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Chaque semaine durant la session ordinaire, deux séances d'une heure sont consacrées aux questions au gouvernement, les mardis et mercredis après-midi. Ce temps est réduit à une seule séance hebdomadaire d'une heure lors des sessions extraordinaires.

Ces questions, dont la durée est de 4 minutes réponse du ministre comprise, concernent principalement les sujets de politique générale. Leur sujet est libre et, n'étant généralement pas déposées, elles conférent une grande spontanéïté au déroulement de ces séances. Elles sont réparties sur le même principe que les questions orales sans débat, alternant les interventions de l'opposition et de la majorité.

DUBY-MULLER Virginie

QUESTIONS AU GOUVERNEMENT - MARDI 09 MARS 2021

Accusations d'islamophobie à Sciences-Po Grenoble

Question de Mme Virginie Duby-Muller à Mme Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation


Mme la présidente. La parole est à Mme Virginie Duby-Muller.

Mme Virginie Duby-Muller. Monsieur le Premier ministre, la semaine dernière, nous avons assisté, stupéfaits, à une nouvelle manifestation de l’islamo-gauchisme dans l’enseignement supérieur. À Sciences Po Grenoble, où j’ai eu la chance de faire une partie de ma scolarité, deux syndicats étudiants ont voulu anéantir ceux qui ne pensent pas comme eux : ils ont affiché les noms et les photos de deux enseignants qui ont osé questionner le concept dévoyé d’islamophobie,…

Un député du groupe LR. Honteux !

Mme Virginie Duby-Muller. …et ont appelé à un lynchage collectif. Cette cabale a conduit à la mise sous protection policière des professeurs, pour que nous n’ayons pas à revivre un drame similaire à celui qui a coûté la vie à Samuel Paty.

Monsieur le Premier ministre, l’heure n’est plus aux dénonciations, mais à l’action. Les élèves qui menacent les professeurs doivent être renvoyés. Les syndicats de gauche, dont l’UNEF et l’Union syndicale Sciences Po Grenoble, qui sont les chefs d’orchestre de cette fatwa, doivent être immédiatement dissous, puisqu’ils tiennent un discours de haine incitant à la violence.

M. Jean-Luc Bourgeaux. Exactement !

Mme Virginie Duby-Muller. D’ailleurs, depuis novembre, à l’initiative de Damien Abad et Julien Aubert, nous demandons la création d’une mission d’information sur la culture de l’annulation et l’islamo-gauchisme dans le milieu universitaire.

Alors que la gauche se victimise avec ce concept et que les petits censeurs tentent de se faire passer pour les censurés, rappelons que l’islamo-gauchisme est une réalité décrite depuis des années, notamment par le politologue Pierre-André Taguieff.

Qu’allez-vous faire face à ces attaques insupportables ?

M. Jean-Luc Bourgeaux. Très bien !

Mme Virginie Duby-Muller. Allez-vous enfin dissoudre les syndicats étudiants qui propagent ses discours de haine et collent des cibles sur le dos de ces enseignants ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – MM. François Jolivet et Francis Chouat applaudissent également, ainsi que Mme Justine Benin.)

Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation.

Mme Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. Merci pour votre question, qui me permettra de rappeler la fermeté et l’engagement de mon ministère sur ces questions. Fidèle à la position qui a toujours été la mienne, je condamne évidemment toutes ces dérives auxquelles nous assistons.

Vous avez rappelé les faits : jeudi dernier, deux professeurs ont été nommément accusés d’islamophobie par une campagne d’affichage non autorisée, accompagnée de propos accusateurs et d’appels à la démission, campagne largement diffusée, malheureusement, sur les réseaux sociaux.

Une enquête judiciaire pour injure publique et dégradation a été immédiatement ouverte auprès du procureur de la République par Sciences Po Grenoble. J’ai également saisi l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche pour établir les responsabilités de chacun et contribuer à faire revenir la sérénité, car je crois qu’il en faut beaucoup pour affronter ces faits.

Ces tentatives de pression, ces menaces, ces injures sont des faits graves qui n’ont pas leur place dans l’enseignement supérieur – je l’ai toujours dit. Je veux rappeler mon attachement sans faille à la protection de l’ensemble des enseignants-chercheurs et des personnels, mais aussi au pluralisme et aux libertés académiques, dont on voit comme elles peuvent être entravées ou fragilisées.

C’est pourquoi je condamne tous les sites et organisations politiques qui adoptent une telle attitude envers les universitaires, au prétexte qu’ils auraient signé une pétition, et que je soutiens aussi le signalement fait par le CNRS – Centre national de la recherche scientifique.

M. Damien Abad. Toujours le « en même temps » !

Mme Frédérique Vidal, ministre. Je suis indéfectiblement attachée à l’université : j’en ai une très haute opinion, et c’est pourquoi je continuerai inlassablement mon travail pour faire respecter la liberté académique, l’intégrité scientifique, et la liberté de la recherche dans sa pluralité. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et Dem.)