Discours de Damien Abad, Président du Groupe les Républicains de l'Assemblée nationale lors du débat sur la stratégie nationale du plan de déconfinement dans le cadre de la lutte contre l’épidémie de COVID-19.

 

Monsieur le Président,
Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mes chers collègues,

Cette épidémie de Coronavirus ébranle notre pays, comme jamais il ne l’a sans doute été, en temps de paix, au cours de notre histoire récente.
Ce terrible virus a fait plus de 22 000 morts en France, et en cet instant je pense avant tout à leurs familles et à leurs proches.
Avant toute chose, au nom de l’ensemble de mes collègues députés LR et de la représentation nationale, je veux rendre hommage au travail, au courage et au dévouement admirable de l’ensemble de nos personnels soignants qui jouent un rôle absolument déterminant pour endiguer l’épidémie et sauver un très grand nombre de vies.

Cette épidémie nous a plongé dans une crise sanitaire inédite ainsi que dans une crise économique d’une ampleur inouïe qui nous impacte collectivement et qui met chacune et chacun d’entre nous devant ses responsabilités.
Avec les Républicains, nous souhaitons, plus que tout, que notre pays soit au rendez-vous de l’histoire et capable de sortir par le haut du marasme en évitant de sombrer durablement dans la récession, la crainte et la torpeur.
Les Français l’attendent, la situation l’exige.
Face à une telle crise sanitaire, nous avons fait le choix chez Les Républicains, d’une opposition responsable, exigeante et utile à notre pays.
Nous ne sommes pas là pour participer à un concours de décibels avec les autres oppositions mais pour marquer notre différence.
Notre différence avec elles mais aussi notre différence avec vous et votre gouvernement, sur la forme comme sur le fond.

Sur la forme tout d’abord. Vous remarquerez Monsieur le Premier ministre que vous avez eu un avantage sur nous : là où vous avez eu 72 heures pour prendre connaissance de notre propre plan, vous nous laissez à peine 3 heures pour examiner le vôtre.
J’avoue ne pas bien comprendre cet excès de rigidité et ce d’autant moins, qu’il n’est apparemment pas partagé par le Président de la République ni par une partie de votre propre majorité. Pourquoi ne pas avoir laissé un délai d’examen de 24h de votre plan au Parlement ? Pourquoi une telle décision unilatérale ?
Quant à l’argument de l’urgence que vous invoquez, il est totalement fallacieux. Voter le texte aujourd’hui ou demain ne retarde en rien la mise en Tmuvre opérationnelle de votre plan puisqu’il sera présenté la semaine prochaine au Sénat et qu’il n’entrera en vigueur qu’à partir du 11 Mai.
Nous déplorons cette crispation coupable et nous ne comprenons pas cet entêtement qui aura un coût politique majeur, celui de braquer les oppositions à un moment où nous avons besoin de rassemblement et de sérénité.
Il est quelque peu curieux que le Président de la République appelle à l’unité nationale et que, dans le même temps, le Premier ministre s’assoit sur le Parlement et la démocratie.

Quant à la question du traçage numérique, nous saluons votre changement en faveur d’un vote spécifique compte tenu des nombreuses interrogations qu’il suscite au regard des libertés publiques et individuelles ainsi que des réels doutes au regard de sa faisabilité pratique.
Pour ce qui est de votre déclaration, notre inquiétude c’est celle d’un déconfinement low-cost avec une mise en Tmuvre opérationnelle particulièrement difficile. Nous constatons d’abord le risque d’un déconfinement à protection variable.
Je voudrais revenir un instant sur les masques et les tests. Il y a quelques avancées notamment le port obligatoire du masque dans les transports en commun mais il reste encore beaucoup de recommandations et finalement peu d’obligations dans la sphère publique.
En ce qui concerne les tests, j’ai entendu l’objectif. Mais la question c’est : comment parvient-on à cet l’objectif ? Comment parvient-on quand on sait les nombreuses difficultés que nous avons en France pour déployer cette stratégie de dépistage massive.
Puis, le risque d’un déconfinement parcellaire et reporté. Je pense aux cafés, hôtels, restaurants ; à ce que vous venez de déclarer sur les écoles ; ou sur l’application numérique.
Nous avons compris aujourd’hui que le déconfinement, ce n’était pas forcément le 11 mai, mais plutôt le “onze mais” avec beaucoup de contraintes. C’était même parfois le 2 juin.

Alors en ce qui concerne le contenu de ce plan de déconfinement, nous avons identifié quatre failles qui nous paraissent importantes : la question des protections, la question des écoles, la question de la sécurité et la question économique.

