Mme la présidente

La parole est à M. Éric Ciotti.

M. Éric Ciotti

Madame la Première ministre, la France se bloque. Depuis quelques jours, des millions de Français ne peuvent plus circuler ni travailler librement : près de 4 000 stations manquent aujourd’hui de carburant. Nos compatriotes ne peuvent plus vivre pleinement !

M. Maxime Minot

Surtout dans l’Oise !

M. Éric Ciotti

Madame la Première ministre, vous avez commencé par nier la gravité de la situation : « non, il n’y a pas de pénurie », répétait il y a encore quelques jours M. Véran – cela nous a rappelé ses déclarations clairvoyantes et définitives sur l’utilité des masques.

M. Maxime Minot

Tout va très bien, madame la marquise !

M. Éric Ciotti

Le Président de la République a, d’une formule tout aussi choquante, refusé de s’impliquer dans le conflit : si on le fait, a-t-il dit, « on va partir cul par-dessus tête ». On croit rêver devant un tel mépris, devant un tel déni face aux difficultés rencontrées par des millions de Français.

M. Fabien Di Filippo

Eh oui, Ponce Pilate s’en lave les mains !

M. Éric Ciotti

Une nouvelle fois, rien n’est anticipé, rien n’est géré, et les Français éprouvent légitimement le sentiment que la France n’est plus gouvernée. Face aux blocages, nous demandons solennellement au Gouvernement de prendre ses responsabilités et de faire preuve d’autorité.Certes, il est plus facile de limoger des policiers que de s’opposer à la CGT. Mais quand, madame la Première ministre, allez-vous enfin débloquer cette situation en procédant aux réquisitions qui s’imposent et que les Français attendent ?


Mme la présidente

La parole est à Mme la Première ministre.

Mme Élisabeth Borne

La situation que vivent nos compatriotes est difficile, en particulier dans les Hauts-de-France et en Île-de-France.

M. Thibault Bazin

Et en Lorraine !

De nombreux députés du groupe LR

Partout !

Mme Élisabeth Borne

À certains endroits, elle est même insupportable. Dans un contexte où les incertitudes en matière d’énergie constituent notre quotidien collectif, cette situation crée des angoisses bien au-delà des régions touchées par ce conflit. Depuis le début du conflit social dans les raffineries et les dépôts de carburant, le Gouvernement a agi.

Plusieurs députés des groupes RN et LR

C’est faux !

Plusieurs députés des groupes RE et Dem

C’est vrai !

Mme Élisabeth Borne

Nous avons renforcé l’approvisionnement des stations-services en mobilisant les stocks stratégiques de l’État et en augmentant les importations. Nous avons autorisé à titre exceptionnel l’ouverture des dépôts et les livraisons pendant le week-end.Ces décisions ont permis d’augmenter les livraisons dans les zones en grande difficulté, de 50 % en Île-de-France et de 35 % dans les Hauts-de-France par rapport à la normale.

M. Michel Herbillon

Ce n’est pas ce que constatent les Français !

Mme Élisabeth Borne

Néanmoins, la persistance des grèves et l’augmentation des achats de précaution ont rendu la situation très difficile pour de nombreux Français. Hier soir, au niveau national, 30 % des stations étaient en rupture pour au moins un produit, avec de fortes disparités géographiques entre régions, entre départements, et parfois d’une ville à l’autre.Je mesure pleinement les conséquences de cette situation sur la vie quotidienne de nos concitoyens. Comme vous le savez, j’ai réuni hier les ministres concernés. Je me suis par ailleurs entretenue à plusieurs reprises avec les responsables des confédérations syndicales et les dirigeants des entreprises concernées – s’agissant de négociations salariales, ce sont, je le précise, des sujets qui doivent d’abord se régler entre les directions des entreprises et les représentants des salariés.Nous sommes en lien constant avec les préfets pour faire le point sur la situation. Je veux saluer ici leur mobilisation et leur réactivité.

M. Jean-Philippe Tanguy

Ça ne sert à rien, ce n’est pas le préfet qui va remplir les réservoirs !

