TRIBUNE - L’annulation de la dette colossale de la France est à exclure, car elle ruinerait les épargnants français eux-mêmes et échauderait gravement les investisseurs. Il faut en revanche étendre sa durée moyenne comme l’ont fait d’autres pays occidentaux, argumentent François Baroin, Agnès Evren et Aurélien Pradié.

Il en va de la dette publique comme de la situation sanitaire: le comportement de nos concitoyens témoigne de leur scepticisme à l’égard du gouvernement. Lorsque le gouvernement hésite sur le reconfinement, les Français anticipent qu’il est probable et prennent leurs précautions. Lorsque le gouvernement affirme que la dette publique sera remboursée par la croissance et sans hausse d’impôts, ils épargnent pour faire face à des réalités moins optimistes.

Certes l’épargne record des Français est stérilisée par l’impossibilité de se cultiver, de se divertir, de voyager ou par la crainte de perdre son emploi et de ne pouvoir financer ses projets. Et de plus en plus de nos concitoyens vivent une précarité et des difficultés qui ne feront que s’accentuer dans les mois à venir. Mais comment ne pas voir aussi dans cette épargne forcée une méfiance atavique envers les discours magiques prédisant que la croissance – et pas leurs impôts – permettra de rembourser cette montagne de dette (120 % du PIB à la fin 2020, contre moins de 100 % à la fin de l’année dernière) ?

Les Français ont en tête que, lors de la dernière crise des dettes souveraines en Europe entre 2009 et 2012, ces ratios d’endettement étaient qualifiés de « non soutenables » pour plusieurs pays de la périphérie de l’Europe. Des mécanismes de soutien par la collectivité des États européens – et Nicolas Sarkozy avait eu à l’époque un rôle moteur dans leur mise en place -, l’action résolue de la Banque centrale européenne… et une rigueur drastique dans les pays concernés ont seuls permis un redressement de la situation.

 

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