanfaronnade. Cette arrogance nous a tant couté.
Pourtant, depuis le début de la crise, les députés Les Républicains ont été systématiquement force de propositions.

Dès le mois d’avril 2020, nous réclamions un dépistage massif. Vous nous avez dit que c’était inutile avant d’attendre juin pour multiplier les tests à grande échelle.
2 mois de perdu.

En février dernier, nous demandions une harmonisation et un prolongement des vacances scolaires pour ralentir la diffusion du virus dans les classes. Vous venez seulement de la proposer, pour les vacances de Pâques.
2 mois de perdu et près de 3500 classes fermées du jour au lendemain en raison de cas positifs détectés

Ainsi, dès le mois d’avril 2020, avec les députés Les Républicains nous réclamions d’imposer le port du masque obligatoire à minima dans les transports publics et les lieux clos. Vous avez attendu le 20 juillet avant de vous y résoudre !
3 mois de perdu.

Pourquoi est-ce en France que les tests antigéniques et les tests salivaires ont mis le plus de temps à être homologués ?!
Je demandais des tests salivaires partout en décembre dernier, vous avez attendu mars pour les déployer dans les écoles.
3 mois de perdu.

En janvier dernier, nous avons demandé des vaccinodromes.
A l’époque, votre ministre de la santé se montrait extrêmement hostile à ces vaccinodromes avant que vous ne changiez de pied en décidant d’en ouvrir d’ici avril.
3 mois de perdu.

Dès le mois d’avril 2020, nous demandions que les enseignants et les élèves soient testés chaque semaine, pour éviter que le virus ne se propage à l’école. Vous avez attendu janvier dernier pour annoncer un protocole de tests à grande échelle à l’école.
9 mois de perdu !

Dès le mois de mars 2020, nous réclamions avec Eric Ciotti la fermeture des frontières. Pendant des semaines, vous nous avez rétorqué que c’était impossible et que le virus n’avait pas de passeport, avant de faire finalement marche arrière et d’accéder à notre requête le 30 janvier dernier seulement.
10 mois de perdu.

En juin dernier, vous refusiez même de voter notre proposition de loi pour geler les fermetures de lits et de service hospitaliers pour au moins un an.

La vérité, c’est que vous n’avez jamais voulu nous écouter même si vous avez été parfois contraints de reprendre, avec retard, certaines de nos propositions.

Autant votre gestion économique de la crise est satisfaisante et globalement efficace, autant votre gestion sanitaire de la crise est calamiteuse et poussive.
A cette gestion sanitaire chaotique, n’ajoutons pas une crise démocratique : la France ne peut pas être le seul pays européen qui met sa démocratie entre parenthèse. Alors maintenons le calendrier électoral et adaptons les modalités de vote.

Monsieur le Premier ministre,,nous n’avons pas vocation à endosser vos erreurs ni à valider votre gestion sanitaire chaotique.

Nous ne serons pas comptables de vos propres échecs sur les masques, les tests salivaires, les lits de réanimation et les vaccins.

Alors vous nous demandez aujourd’hui de voter sur des décisions qui ont déjà été prises hier. Et bien nous ne participerons pas à cette mascarade démocratique, à ce simulacre de consultation. Car ici nous sommes le Parlement et le Parlement n’est ni une Chambre d’enregistrement ni une Assemblée de commentateurs spectatrice de ce qui se dit et se décide à l’Elysée.
Ici on est là pour voter la loi, pas pour adouber la parole jupitérienne. Et si vous voulez engager la responsabilité de votre Gouvernement, et bien posez-nous la question de confiance et utilisez l’article 49 de la Constitution !
Le 50-1, c’est l’arme des faibles, c’est le « courage-fuyons ! » d’un Gouvernement aux abois et c’est la démocratie du vote inutile, puisque tout est déjà dans le marbre, rien ne changera, que nous votions pour ou contre.

Nous ne sommes pas là pour valider vos échecs successifs mais pour proposer une stratégie de vaccination claire, efficace et transparente, afin de donner aux Français un nouvel horizon plutôt qu’un mirage de plus.

Nous ne prendrons pas part au vote, en vous renvoyant avec l’ensemble des oppositions à votre propre isolement et en vous laissant assumer seuls la bérézina de votre politique sanitaire dont vous portez l’entière responsabilité.

 

Seul le prononcé fait foi.