Mme Élisabeth Borne

J’ai par ailleurs échangé avec le président de la région Hauts-de-France, qui suit la situation de très près.Cette situation, je la rappelle : des désaccords sur le rythme des négociations salariales ont conduit à des blocages dans des dépôts pétroliers et des raffineries. Le Gouvernement appelle à la responsabilité et au dialogue. Un désaccord salarial ne justifie pas le blocage du pays. Refuser de discuter, c’est faire des Français les victimes d’une absence de dialogue.

M. Michel Herbillon

Et que faites-vous ?

Mme Élisabeth Borne

Je serai plus précise : des accords sont possibles ; un accord majoritaire a d’ailleurs été signé hier chez Esso. Aujourd’hui, et malgré cet accord, une partie des organisations veut poursuivre le mouvement et continuer le blocage. Nous ne pouvons pas l’accepter.

M. Jocelyn Dessigny

Mais qu’est-ce que vous allez faire ?

Mme Élisabeth Borne

Le dialogue social, c’est avancer dès lors qu’une majorité s’est dégagée. Et ce ne sont pas des accords au rabais : les propositions mises sur la table par la direction de l’entreprise sont significatives. Dès lors, j’ai demandé au préfet d’engager, comme la loi le permet, la procédure de réquisition des personnels indispensables au fonctionnement des dépôts de cette entreprise. Chez Total, les syndicats réformistes ont appelé à l’ouverture de négociations.

M. Pierre Dharréville et M. Stéphane Peu

Qu’est-ce que c’est, un syndicat réformiste ?

Mme Élisabeth Borne

La direction a répondu favorablement. J’espère que les autres syndicats représentatifs saisiront cette main tendue, car le dialogue social est toujours plus fécond que le conflit. À défaut, le Gouvernement agira là encore pour débloquer la situation. Lorsque la porte est ouverte, lorsque des discussions s’engagent, on ne peut pas continuer à bloquer le pays. Chacun doit prendre ses responsabilités ; le Gouvernement prend les siennes. Notre objectif est clair : nous voulons que la situation des Français s’améliore rapidement.


 

Mme la présidente

La parole est à Mme Isabelle Périgault.

Mme Isabelle Périgault

Ma question s’adresse à Mme la ministre de la transition énergétique.Depuis plusieurs jours, dans votre appel à la sobriété énergétique, nous avons tout entendu, comme la nécessité de porter des cols roulés plutôt que d’allumer le chauffage. Si cela fait rire certains, sachez que ce n’est pas le cas des 30 % des consommateurs dépendants d’une énergie au fioul ou au bois. La Première ministre a précisé dernièrement que le chèque exceptionnel, dont le montant peut aller jusqu’à 200 euros pour les foyers les plus modestes, serait étendu aux personnes se chauffant à ces énergies. Même si cette aide va quelque peu soulager certains foyers, l’accompagnement de ces ménages qui ont été longtemps oubliés reste insuffisant.Et qu’en est-il de l’accompagnement des 27 000 communes qui ne sont pas raccordées au gaz naturel ? Lorsqu’on pense que le prix des granules de bois a triplé, passant de 5 euros les 15 kilos à presque 15 euros sur certains territoires, comme en Seine-et-Marne, on mesure que ces 200 euros d’aide – seulement pour certains – sont une goutte d’eau dans l’océan : 2 200 euros l’année pour se chauffer, voilà ce à quoi sont confrontés les Français ! Madame la ministre, de nombreux citoyens et associations vous ont interpellée à ce sujet. Depuis plusieurs années, votre Gouvernement a poussé les consommateurs à passer au bois et aux granules pour se chauffer. Désormais, en plus de cette hausse exorbitante des prix, ils sont rationnés.

M. Dino Cinieri

Très juste !

Mme Isabelle Périgault

Quand allez-vous étendre le bouclier tarifaire au chauffage aux bois, granules et fioul ? Vous attendez des Français un effort collectif, mais celui-ci ne pourra être fourni sans contrepartie. La solidarité ne s’obtient jamais en laissant des citoyens sur le bord du chemin.


Mme la présidente

La parole est à M. le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

M. Christophe Béchu

Vous avez raison de mentionner l’augmentation importante de la valeur des pellets, laquelle s’explique par le fait qu’un grand nombre de nos concitoyens ont abandonné leur poêle ou leur chaudière à gaz au profit d’un mode de chauffage qui permet d’accélérer la décarbonation du secteur.

M. Pierre Cordier

Pas seulement !

