JACOB ChristianINTERVIEW - Le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale met l'accent sur l'échéance municipale et souhaite pour les européennes «des listes communes de la droite et du centre».

LE FIGARO. Que vous inspirent les déclarations de François Fillon à Valeurs actuelles ?

Christian JACOB. Quelles que soient les responsabilités passées ou futures des uns et des autres, les Français attendent de nous que l'on joue collectif. C'est ce à quoi je me suis engagé à la présidence du groupe UMP. Nous ne devons pas brûler les étapes. Il faut d'abord nous mobiliser pour reconquérir les territoires en 2014, nous mobiliser pour les élections municipales et européennes. Nous devons être dans l'opposition et dans la proposition. Il faut serrer les rangs.

Le non-lieu pour Nicolas Sarkozy rouvre-t-il la guerre des présidentiables à l'UMP?

Non. D'abord c'est une bonne nouvelle que la vérité éclate et que son innocence soit clairement établie. Ensuite, je n'ai pas le sentiment que Nicolas Sarkozy ait été absent de la scène publique depuis quinze mois.

Quelles leçons tirez-vous de l'élection de Brignoles?

La gauche est éliminée dès le premier tour dans un canton de gauche. C'est un fiasco sans précédent pour François Hollande. Jamais un président de la République n'avait dilapidé en si peu de temps son capital électoral. Huit législatives partielles perdues sur huit, une fois sur deux sans que la gauche soit présente au second tour! C'est une hémorragie de son électorat sans précédent.

Pour autant, l'UMP n'en profite pas beaucoup...

Je le rappelle, c'est une terre de gauche et l'UMP maintient son capital de voix. En réalité, les vases communicants se font entre la gauche et le Front national. En clair, le FN progresse grâce à des voix de gauche, et les opérations de communication à répétition de Manuel Valls ne sont pas une réponse. Les Français attendent de lui qu'il soit un vrai ministre de l'Intérieur et non pas un beau parleur qui mène campagne contre François Hollande, comme mardi à Forbach. Manuel Valls essaie d'éclipser François Hollande et de se positionner comme le recours à gauche dès 2017. Mais il sera rattrapé par son bilan catastrophique.

Que faut-il faire pour faire baisser le FN?

Le FN progresse quand la gauche est au pouvoir. On l'a vu en 1981, en 1988, en 1997 et on le voit encore aujourd'hui. Nous, nous devons nous intéresser aux vrais problèmes des Français, par opposition à Manuel Valls et à Christiane Taubira, qui sont dans le dogmatisme et le sectarisme. Et le premier sujet, c'est l'emploi, auquel nous avons consacré notre journée parlementaire, après avoir réuni des groupes de travail pendant six mois. Nous proposons les 39 heures payées 39, nous voulons redonner de l'oxygène aux entreprises, baisser le coût du travail et assurer le financement de la protection sociale par la TVA compétitivité. Par ailleurs, il faut revoir entièrement notre système éducatif en remettant en cause le collège unique, et en développant l'apprentissage à 14 ans et la formation en alternance. Nous devons être mobilisés autour d'un corps de doctrine sur le travail, par opposition à la gauche droguée à l'impôt et l'assistanat. François Hollande est vraiment le président des impôts.

L'UMP récuse le front républicain, mais la victoire de sa candidate dimanche à Brignoles ne peut venir que de l'électorat de gauche...

Je ne crois pas aux petits arrangements politiques, au boursicotage entre partis où l'on s'échange tel ou tel soutien sous la table. Les électeurs n'appartiennent à personne et tout cela les agace profondément.

Marine Le Pen affirme que le FN est le premier parti de France...

C'est faux. Le premier parti de France, en nombre de militants, c'est l'UMP. J'observe que sur les sujets économiques, le FN est beaucoup plus proche de la gauche que de l'opposition. Sur les retraites, ils tiennent le même discours. Sur l'Europe, entre le Front de gauche et le FN, j'ai du mal à voir la différence.

Pour éviter que le FN ne devienne le premier parti aux européennes en mai, faut-il des listes uniques UMP-UDI ?

C'est dans la nature des choses. Je souhaite que la droite et le centre fassent listes communes. Il faut bien sûr tenir compte des rapports de forces. Il y a 200 députés UMP d'un côté, 30 UDI de l'autre. Sur la question européenne, nous devons être offensifs, comme nous le sommes sur le plan économique. Il faut l'être aussi sur la PAC pour aller gagner des parts de marché et ne pas nous mettre en position de faiblesse au moment des négociations transatlantiques. Ce n'est pas de moins d'Europe que l'on a besoin, mais d'une Europe politique plus forte.

Le rapprochement UDI-MoDem ne risque-t-il pas de perturber ce mouvement?
François Bayrou a appelé à voter François Hollande à la dernière élection présidentielle. L'esprit de l'UMP, créée par Jacques Chirac en 2002, c'était le rassemblement de la droite et du centre. Revenir au RPR et à l'UDF serait un retour en arrière. Ce qui nous a permis de gagner deux élections présidentielles, deux élections législatives de suite et de toujours nous qualifier au second tour, c'est l'UMP.