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Chaque semaine durant la session ordinaire, deux séances d'une heure sont consacrées aux questions au gouvernement, les mardis et mercredis après-midi. Ce temps est réduit à une seule séance hebdomadaire d'une heure lors des sessions extraordinaires.

Ces questions, dont la durée est de 4 minutes réponse du ministre comprise, concernent principalement les sujets de politique générale. Leur sujet est libre et, n'étant généralement pas déposées, elles conférent une grande spontanéïté au déroulement de ces séances. Elles sont réparties sur le même principe que les questions orales sans débat, alternant les interventions de l'opposition et de la majorité.

de GANAY Claude

QUESTIONS AU GOUVERNEMENT - MARDI 16 FÉVRIER 2021

Présence militaire au Sahel

Question de M. Claude de Ganay à Mme Florence Parly, ministre des armées


M. le président. La parole est à M. Claude de Ganay.

M. Claude de Ganay. Madame la ministre des armées, je salue la décision du chef de l’État, à l’issue du sommet de N’Djamena, de vouloir renforcer notre action militaire au Sahel en pérennisant la présence de nos 5 100 soldats sur place. Lorsqu’on vous interroge sur la valeur ajoutée de la task force Takuba constituée de 250 soldats estoniens, tchèques et suédois, vous répondez qu’il est difficile de définir un seuil arithmétique satisfaisant. Pourtant notre récent succès tactique, l’opération Éclipse, a mobilisé plus de 3 400 soldats, soit treize fois la taille actuelle de Takuba. Comment supporter que les femmes et les hommes exceptionnels de nos armées (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LR) soient les seuls en Europe à payer le prix du sang ? Cette faiblesse européenne accroît notre dépendance aux Américains, dont la nouvelle administration s’est montrée très évasive sur l’avenir de leur contribution.

Vous annonciez déjà en 2017 que « Le G5 Sahel est une initiative qui monte en puissance », propos que vous avez maintenus la semaine dernière devant le Sénat. Certains souhaiteraient un recours plus important à l’aide publique au développement. Pourtant, la Banque mondiale a rappelé que l’efficacité des aides dépend de la qualité des institutions des pays qui les reçoivent. Pour l’heure, il n’y a pas d’État au Mali. Il est donc prématuré d’envisager cette option tant que la situation politique et sécuritaire de la région n’est pas stabilisée. Les Français n’adhèrent plus à cette communication bien cadrée. Une majorité d’entre eux est désormais contre l’opération Barkhane, pourtant essentielle. Je partage les propos de votre propre majorité qui, dans une récente tribune, regrette que notre action au Sahel relève davantage d’une logique de projet que d’une vision stratégique de long terme.

Madame la ministre, nos grands alliés européens sont-ils prêts à envoyer en première ligne des soldats pour appuyer nos forces et participer à la sécurité européenne ? Êtes-vous confiante quant à la capacité des forces du G5 Sahel à assurer leur propre sécurité, non pas dans dix ans, mais à court terme ? Au Sahel, notre armée remporte les batailles, mais si nous ne partageons pas le fardeau sécuritaire, nous perdrons la guerre. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)

M. le président. La parole est à Mme la ministre des armées.

Mme Florence Parly, ministre des armées. Monsieur le député, non la France n’est pas seule au Sahel. Le Sahel est certainement l’endroit où l’Europe de la défense s’incarne de la manière la plus concrète qui soit, parce que face au terrorisme, les Européens ont pris conscience du destin commun qu’ils partagent, comme l’illustrent malheureusement les attentats terroristes qui ont été commis sur le sol européen au cours des dernières années. Comme le Président de la République l’a demandé ce matin après les succès qui ont été enregistrés au cours de toute l’année 2020 contre Daech au Grand Sahara, c’est maintenant contre Al-Qaïda qu’il faut poursuivre les efforts.

Un chiffre est peu connu : plus de 2 500 militaires européens sont engagés à nos côtés au Sahel, 1 500 au sein de l’opération des Nations unies, plus de 500 au sein de celle de l’Union européenne, plus d’une centaine dans des missions bilatérales de formation et plus de 400 au sein de Barkhane et de la force Takuba qui est aujourd’hui soutenue par neuf pays européens dont l’Estonie qui a déjà participé à des opérations de combat, dont la République tchèque et la Suède qui déploient leur contingent.

En 2021, cet effort européen va encore se renforcer. L’Allemagne, qui déploie aujourd’hui plus de 800 soldats, va accroître de 450 unités son contingent de la mission de formation de l’Union européenne au Mali – EUTM. Pour cette même raison, l’Espagne va augmenter son contingent de 600 personnels et Takuba va continuer sa montée en puissance. Enfin, les Britanniques qui ont fourni à Barkhane des hélicoptères lourds de transport ont aussi déployé récemment 300 hommes au sein de l’ONU au Mali.

Monsieur le député, oui c’est au Sahel que l’Europe de la défense trouve son expression la plus concrète parce que des Européens au sol sur le terrain qui combattent le terrorisme et qui le font au risque de leur propre vie, c’est l’exemple d’un engagement européen. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)