M. Christophe Béchu

Voici les chiffres de l’année 2021 : 43 % de progression pour l’installation de poêles et 121 % pour les chaudières. Ajoutez à cela la hausse des prix liée à la hausse du coût du transport, à celui des matières premières et de la demande, et vous comprendrez pourquoi la hausse dans ce domaine est particulièrement sensible.Les 100 euros proposés dans le cadre du chèque créé en décembre 2021 sont disponibles quel que soit le mode de chauffage retenu par les Français. Ces chèques sont encaissables jusqu’au 31 mars 2023.

M. Thibault Bazin

Pas pour tout le monde !

M. Jocelyn Dessigny

C’est le prix d’un stère de bois…

M. Christophe Béchu

La Première ministre a annoncé un chèque pour les 12 millions de ménages concernés par une aide de 100 ou de 200 euros et qui vaut, là aussi, pour tous les modes de chauffage. À cela s’ajoute une mesure annoncée par Élisabeth Borne le 26 septembre : un chèque bois spécifique…

M. Maxime Minot

Un chèque en bois !

M. Christophe Béchu

…pour accompagner les ménages concernés par la hausse des prix des pellets.

M. Thibault Bazin

Et les classes moyennes qui bossent ?

M. Christophe Béchu

Madame la députée, sur ces sujets, je nous invite tous à balayer devant notre porte. Il n’y a pas si longtemps au cours de cette séance, certains d’entre vous ont rappelé que c’était grâce à eux que des aides sont prévues pour ceux qui se chauffent au fioul.

Plusieurs députés du groupe LR

Eh oui !

M. Christophe Béchu

Peut-être que les mêmes auraient pu être inspirés d’inclure, lorsque les dispositifs ont été votés, les pellets de bois dans le périmètre des aides …

M. Philippe Gosselin

Vous avez refusé ! Arrêtez la démagogie !

M. Christophe Béchu

…au lieu de nous reprocher aujourd’hui de ne pas l’avoir fait. Vous dites qu’il faut protéger les Français, mais il y a manifestement un double discours.

M. Maxime Minot

Quel culot !

M. Sébastien Jumel

Le Gouvernement pouvait amender les propositions !


Mme la présidente

Madame Périgault, il vous reste six secondes pour réagir.

Mme Isabelle Périgault

Monsieur le ministre, qu’importent vos arguments, ce sont bien les Français qui sont pénalisés. Il faut faire preuve de bon sens, j’insiste…

Mme la présidente

Merci, madame la députée.


 

Mme la présidente

La parole est à Mme Christelle D’Intorni.

Mme Christelle D’Intorni

Ma question s’adresse à Mme la Première ministre. « Aujourd’hui, les Français sont les mieux protégés. » Tels sont les propos qu’a tenus le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique dans l’hebdomadaire , le 29 septembre dernier. Hélas, la réalité que vivent les Français au quotidien est bien éloignée de ces éléments de langage feutrés.La réalité, madame la Première ministre, c’est notamment les lourdes difficultés que connaissent les boulangers. Les chiffres sont là : 85 % d’augmentation du prix de la farine en un an – 15 % d’augmentation rien qu’entre septembre et octobre – et 215 % d’augmentation du prix du kilo de beurre. Le prix de l’huile, quant à lui, a quadruplé. Cette flambée des prix est continue, exponentielle, incontrôlée et, dans bien des cas, injustifiée. Cette semaine, en une nuit, le prix du kilo de beurre a augmenté de 28 %. Les artisans boulangers sont étranglés par le prix des matières premières et par le coût de l’énergie.Certains en viennent à supprimer la fournée de l’après-midi pour ne pas avoir à rallumer leur four. Au bout de la chaîne, ce sont les Français qui paient l’addition : la baguette passe de 1 euro à 1,30 euro ; les boulangeries qui ne peuvent pas suivre sont contraintes de fermer, alors qu’elles sont parfois le seul commerce de proximité en territoire rural.Les artisans boulangers ne sont qu’un exemple parmi tant d’autres. La réalité qui est dénoncée par les boulangers, comme Frédéric Roy à Nice, par des industriels, comme Thierry Dalbera dans ma circonscription, mais aussi par les représentants de la grande distribution, comme Michel-Édouard Leclerc, c’est que cette inflation qui tue nos entreprises et ampute considérablement le pouvoir d’achat des Français est bien souvent injustifiée.La guerre en Ukraine n’explique pas tout. Les artisans, les commerçants, les Français ont besoin de réponses concrètes, d’action – je ne parle pas de leur proposer de porter des cols roulés !Quelles sont les conclusions de l’enquête sur la hausse des prix diligentée par Bercy en juillet dernier ? Que comptez-vous faire pour mettre fin à la spéculation, afin de protéger véritablement les Français ?


