1ère séance publique du Mercredi 5 décembre 2018
DÉCLARATION SUR LA FISCALITÉ ÉCOLOGIQUE
ET SES CONSÉQUENCES SUR LE POUVOIR D'ACHAT

En mai 2017, les Français ont élu un jeune Président. Ce Président devait moderniser le pays à marche forcée. Il nous disait qu’il avait compris ce qui était bon pour les Français.

18 mois plus tard, le voilà pétrifié, dos au mur, confronté à une immense colère du peuple de France.

Vous avez, Monsieur le Premier Ministre, avec votre Gouvernement, une part de responsabilité. Mais le vrai responsable, il est à l’Elysée. C’est lui qui, le moment venu, devra rendre des comptes aux Français.

Ce Président, soi-disant vertical, toujours prompt à parler et à nous donner des leçons, a saisi que sa légitimité démocratique est gravement entachée ; il vous envoie donc au front pour vous faire jouer le rôle de fusible institutionnel.

Vous voilà donc contraint, à la tête d’un Gouvernement en perdition, d’une majorité KO debout, obligé d’accepter un débat à l’Assemblée nationale. Comme cela a dû vous être pénible !

Ce débat a un mérite, celui de vous rappeler qu’il existe une Représentation nationale dans notre pays. Eh oui, il existe une Assemblée nationale, avec des députés en charge chacun d’une part de la souveraineté nationale. Une Assemblée nationale que vous et votre Président ont cherché, méthodiquement, à marginaliser depuis 18 mois.

Songez, chers collègues, que ce Président, qui court le monde, n’a jamais pris une minute de son temps pour recevoir les Présidents de groupe de l’Assemblée et du Sénat. Il n’a sans doute pas de temps à perdre avec des élus du peuple qu’il juge médiocres et inutiles. Avec une Assemblée qui ne travaille pas assez vite et dont il veut réduire le nombre de membres. Pas plus qu’il n’avait de temps pour assister au congrès des Maires de France ou hier encore pour recevoir les présidents des grandes associations d’élus territoriaux. Il nous veut tous à sa botte, inféodés, le doigt sur la couture du pantalon.

Puisse cette crise lui ouvrir les yeux, vous ouvrir les yeux sur le danger majeur d’une révision de la Constitution qui renforcerait les pouvoirs personnels d’un Président dont nous jugeons - et les Français avec nous -, la politique et le comportement dangereux.

C’est justement de cette mauvaise politique dont nous allons parler au cours de ce débat. Une politique en définitive à l’image de Monsieur MACRON et du macronisme.

Le macronisme est une jactance. On parle beaucoup pour ne rien dire. Personne ne comprend jamais rien. Et c’est d’ailleurs bien souvent le but recherché.

Vous conviendrez que cela donne des motifs légitimes de colère, des motifs d’explosion sociale.

Oui, Monsieur le Premier Ministre, derrière une communication qui a pu faire illusion, vous n’avez engagé aucune vraie réforme.

Vous avez laissé filer les déficits et la dette. Vous avez renoncé à vous attaquer à la dépense publique.

Tout l’effort repose donc sur les Français, sur les Français modestes, sur les classes moyennes qui n’en peuvent plus, et qui endurent votre stratégie du matraquage fiscal.

Matraquage fiscal des retraités qui ont subi le choc de la CSG et qui vont subir le choc de la non indexation des pensions à laquelle nous vous demandons de renoncer.

Matraquage des classes moyennes et des familles qui constatent au quotidien que tout augmente. Ils ont subi vos coups de rabot sur les allocations familiales et sur les APL. Beaucoup n’ont pas vu la couleur de la baisse de la taxe d’habitation qui est une bombe à retardement pour le fonctionnement de nos communes.

Parmi vos souffre-douleurs, il y a aussi les communes de France qui doivent se serrer la ceinture face à un Etat qui a renoncé à toute politique d’aménagement du territoire. L’urgence est aujourd’hui de suspendre toutes fermetures de services publics dans nos territoires et plus particulièrement en zone rurale. C’est ce qu’attendent les Maires de Frances plutôt que le comportement d’un de vos ministres toujours bien inspiré, qui a encouragé sinon initié une campagne indigne de rejet des Maires de France qu’il incitait à « balancer ».