Les protections :
Les masques et les tests doivent être au cTmur de la stratégie de déconfinement.
Le manque criant de masques, le manque criant de tests, le manque criant de lits de réanimation resteront comme des taches indélébiles et des tristes symboles d’une gestion souvent chaotique de cette épidémie.
Cette pénurie d’équipements aura conduit le Gouvernement à des injonctions contradictoire notamment sur l’efficacité du port du masque.

Les députés Les Républicains exigent de rendre le port du masque obligatoire, a minima dans les transports publics et les grandes surfaces, et de l’envisager dans l’ensemble de l’espace public.

Pour ce qui est des tests, nous plaidons depuis le début pour une stratégie de dépistage massive et systématique.
L’Allemagne, c’est 5 fois plus de tests et 5 fois moins de morts.

Si le gouvernement n’est pas en mesure de fournir à la France suffisamment de masques ou de tests, notre pays ira tout droit vers une seconde vague de l’épidémie dont les conséquences seraient plus catastrophiques encore.

La question des écoles :
Après le libre choix laissé aux familles, c’est désormais le report de la reprise des cours pour les lycéens et collégiens. Alors même qu’ils sont mieux à même de respecter les gestes barrières que les enfants des écoles primaires et maternelles.
Nous proposons une stratégie de reprise à l’allemande qui repose sur des tests massifs pour les enseignants et qui permet de prendre la température de chaque élève chaque jour avant qu’il ne rentre dans l’établissement. Je n’ai pas entendu quelque chose sur les cantines scolaires où nous avons beaucoup d’interrogations. Beaucoup de Français ne comprennent pas comment les restaurants pourraient rester fermés et les cantines scolaires ouvertes.

L’absence de volet sécurité :
Je vous ai écouté attentivement Monsieur le Premier Ministre et la sécurité est hélas la grande absente de votre plan de déconfinement.
Chez Les Républicains, nous souhaitons des conditions de sécurité renforcées : cela veut dire contrôler strictement nos frontières nationales, tant que la menace ne sera pas écartée, c’est aussi remettre en route les tribunaux civils et pénaux, et refuser que 20 000 prisonniers ne soient relâchés plus rapidement pour des considérations purement pratiques.

Le redémarrage économique :
Sur cette partie, ça manque de souffle et de convictions. Nous proposons d’accélérer la reprise dans les départements les moins touchés, en ré-ouvrant dès le 11 mai les commerces, cafés, hôtels et restaurants. Attendre fin mai ou début juin nous semble tardif, même chose d’ailleurs pour les bibliothèques ou médiathèques.
Pour les autres départements, nous souhaitons des ouvertures progressives entre le 11 mai et le 15 juin.
Cette reprise se ferait bien sûr dans des conditions très encadrées, en respectant des règles de sécurité sanitaires strictes telles que l’accueil du public en nombre restreint ou le respect de la distanciation sociale.

Mais nous sommes parfaitement conscients que ces mesures généreront des coûts supplémentaires conséquents pour les entreprises et surtout que celles-ci ne retrouveront pas du jour au lendemain leurs chiffres d’affaire d’avant le confinement !
C’est la raison pour laquelle nous ne souhaitons surtout pas arrêter brutalement les dispositifs existants, et que nous continuerons d’aider les entreprises pour les accompagner dans cette reprise.
Dans notre plan, la fin du chômage partiel sera donc très progressive d’ici la fin de l’année 2020, le prêt garanti par l’Etat serait prolongé d’un an, et les petites entreprises continueraient d’être soutenues par les aides du fonds de solidarité, que nous proposons de doubler.
Nous souhaitons par ailleurs aller beaucoup plus loin que le Gouvernement en annulant l’ensembles des charges sociales ET fiscales des hôtels, des cafés et des restaurants, mais aussi des commerces pendant la période du confinement, et pendant les 2 premiers mois du déconfinement.

Depuis le début de cette crise, la Droite fait preuve de constance, de cohérence et d’esprit de responsabilité.
Nous l’avons été en votant toutes les mesures d’urgence ainsi que les deux budgets rectificatifs.
Nous l’avons été en faisant de nombreuses propositions. Je pense à l’extension des critères de baisse de chiffre d’affaire pour bénéficier de l’aide du fonds de solidarité. Je pense, tout récemment, à la demande d’autoriser les pharmacies à vendre des masques en officine.
Notre marque de fabrique, c’est d’être une force de propositions.