Mme la présidente

La parole est à Mme la ministre déléguée auprès du ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargée des petites et moyennes entreprises, du commerce, de l’artisanat et du tourisme.

Mme Olivia Grégoire

Oui, je confirme les propos de Bruno Le Maire et de Mme la Première ministre. La situation est certes difficile. Il n’en demeure pas moins que les Français sont mieux protégés que d’autres Européens.L’inflation lissée sur un an atteint 5,8 % ; l’inflation des prix alimentaires, elle, atteint 7,7 %. L’inflation est plus forte sur les prix alimentaires, c’est vrai. C’est pourquoi nous travaillons sans relâche pour protéger non seulement les producteurs et les agriculteurs, mais aussi les consommateurs et les artisans.Je connais bien M. Roy, le boulanger auquel vous avez fait référence. Je vous remercie d’avoir pris le temps de m’interroger sur cette profession, qui est inquiète. C’est cette inquiétude, confirmée par de nombreux échanges, qui me conduit à recevoir les boulangers le 18 octobre prochain.Je tiens à le rappeler, nombre de nos boulangers souffrent. Roland Lescure, Marc Fesneau et moi-même nous efforçons de mettre au point un mécanisme européen pour mieux les protéger. Les boulangers, souvent constitués en très petites entreprises (TPE), sont protégés par les tarifs réglementés de vente (TRV). Aujourd’hui, 1,5 million de TPE bénéficient ainsi d’une sorte de bouclier tarifaire, du même acabit que celui qui protège les ménages. Même si les boulangers souffrent, il est important qu’ils contactent leur fournisseur d’énergie pour s’assurer de leur éligibilité au TRV. Cela peut paraître technique, mais ce n’est pas un élément de langage. Le TRV protège 1,5 million d’artisans.Faut-il en faire plus ? Certainement. C’est ce que la Première ministre a rappelé il y a quelques minutes. Bruno Le Maire, Roland Lescure et moi-même continuerons de travailler sur ce sujet. Conjointement avec Marc Fesneau, j’anime toutes les semaines le comité de suivi des relations commerciales Egalim et Egalim 2. C’est toutes les semaines que nous appelons à la responsabilité la grande distribution, dont une partie prend effectivement ses responsabilités.

M. Jocelyn Dessigny

Quel aveu ! Vous avez été incapables de protéger les boulangers !


 

Mme la présidente

La parole est à M. Olivier Marleix.

M. Olivier Marleix

Mme Le Pen ayant rendu hommage au combat des députés du groupe Les Républicains en ce qui concerne le prix du fioul je voudrais, madame le Premier ministre, vous interroger sur le prix de l’électricité pour les entrepreneurs français.La France produit de l’électricité, nucléaire notamment, à 50 euros le mégawattheure (MWh). Pourtant, nos entreprises doivent actuellement se fournir avec des contrats à 600 ou 700 euros le MWh. Pourquoi ? À cause d’un marché européen devenu totalement absurde, liant le prix de l’électricité à celui du gaz. M. Poutine, a créé une crise du gaz en Europe qui, elle, s’est inventé une crise de l’électricité. La situation est intenable pour la plupart de nos entreprises : des boulangeries ferment par dizaines ; des artisans nous préviennent qu’ils ne passeront pas l’hiver ; des entreprises industrielles sont conduites à arrêter purement et simplement leur production.Après trois années de crise, nous constatons de véritables drames, des situations de détresse humaine. Or les mécanismes actuels de protection, qu’ils soient nationaux ou européens – je pense aux décisions du dernier Conseil qui s’est tenu vendredi dernier –, seront largement insuffisants sinon quasiment inopérants en France.On est très loin des 200 milliards d’euros que le Gouvernement allemand va donner à ses entrepreneurs. Pourtant, des pays s’en sortent : en Espagne et au Portugal, le prix de l’électricité est inférieur à 200 euros car ils ont réussi à faire reconnaître une exception ibérique.Pourquoi ce qui est possible en Espagne ne l’est pas en France ? Parce que, me répondrez-vous, grâce à la pitoyable gestion du parc nucléaire, la France est devenue un mendiant énergétique. Mais nous produisons encore 80 % de notre électricité, et celle-ci ne vaut pas 500 euros le MWh.Qu’attendez-vous, madame le Premier ministre, pour prendre des mesures d’urgence pour nos entreprises ?


