Laissez-moi vous parler de Gérard. Dans sa petite ville, il connaissait chacun et tout le monde l’appréciait. Facteur durant plus de quarante ans, il avait vu les familles s’agrandir, il avait partagé leurs bonheurs et leurs malheurs. Il y avait pris sa part aussi.

Lorsque fut venue l’heure de la retraite, il se tourna vers la vie municipale et devint adjoint au maire. Pendant près de vingt ans, il se consacra ainsi à ses concitoyens, y abandonnant ses jours, ses nuits et beaucoup de sa vie de famille. Lundi, Gérard est tombé chez lui. Les pompiers l’ont conduit aux urgences de l’hôpital et il a été diagnostiqué un hématome comprimant le cerveau.

Ce matin Gérard est mort. Non pas qu’il ait contracté la Covid-19. Mais de n’avoir pas été opéré. Parce que là-haut, loin de son hôpital, on a décidé de déprogrammer toutes les interventions des patients réputées non urgentes. Gérard est mort parce qu’il était trop âgé pour être opéré et qu’on ne pouvait pas prendre le risque qu’il occupe un lit de réanimation en post-opératoire.

Elle se prénomme Sandra, elle est en pleine force de l’âge. Et de la force, il lui en faut pour tenir avec son mari l’exploitation agricole familiale et élever trois enfants. Ses journées sont longues et denses et elle ne dispose que d’un temps infime pour prendre soin d’elle.

 

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