Aujourd’hui, de plus en plus de Français estiment que vous mériteriez la même campagne de dénigrement. Vous avez sous-estimé la portée de ces propos qui, ajoutés à tant d’autres, éclairent votre marque de fabrique : le mépris. Ce mépris, les Français ne vous le pardonnent pas.

Vous avez perdu la considération des retraités, des familles, des classes moyennes, de celles et ceux qui travaillent dur pour vivre.

Comme si cela ne suffisait pas, votre Gouvernement s’est alors attaqué, toujours avec la même arrogance, aux Français qui ont le malheur de rouler en voiture. Cela a commencé par une mesure venue d’en haut, hors sol, un caprice personnel, celui d’imposer le 80 Km/h sur nos routes départementales.

Vous avez ensuite durci le contrôle technique et mis en place une politique de taxation complétement délirante. Une politique profondément injuste, incompréhensible, adossée à une trajectoire de taxation du carbone qui va conduire à prélever 45 Mds Euros de plus d’ici à 2022.

Si votre objectif était réellement de diminuer les émissions de carbone plutôt que de faire exploser le montant des impôts et taxes, vous n’auriez pas décidé de fermer Fessenheim puis d’autres réacteurs et vous auriez mis en place un grand plan de développement des énergies d’origine agricole.

Ouvrez les yeux : un litre de gazole qui arriverait à 2 euros, c’est une folie douce. Aucune des mesures que vous avez annoncées ne fera passer cette pilule. Un simple report de taxes n’est évidemment pas la solution. C’est presque une provocation. La solution, c’est la suppression pure et simple de toutes les taxes à venir sur les carburants.

Ce que vous n’avez pas compris, c’est que cette colère profonde est le symptôme d’un ras-le-bol fiscal généralisé, mais qu’elle est aussi le cri de Français qui défendent leur mode de vie.

Des millions et des millions de Français ont choisi, pour eux et leurs enfants, comme leurs parents avant eux, de vivre dans des petites communes rurales, des bourgs centre, des petites villes de province. Ils aiment la France, ils sont attachés à leur terroir, ils n’aspirent pas forcement au grand large d’une mondialisation débridée. Ils contribuent, par leur travail, à la prospérité du pays. Ils ne demandent qu’une chose, simple mais restée étrangère à M. MACRON : le respect de ce qu’ils sont au plus profond d’eux-mêmes.

La faute de ce Président, la vôtre aussi, c’est d’abord ce manque de respect.

Oui, les « illettrées de Gad, les « Gaulois réfractaires », « ceux qui ne sont rien », « ceux qui roulent au diesel et fument des clopes » et tant d’autres, ont décidé de relever la tête.

Des millions d’autres ont été offensés quand ils ont entendu votre Gouvernement sous-entendre que les rassemblements de gilets jaunes étaient des rassemblements de quelques illuminés qui n’avaient que des défauts à vos yeux. Un de vos ministres, toujours le même, a osé dire que « ce n’est pas parce que vous mettez un gilet jaune qu’il n’y a pas une chemise brune en-dessous ».

En pariant sur la stigmatisation et d’une certaine manière sur le pourrissement, en étant incapable de répondre au bon moment aux cris de détresse, venus de tous les milieux, de toutes les classes sociales et de tous les territoires, vous avez semé la discorde et la violence.

Il ne suffit plus de dire stop à la violence. Il faut commencer par ne pas l’attiser en trouvant les mots et en prenant les décisions qui s’imposent.

Elles sont urgentes. Elles auraient déjà dû être prises car un nouveau samedi de désolation serait impardonnable. Impardonnable de la part d’un pouvoir et d’un Ministre l’Intérieur qui ont été complètement dépassés par les évènements. Nous avons assisté à une faillite sécuritaire samedi à Paris.