Mme la présidente

La parole est à Mme la Première ministre.

Mme Élisabeth Borne

Je peux vous assurer que mon gouvernement est totalement mobilisé pour protéger les Français, les entreprises et les collectivités face à la flambée des prix de l’énergie.

M. Patrick Hetzel

Il faut le prouver !

Mme Élisabeth Borne

Nous avons d’abord agi pour protéger les Français avec la prolongation des boucliers tarifaires en 2023. Rappelons qu’ils permettront de contenir à 15 %, une hausse des prix du gaz et de l’électricité pour les ménages qui aurait sinon atteint 120 %. Ils bénéficient aux ménages, mais aussi aux très petites entreprises (TPE) et à la plupart des communes, celles-ci pouvant bénéficier des tarifs réglementés de l’électricité.

M. Thibault Bazin

Et les autres ?

M. Patrick Hetzel

Et les artisans ? Et les petits salariés ?

Mme Élisabeth Borne

Mais nous voulons agir pour protéger également les entreprises et les collectivités. Vous avez raison, il s’agit pour cela de traiter le problème à la racine, en faisant baisser le prix de l’électricité sur les marchés européens.

M. Patrick Hetzel

Il faut agir vite, le temps presse !

Mme Élisabeth Borne

Vous l’avez dit, les Espagnols ont réussi à diviser par trois le prix de l’électricité. C’est ce mécanisme que nous voulons étendre à toute l’Europe.Des avancées ont été réalisées lors du dernier Conseil européen des ministres de l’énergie. Le Président de la République s’entretient cette semaine avec la présidente de la Commission européenne et avec le Chancelier allemand avant le Conseil de vendredi. Même si nous avons vraiment de bonnes raisons de penser que nous pourrons faire aboutir ce mécanisme, nous préparons aussi un filet de sécurité pour aider les entreprises et les collectivités les plus en difficulté.Pour les entreprises, il s’agit tout d’abord d’améliorer le mécanisme de soutien créé pour aider celles qui consomment beaucoup d’énergie. Le ministre de l’économie y travaille. En outre, Bruno Le Maire et Agnès Pannier-Runacher recevront demain les fournisseurs d’énergie pour leur demander aussi de bien refléter ces prix. Vous l’avez dit, les fournisseurs bénéficient de l’accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh), et nous souhaitons retrouver ce tarif privilégié dans les prix proposés aux entreprises et aux collectivités.S’agissant des collectivités, rappelons que nous avons voté dès cet été, dans le cadre du projet de loi de finances rectificative, un dispositif visant à protéger les plus fragiles. À mes yeux, c’est un exemple des compromis que nous pouvons trouver ensemble. Nous travaillons à améliorer ce dispositif pour qu’il réponde bien à toutes les situations.

M. Thibault Bazin

Ça ne suffit pas !

Mme Élisabeth Borne

Au-delà de ces situations d’urgence, nous devons renforcer notre souveraineté énergétique. C’est l’objet de deux projets de loi dont vous serez prochainement saisis, visant à accélérer l’un le développement des énergies renouvelables, l’autre le renouvellement de notre parc nucléaire.

M. Philippe Gosselin

On ne passe pas l’hiver avec ça !


 

Mme la présidente

La parole est à M. Hubert Brigand.

M. Hubert Brigand

Madame la ministre déléguée chargée des collectivités territoriales, c’est non seulement un député mais aussi un maire qui s’adresse à vous.

Mme Farida Amrani

Ce n’est pas possible !