Parce que nous voulons la réussite de la France, nous avons mis sur la table, dès ce weekend, un plan de 50 propositions précises et crédibles qui sont le fruit d’un travail collectif réalisé avec l’ensemble des 104 députés Les Républicains.
Elles s’articulent autour deux priorités : mieux protéger les Français et accélérer la reprise économique.
Notre stratégie de déconfinement se résume en trois mots : masques, tests et travail.
Nous voulons un déconfinement clair, sous protection et territorialisé.
Clair car il doit donner une perspective aux acteurs économiques et de la visibilité à l’ensemble des Français.
Sous protection, car le monde d’après ne peut ressembler au monde d’avant et que nous ne pouvons pas nous permettre le risque d’une nouvelle vague.
Enfin, notre plan de déconfinement sera territorialisé ! Nous ne croyons nullement à un déconfinement jacobin, bureaucratique et technocratique.
Nous devons faire confiance aux acteurs de terrain, aux élus locaux et à tous ces Français qui tiennent la France debout.
Monsieur le Premier ministre, faites confiance à tous ces Français qui, des caissières de supermarchés aux transporteurs routiers, des agriculteurs et aux ouvriers de l’agroalimentaire, des personnels des EHPAD aux aides à domicile, se sont tous retroussés les manches pour faire front et servir les autres.
Faites confiance aux forces vives de la Nation qui, des bénévoles associatifs aux chefs d’entreprise, des organisations professionnelles aux parlementaires, se mobilisent pour redémarrer l’économie de notre pays.
Faites confiance aux élus locaux qui, des maires aux présidents de région n’ont eu cesse de trouver des solutions de bon sens, pragmatiques et ont dû bien souvent pallier les manques et les défaillances de l’Etat.
Ce plan de déconfinement clair, territorialisé et sous protection est un préalable absolu pour restaurer la confiance des Français et rétablir les conditions d’une sortie de crise.
Les Français ont permis le succès du confinement, ils attendent désormais que vous soyez au rendez-vous du déconfinement.
Nous ne voulons pas mourir guéris, voilà pourquoi nous devons réussir le déconfinement.

Ce déconfinement est un tournant majeur et une étape absolument décisive à ne surtout pas manquer. Les conséquences sanitaires, économiques et sociales d’un déconfinement raté pourraient s’avérer tout aussi dramatiques que la crise elle-même.
Pour réussir, le déconfinement doit reposer sur une stratégie claire, une méthode rigoureuse et un cap fixé.

Hélas, nous sommes souvent confrontés à ordres et des contre ordres.

Les injonctions contradictoires permanentes, brouillent totalement le message et rendent difficilement applicables la stratégie de déconfinement.

  • Un jour vous nous dites qu’il est aberrant de fermer les frontières et le lendemain que la fermeture des frontières est finalement requise.
  • Un jour vous nous dites que les écoles rouvriront le 11 Mai et le lendemain que le retour à l'école se fera finalement sur la base du volontariat.
  • Un jour vous nous dites que le déconfinement sera régional et le lendemain que, tout compte fait, cette option est écartée.
  • Un jour vous nous dites que les personnes âgées resteront confinées bien après la date du 11 mai, et le lendemain, et c’est heureux, que vous avez finalement écarté cette option.
  • Un jour vous nous dites que les restaurants rouvriront mi-juin, et le lendemain que ça ne sera finalement pas le cas.

Monsieur le Premier ministre, gouverner c’est décider. L’audace, ce n’est pas simplement faire preuve de prudence. C’est d’abord faire preuve de courage. La politique, c’est la décision, c’est le courage et c’est aussi parfois la prise de risques.

Alors Monsieur le Premier ministre, nous voulons le déconfinement mais nous voulons un déconfinement clair et sous protection. Car sans protection suffisante, c’est l’assurance d’un reconfinement pour faire face à une 2ème vague.
Sans masque et sans test suffisant, vous serez pris dans l’impasse du déconfinement impossible.

Face à de telles incertitudes et face à ce manque de courage, parfois de clairvoyance et face à ces nombreuses voltefaces, les députés Les Républicains ne pourrons vous apporter ni confiance ni blanc-seing.
Nous sommes quasiment unanimes pour ne pas voter votre plan car, comme plus de 6 Français sur 10, nous ne vous faisons pas confiance pour réussir le déconfinement.

Alors vous avez certes cet après-midi posé un cadre théorique rationnel, mais nous devons désormais être vigilants tous ensemble sur la mise en Tmuvre opérationnelle.
Par conséquent au sein de notre groupe nous voterons majoritairement pour une abstention vigilante, exigeante et constructive et nous continuerons à être les porte-voix des interrogations des Français mais également des attentes des territoires.