Pour l’avenir, votre responsabilité, si vous ne parvenez pas à éviter une nouvelle manifestation, est de donner des consignes claires à nos policiers, à nos CRS, à nos gendarmes, à nos sapeurs-pompiers qui n’ont pas vocation à être des cibles pour des casseurs et des pilleurs. Les témoignages que nous recevons d’eux sont glaçants. Derrière ces hommes et ces femmes qui ont enduré l’insupportable samedi dans Paris et dans de nombreuses villes de France, il y a des familles. Ne l’oubliez pas.

Votre rôle, c’est de les protéger et de leur permettre de se protéger lorsqu’ils maintiennent l’ordre républicain.

Le Président de la République qui a rarement hésité à se mettre en scène comme chef des Armées, qui a humilié publiquement un grand chef militaire le 14 juillet 2017, a été incapable d’empêcher des scènes de guérilla urbaine sous l’Arc de Triomphe, des scènes de pillage en plein Paris.

Honteux, révoltant, inqualifiable. Cela restera une tâche de ce quinquennat.

Ce qui se joue, au cœur des prochaines heures, c’est la capacité de M. MACRON à endosser le rôle d’arbitre que lui confère la Constitution. C’est à lui et lui seul qu’incombe la responsabilité de la crise C’est donc lui et lui seul qui doit proposer une sortie de crise. Il est dos au mur face à un peuple profondément en colère. Sa responsabilité est historique pour le fonctionnement démocratique, pour la cohésion sociale et républicaine. En a t-il seulement conscience ?

Son orgueil pourtant, ne devrait pas peser bien lourd face à ces enjeux essentiels pour la France.

Paris et la France sont à feux et à sang. Votre Gouvernement, jusqu’ici pétri de certitudes et enfermé dans sa tour d’ivoire, a les clefs du dialogue. Vous devez reculer même si cela vous est insupportable. Aucune autre option ne s’ouvre à vous.

Nous sommes prêts à ce dialogue, prêts à un grand débat national. Il ne pourra commencer qu’après l’abrogation définitive des taxes sur les carburants. Il impose aussi que vous disiez, avec modestie -et cela vous fera du bien, Monsieur le Premier Ministre-, que votre politique budgétaire et fiscale n’est pas la bonne car elle a fait baisser le pouvoir d’achat de la grande majorité des Français.

Le Parlement pourra alors jouer son rôle : voter un nouveau budget, baisser les taxes et impôts qui asphyxient nos compatriotes. Nous réclamons une fiscalité juste pour que le travail paye.

Viendra ensuite inévitablement le temps de la démocratie, le temps où la parole est donnée au peuple. Nous pensons sincèrement qu’il faudra, d’une manière ou d’une autre, donner la parole aux Français, pour une raison simple : qu’ils puissent dire souverainement ce qu’ils pensent du Président de la République, de votre gouvernement et de votre politique.

A vous de trouver les mots et les décisions pour éviter le pire.

Vous pensiez, Monsieur le Premier Ministre, continuer sans rien changer. Vous pensiez faire sans nous. Sans les syndicats, sans aucun corps intermédiaire. Sans personne.

Mais vous êtes maintenant tout seul. Ce n’est plus seulement un profond changement de cap qui est nécessaire. C’est un changement de votre façon de gouverner.

Votre Gouvernement doit cesser de rejeter, par principe, ce qui vient de l’Opposition. Depuis 18 mois, les Républicains ont été force de propositions sur tous les sujets : le budget, les impôts, la dépense publique, la sécurité, la lutte contre le terrorisme, la santé et tout récemment sur un sujet qui aurait dû nous rassembler, le handicap.

Vous n’acceptez jamais rien, vous refusez toujours tout. Comment expliquez-vous cette rigidité ?

Est-elle la marque d’un pouvoir qui pense avoir raison contre tous ? Est-elle le prix à payer de votre trahison politique du printemps 2017 ?

Qu’est ce qui explique un tel dogmatisme et un tel aveuglement ?

Mais Monsieur le Premier Ministre, parce que les circonstances l’exigent, nous sommes prêts, très clairement, au groupe les Républicains, à vous tendre la main.