M. Hubert Brigand

En effet, pour quelques semaines encore, j’ai la chance d’être maire en milieu rural dans une circonscription de 342 communes et d’une longueur de 128 kilomètres. Je dois tout à ce mandat de maire que j’ai la chance et l’honneur d’exercer depuis 1995. Ce fut et c’est encore une expérience très enrichissante au cœur de mon engagement politique. Être maire d’une commune en milieu rural m’a permis d’être au plus près des réalités du terrain, de connaître et de comprendre les préoccupations de nos concitoyens, d’être à l’écoute des habitants, d’être aussi à portée des engueulades. Pour résumer, cela m’a permis de sentir l’état du pays.Pourtant, ce mandat de maire, je vais devoir l’abandonner à contrecœur : hélas, la loi interdit désormais à un député d’être maire. Madame la ministre déléguée, pourquoi les maires – en particulier ceux qui le sont dans une petite commune rurale – seraient-ils les seuls Français à ne pas pouvoir siéger à l’Assemblée nationale ?

M. Fabien Di Filippo

Bonne question !

M. Maxime Minot

On peut être ministre et président de conseil départemental : deux poids, deux mesures !

M. Hubert Brigand

Il y a, en effet, une grande hypocrisie quand le Président de la République et le Gouvernement louent l’action des maires et les présentent comme les piliers de la République et les relais indispensables à notre démocratie, mais leur interdisent de devenir députés. Permettre aux maires d’être également députés serait un formidable rempart contre le procès en déconnexion, qui est régulièrement fait aux parlementaires. Prenons garde de ne pas devenir des députés hors sol, si ce n’est déjà trop tard et déjà fait. Alors, ma question…


Mme la présidente

Merci, mon cher collègue.La parole est à Mme la ministre déléguée chargée des collectivités territoriales.

M. Maxime Minot

Et maire de Beauvais !

M. Thibault Bazin

Elle est d’accord avec nous !

Mme Caroline Cayeux

C’est une ancienne sénatrice, et bientôt ancienne maire, qui vous répond. Je vous remercie de cette question d’autant plus importante qu’elle porte sur la nécessité, dont nous convenons tous ici, de redynamiser la démocratie locale : l’abstention massive constatée lors les scrutins électoraux de notre pays en témoigne. Signe d’une démocratie malade et peut-être du désarroi de la jeunesse, l’abstention nous préoccupe tous, en tant qu’élus et responsables publics. Question ancienne, le non-cumul des mandats a déjà fait l’objet de débats en fin d’année dernière, à l’occasion d’une initiative sénatoriale. Un parlementaire assure le lien entre le local et le national. C’est lui qui élabore la loi, qui contrôle l’action du Gouvernement et qui évalue les politiques publiques.

M. Éric Ciotti

Ça, on le sait !

Mme Caroline Cayeux

La demande des élus des villes de moins de 10 000 habitants de pouvoir mieux participer à l’élaboration des lois est légitime, je vous l’accorde. En effet, un parlementaire entretient un lien permanent avec les acteurs du territoire qu’il représente. Il travaille le jour, souvent la nuit au service des Français, dans l’hémicycle et dans sa circonscription.

M. Éric Ciotti

C’est bon là, faites répondre Darmanin !

Mme Caroline Cayeux

C’est un travail à temps plein. Notre ambition collective est de moderniser nos institutions afin de leur donner plus d’efficacité et de vitalité démocratique. Ce sera le rôle de la convention transpartisane, qui sera sollicitée pour redonner confiance en nos institutions républicaines, l’action publique et la force du suffrage universel.

M. Thibault Bazin

Oui ou non, êtes-vous pour ou contre le cumul ?


 

Mme la présidente

La parole est à M. Meyer Habib.