 

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INTERVIEW - Le président du groupe LR à l’Assemblée nationale reproche au gouvernement d’avoir précipité le vote du plan de déconfinement.

LE FIGARO. - L’opposition s’est insurgée contre la précipitation du gouvernement qui a décidé, samedi soir, de présenter un plan ce mardi. Que lui reprochez-vous?

Damien ABAD. - Sans même avoir eu connaissance du contenu de ce plan, les députés devront se positionner par un vote dans la foulée de la déclaration du premier ministre. Nous ne pouvons voter un plan à l’aveugle, les yeux bandés, sans en connaître le contenu précis ni les modalités de mise en œuvre. Ce n’est pas uniquement l’opposition qui est ignorée mais l’ensemble du Parlement. Il est quelque peu curieux d’appeler à l’unité nationale et, dans le même temps, de s’asseoir sur le Parlement et la démocratie. L’objectif inavoué du gouvernement était d’éviter un vote sur l’application StopCovid. Voilà la seule raison de cette précipitation.

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Comme le reste de l’opposition, la droite s’insurge de devoir voter un plan ce mardi qu’elle découvrira dans l’hémicycle. Elle s’oriente vers l’abstention, mais peine à définir une ligne unique.

« Non, vous ne me dérangez pas, je suis en train d'écrire mon intervention sur le plan de déconfinement du Premier ministre… que je ne connais pas encore ! » rigole ce lundi Annie Genevard. La situation de la députée (LR) du Doubs, qui sera l'une des treize parlementaires LR présentes à l'Assemblée mardi, illustre la position inconfortable de l'opposition, invitée à se prononcer sur la déclaration d'Edouard Philippe qu'elle découvrira en direct dans l'hémicycle. Lors de la conférence des présidents ce matin, la majorité a refusé de décaler de 24 ou de 48 heures le vote, provoquant la fureur de l'opposition.

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INVITÉ RTL - Le président des Républicains a répondu aux questions des journalistes, le dimanche 26 avril.

La crise du coronavirus mobilise le débat politique, économique et social, et il en sera forcément question avec Christian Jacob, invité du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI dimanche 26 avril. Infecté par le virus au mois de mars, le président des Républicains s'est remis parfaitement et est prêt à reprendre sa place dans le paysage politique français, dans un contexte très délicat.

"Chez Les Républicains, nous avons agi avec le même sens des responsabilités que nous l’avions fait au moment des attentats", a confié Christian Jacob dans les colonnes du Figaro. Il évoque ainsi "une crise nationale et mondiale sans précédent, totalement inédite" qui "oblige à beaucoup d’humilité, de recul et de modestie dans les commentaires qui peuvent être faits sur les décisions prises".

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Le député Les Républicains du Vaucluse pose comme objectif prioritaire de « retrouver l’indépendance stratégique, tous azimuts » de la France.

Les faits - La crise déclenchée par le coronavirus a relancé le débat économique interne chez Les Républicains. Numéro 2 et 3 dans l’organigramme du parti, Guillaume Peltier et Aurélien Pradié appellent à une remise en cause du libéralisme, un retour de l’Etat et une augmentation des salaires. Eric Woerth ou Bruno Retailleau refusent, face à eux, l’abandon de toute rigueur budgétaire... Julien Aubert défend une troisième voie..

Comment jugez-vous le débat économique actuel au sein de LR ?

Confus, car on mélange les mots gaullisme, libéralisme et social. Le mot social a été sali par les excès du socialisme. Le mot libéralisme est piégé car il renvoie à la fois à une doctrine économique et à la liberté. En le remettant en cause, une partie de la droite brouille son message, comme le dit Bruno Retailleau. Ce n’est pas le moment, surtout alors que nos libertés fondamentales sont menacées : 65 millions de Français ont été privés en une nuit de leur liberté de circulation. Pour Benjamin Constant, liberté politique et économique vont de pair. Qui peut croire qu’un « illibéralisme », même partiel, pourrait être une réponse aux errements du passé ? C’est ce que craignait Pompidou".

 

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La Lettre Républicaine

Déconfinement

Stratégie de déconfinement - Contribution des Députés les Républicains

200115 Damien Abad

Réforme des Retraites

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Discours à la tribune de Damien Abad, Président du groupe : présentation de la motion de censure des députés Les Républicains.

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Lettre de Damien Abad, Président du Groupe les Républicains de l'Assemblée nationale à Edouard Philippe, Premier Ministre.

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