Plus que tout, nous souhaitons un retour au calme, nous souhaitons de l’apaisement. La colère est légitime mais la violence est inacceptable. Aucune cause, si noble soit elle, ne peut la justifier.

A vous maintenant de prendre cette main qui vous est tendue, à vous de répondre à nos propositions.

Ces propositions, nous les avons faites, refaites sans cesse depuis octobre 2017. Elles sont constantes :

- l’abrogation des taxes sur le carburant, celles du 1er janvier et celles des années suivantes

- l’abandon de la désindexation des retraites et des allocations familiales

- l’annulation de la hausse de la CSG sur les retraités

- la défiscalisation complète des heures supplémentaires pour redonner du pouvoir d’achat aux salariés et de la compétitivité aux entreprises

Monsieur le Premier Ministre,

Vous ne pouvez pas traiter une fois de plus les propositions qui vous sont faites par le mépris en restant camper sur vos positions.

Sinon bien sûr la question de votre maintien à Matignon va très vite se poser mais l’essentiel n’est pas là ; l’essentiel, c’est que le feu continuera à couver et que la crise ne s’arrêtera pas.

Vous l’avez compris Monsieur le Premier Ministre, pour nous le compte n’y est pas, nous voterons donc contre vos propositions dont l’insuffisance à ce stade démontre que vous n’avez pas pris la mesure de l’exaspération et de la colère des Français.

INTERVIEW - Le président de la commission des Finances de l'Assemblée juge « totalement insuffisants » les gestes de l'exécutif. Il estime que « la colère a le droit de s'exprimer quand un gouvernement fait autant d'erreurs »

LES ECHOS: - Les gestes d'« apaisement » annoncés par Edouard Philippe sont-ils à la hauteur ?

ERIC WOERTH: - Ils sont totalement insuffisants. Un moratoire , cela veut simplement dire retarder l'augmentation des taxes. Et lancer des débats en région sous la houlette des préfets pourrait faire sourire si le sujet n'était pas aussi grave. Je n'attends rien de tout cela. Il faut que le gouvernement change de politique, abandonne les mesures injustes et construise une politique solide.

Il passe son temps à dire qu'il corrige trente ans d'immobilisme, mais la vérité, c'est qu'il est contraint de réparer les dégâts qu'il a lui-même provoqués. Le désordre d'aujourd'hui, ce sont les fruits de dix-huit mois d'erreurs de ce gouvernement et ce n'est pas autre chose.

Il est donc légitime que les « gilets jaunes » continuent de descendre dans la rue...

Moi, je n'appelle jamais les gens à descendre dans la rue. Je condamne tout débordement et toute violence. Mais la colère, elle est là et ce n'est pas comme cela que le gouvernement va l'éteindre. Elle a le droit de s'exprimer quand un gouvernement fait autant d'erreurs...

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Christian Jacob: "Il y a urgence, c’est qu’Emmanuel Macron doit s’exprimer très rapidement avec des mesures très fortes"

Édouard Philippe reçoit depuis ce matin les patrons des principaux partis politiques. Première étape d’une semaine cruciale pour l’exécutif, qui doit trouver une sortie de crise afin d’éviter un nouveau rassemblement samedi à Paris. Cette semaine verra aussi le Premier ministre ouvrir les portes de Matignon aux gilets jaunes, mais cela semble encore compliqué. Par ailleurs, le gouvernement annonce également un débat à l’Assemblée nationale mercredi et au Sénat jeudi. Pour l’instant, Emmanuel Macron garde le silence. Christian Jacob, président du groupe à l’Assemblée nationale, a été reçu par le Premier ministre. Réagissant sur notre plateau, il a affirmé ne pas avoir le sentiment que le chef du gouvernement a mesuré l’importance des enjeux. - BFM Story, du lundi 3 décembre 2018, présenté par Olivier Truchot, sur BFMTV.

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Conférence de presse de Christian Jacob - 02102018
Conférence de presse de Christian Jacob - 02102018

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