M. Meyer Habib

Ma question s’adresse à Mme la Première ministre. Mardi 9 août, cela fera quarante ans que les quatre terroristes palestiniens de la rue des Rosiers coulent des jours heureux. L’un d’eux a enfin pu être extradé d’Oslo, grâce au remarquable travail du juge Trévidic. Les terroristes qui ont tué des Français doivent être arrêtés et jugés ou neutralisés, comme l’ont fait samedi soir dernier les Américains avec le chef d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri.Pourquoi la France n’a-t-elle pas imposé l’extradition du terroriste qui vit à Ramallah comme préalable à l’entretien que le Président de la République a eu à l’Élysée avec Mahmoud Abbas, il y a peu de temps ? Mahmoud Abbas, ce révisionniste au double discours, qui gratifie tous les mois d’un salaire de ministre les familles d’assassins de Juifs, telle ma camarade d’école, la Française Esther Horgen, qui a été massacrée à coups de pierres. Pourquoi la France a-t-elle encore une fois, le 22 juillet dernier, voté à l’ONU une résolution mensongère, qui accuse non pas l’Iran, l’Afghanistan ou la Corée du Nord, mais bien Israël, notre ami et allié, de bafouer les droits des femmes palestiniennes ?Madame la Première ministre, j’ai été très ému par les paroles que vous avez prononcées contre l’antisémitisme le 17 juillet, au Vel d’Hiv, dans la continuité du discours historique de Jacques Chirac. Votre discours a été une magnifique revanche de l’histoire ; vous qui êtes pupille de la Nation, fille de rescapé de la Shoah, devenue Première ministre de la France ! En 2022, le nouvel antisémitisme est toujours présent, notamment à la gauche de cet hémicycle – je veux désigner les islamo-gauchistes.

Plusieurs députés du groupe RN

Eh oui !

M. Meyer Habib

Comment ne pas parler de cette résolution immonde de trente-sept députés de la NUPES ? Eux, au moins, sont clairs dans leur haine des Juifs et d’Israël ! Par clientélisme et électoralisme cynique, ils ont troqué le bleu ouvrier contre le vert islamiste, la faucille et le marteau contre la charia !

M. Aymeric Caron

C’est scandaleux !

M. Meyer Habib

Michel Onfray a raison : « La synagogue brûle, mais nous regardons ailleurs. » La France et votre gouvernement ne peuvent pas en même temps faire voter la nouvelle définition de l’antisémitisme, condamner la résolution de la NUPES et financer des ONG palestiniennes, directement liées à l’islamisme et au Hamas, comme l’Union of Agricultural Work Committees (UAWC), et continuer ses votes anti-israéliens à l’ONU, dont la résolution de la NUPES est la parfaite continuité !


Mme la présidente

La parole est à M. le garde des sceaux, ministre de la justice.

M. Éric Dupond-Moretti

Monsieur Meyer Habib, vous évoquez les suspects de l’attentat de la rue des Rosiers. Le premier est mort, le deuxième est placé en détention en France, le troisième se trouve en Palestine et demeure inextradable, les deux derniers sont en Jordanie et la Cour de cassation a interdit leur extradition. Le 9 août prochain, je représenterai le Gouvernement à la cérémonie de commémoration de ce triste événement de la rue des Rosiers.Je veux dire un petit mot à l’extrême gauche.

M. Jean-Paul Lecoq

C’est nous ?

M. Éric Dupond-Moretti

Corbyn, l’apartheid…

M. Jean-Paul Lecoq

Si vous me traitez d’antisémite, alors présentez-moi devant la Cour de justice de la République !

M. Éric Dupond-Moretti

…et les mots que vous avez choisis pour commenter le discours du Président de la République, tout cela vous colle à la peau !

M. Alexis Corbière

Vous n’êtes pas digne d’être ministre de la France !

M. Éric Dupond-Moretti

Je me tourne maintenant vers l’extrême droite – je ne peux pas l’oublier. Que dire du « point de détail de l’histoire », mot du père fondateur. Que dire des dix-sept ou dix-huit condamnations ? Il vrai que la justice est laxiste…

M. Jocelyn Dessigny

Vous êtes ringard !

M. Éric Dupond-Moretti

Où sont passés Loustau, Chatillon, Péninque, Soral, Dieudonné et sa quenelle ? Où sont-ils ? Cachés dans votre campagne électorale, voilà la réalité ! Hors de vous, il y a tous les autres, tous les démocrates !

M. Jocelyn Dessigny

Parlez-en à M. Rebeyrotte !

M. Éric Dupond-Moretti

Je suis fier d’appartenir au gouvernement que conduit une rescapée.

Plusieurs députés du groupe RN

Voyou !

M. Éric Dupond-Moretti

Je suis fier de ce que le Président de la République dit en permanence pour lutter contre l’antisémitisme. Nous avons rédigé des dépêches pour interdire le boycott, nous avons créé un Pôle national de lutte contre la haine en ligne. Voilà, monsieur le député Habib, ce que nous avons fait ! S’en prendre à un Juif, c’est s’en prendre à toute la République !